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D’un « spécial Noël » plus que centenaire sont nés... les mots croisés

Coolitude

Les cruciverbistes, une espèce loin d’être en voie de disparition, célèbrent chaque année leur « père », Arthur Wynne, à l’anniversaire de la création de sa première grille.

17/12/2019

Par une froide journée d’hiver de 1913, Arthur Wynne, un journaliste anglais établi aux États-Unis, était à la recherche d’une « nouveauté » pour la page Fun de l’édition dominicale du New York World. Derrière sa table de travail, crayon en main, il réfléchissait à un jeu de divertissement inédit en guise de cadeau de Noël à ses lecteurs. Il se souvient alors de puzzles de mots pratiqués au XIXe siècle, en Angleterre, notamment d’un carré inspiré d’un palindrome de cinq mots. À partir de là, il trace une grille de 34 carrés en forme de losange numérotés, devant être remplis de mots de trois ou quatre lettres. Il ne place aucun carré noir et donne le point de départ des recherches avec, au sommet, le mot Fun, nom de son magazine qui signifie aussi « amusement ». Il nomme sa trouvaille Word Cross (mots en croix), mais l’erreur d’un illustrateur en fera Cross Word (Mots croisés). Ce nom restera et, plus tard, la grille prendra la forme carrée qu’on lui connaît. Ce jeu accrochera pour son exercice intellectuel tout en relevant du passe-temps. Il en est toujours ainsi…


Pour le plaisir d’une tante

La grille originale de Wynne a donc été publiée le 21 décembre 1913 dans le New York World. Dix ans plus tard, Richard Simon et Lincoln Schuster, qui avaient ouvert une maison d’édition à New York, publient une collection d’albums de mots croisés pour le plaisir de la tante de Simon, grande fan de puzzles. Avec un crayon en cadeau pour corser la vente car les deux auteurs, n’étant pas sûrs de la réussite de leur initiative à caractère familial, n’avaient imprimé que 36 000 exemplaires qu’ils n’avaient pas signés. Leur initiative connaît une tel succès qu’ils doivent produire des éditions supplémentaires. Au total, ils vendront cent mille copies. Engendrant par la même occasion la création de la Ligue américaine d’amateurs de mots croisés.

Cette activité prend un tel essor que le journal anglais Times lui consacre un éditorial intitulé « L’Amérique asservie ». De même, en 1924, les fans se mettent à fredonner une chanson dédiée aux cruciverbistes, Cross Word Mamma, You Puzzle Me (Big Papa’s Gonna Figure You Out). Plus sérieusement, le Royaume-Uni se prend au jeu. Le 2 novembre 1924, la première grille de mots croisés britannique, achetée à Arthur Wayne, est publiée dans le Sunday Express. Quelques semaines plus tard, le 29 novembre 1924, c’est la France qui publie, dans l’hebdomadaire Dimanche illustré, la première grille du jeu sous le nom de Mosaïque mystérieuse. Le casse-tête intello-ludique fait boule de neige jusqu’à être adapté dans presque toutes les langues du monde…

Popularité, glamour et high-tech

Entre-temps, les mots croisés sont entrés à leur manière en guerre de part et d’autre de l’Atlantique en tant que pacificateurs des esprits et également comme pied de nez à un célèbre service de renseignements britannique. Ainsi, lorsque l’Amérique rejoint en 1941 la coalition européenne dans sa lutte contre le nazisme, le rédacteur en chef de l’édition dominicale du New York Times suggère d’apaiser et d’occuper les esprits dans ces moments de trouble en proposant aux lecteurs des grilles de mots croisés. À l’époque, Margaret Farrar, une journaliste américaine et la première éditrice de mots croisés pour le New York Times, avait ainsi souligné : « Je ne peux pas vous dire l’augmentation de la demande pour ce passe-temps durant cette période de plus en plus inquiétante. Vous ne pouvez pas penser à vos ennuis en trouvant des solutions de mots croisés. » À cette même période à Londres, un membre des forces armées, cruciverbiste dans l’âme et dans le secret du jour J du débarquement, le 6 juin 1944, constate avec effroi que certains noms des codes de cette opération étaient apparus, bien avant son lancement, dans les définitions des grilles des mots croisés du Daily Telegraph, notamment les mots Utah, Omaha, Neptune, Mulberry et Overlord, tous des lieux du débarquement. Après l’arrestation et l’interrogatoire de leur auteur, un paisible professeur, l’on avait conclu officiellement qu’il s’agissait d’une extraordinaire coïncidence.

L’engouement pour cet exercice cérébral n’a fait que progresser avec le temps. En 2006 notamment, il connaît partout dans le monde une grande explosion avec l’organisation de clubs et de tournois. Ces compétitions ont pris un tour glamour avec la participation de « people » célèbres, tels l’ancien président Bill Clinton, les chanteurs Paul McCartney, George Harrison, les actrices Jean Simmons, Doris Day, Elizabeth Montgomery, Helen Walker, l’acteur Gene Kelly, la chanteuse Kate Perry et bien d’autres.

Puis la high-tech a pris le train en marche, traçant sur la toile, les tablettes et autres supports numériques toutes sortes de cases à thèmes, ou pas, à remplir. Sans pour autant faire des cruciverbistes, amateurs de crayons et de papiers, une espèce en voie de disparition qui trouve encore du charme dans des rituels quotidiens, à tortiller son crayon en cherchant un mot pour remplir une grille que l’on a mise en valeur en pliant son journal en quatre.



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