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Quand la politique se dit avec des broches

Coolitude

En gouvernance comme en diplomatie, il s’agit de lire sur les lèvres, manière George W. Bush (« Read my lips »), mais aussi de décrypter les bijoux décoratifs et d’en comprendre les messages sous-jacents.

16/10/2019

« C’est un bijou que l’on aborde de face. C’est pour cela que l’extravagance lui va à merveille. Plus que la débauche de couleur, d’ailleurs. » C’est ainsi que Frédéric Chambre, célèbre commissaire-priseur et ancien bras droit de Pierre Bergé, définit la broche. Tout récemment, la présidente de la Cour suprême britannique, Lady Brenda Hale, semble avoir affiché cet ornement pour faire tomber le couperet sur le Premier ministre du Royaume-Uni, Boris Johnson, jugeant « illégale sa décision de suspendre le Parlement ». Pour prononcer ce verdict, elle avait choisi d’arborer une broche en forme d’araignée géante qui a frappé l’audience autant que cet instant historique. Une image forte, aubaine pour les réseaux sociaux qui ont flambé en y allant de leurs interprétations : quelle toile a tissé cet arachnide ? Qui est pris dans sa toile ? Est-ce une référence à la phrase de l’écrivain Walter Scott « Oh ! Quelle toile emmêlée nous tissons lorsque nous entreprenons de tromper » ? Ou, mieux encore, est-ce une référence à la chanson intitulée Boris the Spider, Creepy and Crawly (Boris l’araignée, rampante et terrifiante) ?

Ceux qui ont voulu produire en série l’araignée de Lady Hale ont été devancés sur-le-champ par l’entreprise anglaise de tee-shirts Balcony, qui en quelques heures a mis en vente sur eBay un tee-shirt noir frappé d’une grosse araignée blanche sur l’épaule droite, pour la modique somme de 10 livres sterling. De plus, 30 % des bénéfices récoltés ont été offerts à un abri pour sans-logis. Entre-temps, pendant que les médias et autres réseaux sociaux continuaient à argumenter et tergiverser sur les intentions de la présidente de la Cour suprême, un porte-parole interrogé sur le message du bijou a laissé le mystère entier : « Lady Hale a une petite collection de broches, offertes ou achetées, c’est tout ce que je peux dire. » Toutes relèvent d’un thème animalier : libellule, chenille et grenouille. Parfois porteuses de message, parfois pas.

Le venin du « serpent » de Madeleine Albright pour Saddam Hussein

Ce qui ne peut que rappeler un autre langage visuel flamboyant, souvent direct et à connotation politique, pratiqué par Madeleine Albright, ancienne secrétaire d’État des États-Unis, et résumé dans un ouvrage de son cru intitulé Read My Pins. À noter que Mme Albright préfère le mot pin’s au mot broche qu’elle trouve « prétentieux ». Elle a toujours aimé cet accessoire : dans les beaux jours, elle l’exhibe en fleurs, papillons et ballons et, les jours plus sombres, elle pique des animaux moins amicaux qui expriment à leur manière sa colère. Madeleine Albright a commencé à utiliser les broches comme jargon diplomatique lorsque le gouvernement irakien, suite à l’invasion du Koweït, l’avait traitée de « serpent sans pareil ». Alors ambassadrice américaine aux Nations unies, elle est arrivée à une réunion au sujet des sanctions contre Saddam Hussein arborant une spectaculaire broche en forme de serpent enroulé autour d’une branche d’arbre. Depuis, elle y est allée de ses « broches statements ».

Hillary Clinton l’a aussi dit en broches en tant que First Lady et secrétaire d’État. Lors de sa nomination à ce dernier poste, elle avait posé sur le revers de son tailleur noir un papillon en cristal aux ailes prêtes à s’élancer.

Les diamants glacés de la reine d’Angleterre

De l’autre côté de l’Atlantique, Sa Gracieuse Majesté n’hésite pas à puiser dans les joyaux de la couronne pour accueillir les hôtes de marque étrangers en épinglant sur son corsage un bijou symbole des liens (ou pas) entre leurs pays respectifs. L’auteure du hashtag

#samuraiknitter, spécialiste en décodage du port des broches, a ainsi analysé le choix de la reine Elizabeth quand elle a reçu le président Donald Trump en juillet 2018 : une broche d’abord baptisée the American state visit brooche (« la broche des visites d’État »), que l’ancien président des USA (et rival de l’actuel) Barack Obama avait offerte à la souveraine. Pour sa deuxième rencontre avec Trump, elle a choisi une étoile des neiges en saphir et diamant, don d’un pays pas très ami de son hôte, le Canada. Au moment des départs, elle a versé une larme (mais pas de regret) sertie de diamants, mais généralement réservée aux jours d’affliction.

Toujours dans ce style british, la princesse Michael de Kent, cousine de la reine Elizabeth II, s’est mise au jeu politique de cet accessoire. Au cours d’un déjeuner destiné à faire la connaissance de Meghan Markle, elle a opté pour une broche qui avait la forme du buste d’un homme noir, pour célébrer la mixité.

Bijou de parade par excellence et de sublimation par le passé et élément incontournable des tenues de sortie de la haute société, la broche sied parfaitement au détournement politique, de par sa visibilité et les nombreuses interprétations qu’elle suscite.



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