Diplomatie

La communauté internationale s’inquiète : personne ne gère la crise au Liban

Le pays est comme un avion sur pilotage automatique, et il faudrait au moins provoquer un atterrissage d’urgence, estime une source diplomatique.

Des soldats de l’armée libanaise dans la Békaa, en 2017. Photo tirée du site de l’armée

L’inquiétude de la communauté internationale grandit à mesure que le pays s’enfonce dans la crise et que la classe politique, paralysée par ses différences et aveuglée par ses intérêts, se montre incapable de s’entendre sur la formation d’un gouvernement. Plus d’un mois après la démission de Saad Hariri, une source diplomatique estime que les Libanais ne peuvent plus s’accorder le luxe du temps et qu’ils doivent former rapidement un gouvernement crédible, capable de gérer la crise.

Cette source compare la situation du pays à celle d’un avion sur pilotage automatique. « Il ne faut pas s’attendre à un atterrissage en douceur, mais il faudrait au moins que la classe politique œuvre pour un atterrissage d’urgence », et non un crash, explique-t-elle.

Face aux atermoiements de la classe politique, qui n’a toujours pas pu s’entendre sur le nom d’un Premier ministre plus d’un mois après la démission de Saad Hariri, ce qui inquiète surtout les partenaires internationaux du Liban est qu’il n’y a « aucune gestion de la crise » au Liban, alors que les problèmes économiques et sociaux s’aggravent.

Or la communauté internationale a besoin d’un « partenaire crédible », si elle veut aider le Liban, ajoute ce diplomate, soulignant que le seul point positif est que le Liban continue de jouir d’un soutien international et que les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU ont une attitude unifiée concernant le pays, ce qui joue en sa faveur.

Le Conseil de sécurité a d’ailleurs souligné, lors de sa dernière réunion le 25 novembre consacrée à l’examen de l’application de la résolution 1701, l’importance de former rapidement « un nouveau gouvernement capable de répondre aux aspirations du peuple libanais », et appelé « tous les acteurs à mener un dialogue national intensif ».

Dans ce contexte, qu’en est-il des informations distillées dans les médias, selon lesquelles des divergences opposeraient certains États sur la forme du futur gouvernement, Washington préférant par exemple un cabinet de technocrates sans le Hezbollah, Moscou un gouvernement politique et Paris une solution entre les deux ?

La source diplomatique assure que ces informations ne sont pas fondées, qu’il n’y a pas de propositions de la part de la communauté internationale sur la forme du gouvernement et que c’est aux Libanais eux-mêmes de décider.

« La communauté internationale ne discute pas de qui doit ou ne doit pas faire partie du gouvernement », explique cette source, assurant que la formation du gouvernement est une question purement locale. Évidemment, elle reconnaît que les États-Unis, qui intensifient sur le plan régional leurs pressions contre l’Iran et ses alliés, ne seraient pas mécontents de voir un cabinet dont le parti pro-iranien ne ferait pas partie.

Mais s’il faut donner un conseil à la classe politique, c’est celui de ne pas irriter la rue en ramenant au gouvernement des figures contestées par les manifestants et de former un cabinet crédible et jouissant du soutien de la population, ajoute cette source.


(Lire aussi : Irresponsabilité criminelle, l’édito de Michel TOUMA)


Pas de concessions

Elle souligne dans ce cadre que si, faute d’accord, un gouvernement formé de figures du 8 Mars est formé, cela serait « moins attrayant » tant pour la rue que pour la communauté internationale, et qu’il serait dans ce cas plus difficile d’obtenir l’aide des partenaires internationaux du Liban.

Pour le moment, l’option n’est pas véritablement envisagée par les différents partis au pouvoir. Mais ce que déplore cette source diplomatique, c’est que les partis politiques continuent de faire prévaloir leurs intérêts avant tout et ne font pas de concessions, bloquant ainsi la formation du gouvernement. Pour la classe politique, c’est toujours « business as usual » face aux revendications de la rue, alors que le soulèvement dure depuis plus d’un mois et demi, ajoute cette source.

Dans leurs entretiens avec les responsables internationaux, les responsables libanais donnent l’impression de penser qu’ils peuvent toujours se donner le temps d’atermoyer, mais la situation devient de jour en jour plus dangereuse, prévient cette source.

Dans le même temps, elle estime que les partis au pouvoir, y compris le Hezbollah, ne veulent pas d’un effondrement généralisé, qui ne serait dans l’intérêt de personne.

Mais ces partis pourront-ils gérer la crise, surtout qu’avec l’aggravation des problèmes économiques et sociaux, une « révolution de la faim » pourrait se profiler, s’interroge cette source, qui met en garde contre un scénario semblable à celui de la Grèce.

Elle explique cependant que le Liban ne se dirige pas pour le moment vers un effondrement total et qu’il faut plusieurs mois avant d’atteindre une telle situation. La source estime cependant qu’il est préférable pour les Libanais de gérer la crise eux-mêmes, sans attendre une aggravation de la situation qui rendrait nécessaire une intervention du Fonds monétaire international ou autre, qui dicterait des mesures autrement plus dures que celles dont la population souffre en ce moment, pour sauver le Liban.



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L’inquiétude de la communauté internationale grandit à mesure que le pays s’enfonce dans la crise et que la classe politique, paralysée par ses différences et aveuglée par ses intérêts, se montre incapable de s’entendre sur la formation d’un gouvernement. Plus d’un mois après la démission de Saad Hariri, une source diplomatique estime que les Libanais ne peuvent plus...

commentaires (15)

BEN, IL Y A QUELQUE CHOSE QUI LA GERE CETTE CRISE : LE HASARD ! 3ALA ALLAH !

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

18 h 30, le 03 décembre 2019

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Commentaires (15)

  • BEN, IL Y A QUELQUE CHOSE QUI LA GERE CETTE CRISE : LE HASARD ! 3ALA ALLAH !

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    18 h 30, le 03 décembre 2019

  • Libanais main dans la main, on peut aller plus loin, et plus qu'on ne le croit mais à qui s'adresser ??

    Antoine Sabbagha

    18 h 18, le 03 décembre 2019

  • Pourqoi on fait pas appel à des libanais de l'étranger qui sont beaucoup plus intelligents que ces abrutis qui gouvernent. On leur demande de venir sauver la patrie, surtout pas de faux libano-iranien, que Dieu ne plaise

    Eleni Caridopoulou

    17 h 24, le 03 décembre 2019

  • Dans une équipe de foot il est toujours difficile de ne plus être titulaire. Surtout si c'est une équipe de bras cassés. Alors on s'accroche avant d'être largué au garage. J'ai été indulgent de comparer nos braves hommes politiques à des sportifs dont l'esprit n'est tout de même incomparable. Comment voulez vous que du jour au lendemain ce valeureux homme (normal car c'est un milieu machiste et sexiste) se retrouve comme un citoyen normal, à aller acheter son pain, ne plus avoir la vingtaine de police motorisée et à être fouillé à l’aéroport en faisant la queue comme tout le monde alors que pendant des décennies il ne s'est plus considéré comme monsieur tout le monde.

    Citoyen

    17 h 13, le 03 décembre 2019

  • On perçoit clairement depuis le 17 octobre 2019, dans les diverses déclarations de certains de nos responsables et de leurs associés et partisans...la crainte de la fin d'une époque qui leur permettait de vivre confortablement des bénéfices d'une corruption généralisée. Toutes leurs fanfaronnades, menaces, accusations de complots ourdis de l'extérieur, dénigrement de la révolte des opprimés ne peuvent plus masquer leur désarroi face à l'inconnu et au changement qui s'annonce, et qui bousculera leurs habitudes de favorisés du système actuel ! Irène Saïd

    Irene Said

    14 h 39, le 03 décembre 2019

  • Sous l'ombrelle du hezb hahahahahahahaha on reve. c'est comme dire a une femme aggresse de vivre avec son aggresseur. mais certains ne veulent toujours pas le comprendre, HEZB OUT!! qvec tout ceux qui leurs ressemble et se rassemble. Votre temps arrive. patiente patiente patiente

    Thawra-LB

    13 h 43, le 03 décembre 2019

  • Elle explique cependant que le Liban ne se dirige pas pour le moment vers un effondrement total et qu’il faut plusieurs mois avant d’atteindre une telle situation. Cette source est completement a cote de la realite L'EFFONDREMENT EST DEJA LA A PARTIR DU MOMENT OU LES BANQUES NE PEUVENT PAS PAYER AUX DEPOSANTS LEUR PROPRE ARGENT SANS UNE LOI POUR COUVRIR CE FAIT SEULS LES AVEUGLES NE LE VOIENT PAS En attendant nos sieurs discutent encore comment se repartir les chaises juteuses en faisant semblant de satisfaire les revolutionnaires LE REVEIL SERA DUR POUR TOUS SURTOUT SI LES GRANDS NOMS HAIIS DE CE GOUVERNEMENT A CAUSE DE LEUR COMPLERTE INCOMPETENCE CONTINUENT A SIEGER AU GOUVERNEMENT

    LA VERITE

    13 h 41, le 03 décembre 2019

  • Il faut appeler Poutine à l'aide et tout serait résolu en un jour !

    Chucri Abboud

    12 h 05, le 03 décembre 2019

  • La solution à la vénézuélienne serait la pire des pires , à savoir former des équipes parallèles pour diriger le pays . D'ailleurs Guaido l'agent opposant du Venezuela est soupçonné par les américains qui l'emploient de corruption et on parle de plus de plus de l'éliminer, ce qui n'est pas nouveau chez les yankys. La seule solution et l'unique solution c'est d'arrêter de rêver d'un chamboulement total de l'actuelle situation , mais de s'associer avec ce gouvernement pour faire avancer au mieux du mieux les choses dans la bonne direction , sous l'ombrelle de la résistance du hezb libanais. Hier un malheureux s'est tué pour 1000 livres, demain on assistera à des suicides collectifs d'autres malheureux , tout ça parce qu'on ne veut pas se réveiller de son rêve illusionnaire.

    FRIK-A-FRAK

    11 h 49, le 03 décembre 2019

  • alors: si la classe politique ne veut pas prendre les bonnes décisions ,que le peuple les prenne! former une classe politique populaire (faite des représentants de tous )est ce impossible après ce bel élan des Libanais main dans la main? NON ! ce comité (formé d 'experts)se présente avec un programme béton et organise un référendum populaire capable d'affirmer une vraie décision politique pour former un nouveau gouvernement;une idée parmi d autres J.P

    Petmezakis Jacqueline

    10 h 09, le 03 décembre 2019

  • Tous les elements se mettent en place pour une implosion programmée. L’ Eradication du parti de Dieu ne constitue qu’un infime detail et une excuse médiatique dans le vaste programme conçu pour un démantèlement systématique et graduel du pouvoir politique et des Institutions du pays. Plusieurs Politiques et Pontes de la finance le savent et leur silence ainsi que leur manque de sursaut national le prouvent et ces elements confirment malheureusement une tragédie nationale de grande ampleur. Le Pire est encore a venir. Actuellement la guerre ne se fait plus avec les canons et celle que notre pays subit sera des plus dévastatrices.

    Cadige William

    08 h 19, le 03 décembre 2019

  • Un bateau ivre. Il y a bien un capitaine,mais enfermé dans sa cabine, il refuse de donner des ordres.

    Yves Prevost

    07 h 34, le 03 décembre 2019

  • La catastrophe est installée déjà, et les mêmes figures irresponsables persistent dans leurs projets destructeurs vis à vis de La population . L'Histoire les accablera .

    Ô Liban

    06 h 41, le 03 décembre 2019

  • Si ça continue encore 2 jourd il faudra que les révolutionnaires forment un gouvernement et lancent des négociations avec les pays étrangers à travers les ambassadeurs de ces pays ainsi qu'avec le chef de l'armée pour sauver le pays.

    Wlek Sanferlou

    04 h 07, le 03 décembre 2019

  • LE PAYS S,EFFONDRE ET NOS ABRUTIS CORROMPUS ET INCOMPETENTS SE PAIENT LE LUXE DE LA TERGIVERSATION COMME SI DE RIEN N,ETAIT A COMMENCER PAR LA TETE DE L,ECHELLE ET JUSQU,A LA BASE. ILS SONT DES CRIMINELS QUI ASSASSINENT LE PAYS.

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    00 h 24, le 03 décembre 2019