La police anti-émeute intervenant après une bagarre entre deux groupe de manifestants, jeudi 24 octobre 2019, place Riad el-Solh dans le centre-ville de Beyrouth. REUTERS/Alkis Konstantinidis
Une violente bagarre a éclaté jeudi en fin d'après-midi entre deux groupes de manifestants, place Riad el-Solh, dans le centre-ville de Beyrouth, poussant les Forces de sécurité intérieure à intervenir et tirer en l'air pour disperser les protestataires. Mis à part quelques incidents isolés vite contenus, il s'agit de la première confrontation de cette ampleur entre les protestataires depuis le début du mouvement de contestation, il y a huit jours.
La Croix-Rouge libanaise a confirmé à la chaîne LBCI en soirée avoir transporté six blessés vers les hôpitaux de la région, après cette bagarre.
Sur les images retransmises en direct, on aperçoit un groupe de jeunes hommes se bagarrer avec d'autres manifestants munis de drapeaux libanais. Selon la chaîne LBCI, le premier groupe revendiquait les mêmes demandes sociales mais refusait que l'on s'en prenne au secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah. La dispute a alors dégénéré en bagarre. Une femme inconsciente a été évacuée par des manifestants, et les forces anti-émeutes sont intervenues en tirant en l'air pour disperser la foule. Après une brève accalmie, les deux groupes se sont de nouveaux affrontés et la police tentait de les séparer et de rétablir le calme.
Une femme s'est disputée avec un vieil homme qui lui a dit qu’il était interdit d’insulter Nasrallah. "Pour qu’il me lâche j’ai dû chanter ‘Geagea est un sioniste’", raconte-t-elle à notre journaliste sur place Caroline Hayek.
De son côté, un agent de police a affirmé à l'OLJ que les partisans du Hezbollah ont le droit de manifester comme les autres. "On ne peut pas les faire partir. Ils manifestent, comme les autres, c'est leur droit. Nous, nous ne pouvons que maintenir le calme", a-t-il déclaré. "Si on les (les manifestants du Hezbollah, ndlr) repousse d'ici, le pays s'enflamme", a-t-il ajouté.
Lundi soir, des dizaines de motards brandissant des drapeaux du mouvement Amal et du Hezbollah avaient tenté d’accéder à la place des Martyrs dans le centre-ville. Des vidéos qui ont circulé plus tard sur les réseaux sociaux montraient, rue Monnot, des militaires les empêchant de prendre la direction du centre-ville où les manifestants étaient massés. Ils s'étaient alors éloignés, sillonnant d’autres quartiers de Beyrouth.
(Lire aussi : Pour ou contre les manifestations, la position mitigée du Hezbollah, le décryptage de Scarlett HADDAD)
Bou Saab : Pas d'ordre à l'armée de rouvrir les routes
Le slogan "Tous veut dire tous" est régulièrement lancé par les centaines de milliers de manifestants qui protestent contre toute la classe politique, n'hésitant pas à conspuer le chef de l'Etat, Michel Aoun, le Premier ministre, Saad Hariri, le président du Parlement, Nabih Berry, ou encore le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah.
Plus tôt dans la journée, le président Michel Aoun avait pris la parole pour la première fois depuis le début du mouvement, estimant, dans un discours préenregistré, que "ce n'est pas dans la rue qu'on peut changer le système politique". Le président s'est en outre dit prêt à rencontrer des représentants des manifestants pour écouter leurs demandes. Le moins que l'on puisse dire, est que le discours du président n'a pas été à la hauteur des attentes des manifestants. Dans plusieurs régions du pays, les réactions étaient violentes.
L'allocution de M. Aoun était très attendue alors que le soulèvement avait pris la veille une nouvelle tournure avec l'intervention de l'armée qui a tenté sans succès de rouvrir les routes principales, au prix de face-à-face parfois tendus avec les manifestants.
Jeudi, le ministre de la Défense, Élias Bou Saab, qui s'est entretenu avec le président du Parlement, Nabih Berry, a affirmé qu'il n'avait pas ordonné à l'armée de rouvrir par la force les routes bloquées à travers le pays. "Nous faisons tout à fait le contraire, nous demandons toujours à l'armée de protéger les manifestants pacifiques", a affirmé le ministre de la Défense. "La protection des manifestants fait l'unanimité, mais les responsables sont également tous en faveur de la protection des biens publics et de la liberté de circulation", a ajouté M. Bou Saab. "Les gens ont le droit de manifester de manière pacifique, mais les gens ont également le droit de circuler en toute sécurité, surtout que de nombreux chefs syndicaux (...) nous appellent à rouvrir les routes afin d'assurer les approvisionnement vitaux", a fait savoir le ministre de la Défense.
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07 h 44, le 25 octobre 2019