Liban

Pour ou contre les manifestations, la position mitigée du Hezbollah

Décryptage
24/10/2019

Les manifestations entament leur huitième jour et continuent à se dérouler dans la plupart des régions du Liban, montrant une belle unité des revendications et exprimant un malaise généralisé. Mais les incidents qui se multiplient notamment au Sud, dans la région de Nabatiyé et de Tyr, suscitent de nombreuses questions, dont la plus importante porte sur la véritable position du Hezbollah.

Le puissant parti de la résistance est-il avec les manifestants et leurs revendications, ou bien appuie-t-il en réalité le maintien en place du pouvoir et du gouvernement, comme l’a presque affirmé le secrétaire général du Hezbollah dans son dernier discours samedi dernier ? La question mérite d’être posée parce que selon les jours, les lieux et les heures, on a l’impression d’une position ambiguë et changeante.

Dans les faits, il faut préciser que Hassan Nasrallah a déclaré dans le même discours d’appui au pouvoir et au gouvernement qu’il comprend parfaitement les manifestations et a appelé à des mesures concrètes et radicales pour réduire le déficit budgétaire et relancer la vie économique, sans toucher aux pauvres et aux classes défavorisées. Cela peut paraître contradictoire, mais cette équation semble en réalité résumer de façon précise la position du parti.

D’un côté, le Hezbollah est tout à fait conscient de l’impact de la crise économique et financière sur sa base populaire, surtout au moment où il subit les effets des sanctions économiques qui lui sont imposées directement et celles qui sont imposées à l’Iran, ces effets réduisant sa capacité à intervenir pour améliorer les conditions de vie de ses partisans. En même temps, le Hezbollah n’a jamais caché le fait qu’il n’est pas familier du système bancaire libanais et a peu de contacts avec les banques, préférant toujours se positionner aux côtés des couches sociales les plus défavorisées. Hassan Nasrallah, ainsi que la plupart des députés du bloc de la Résistance, ne cesse de le répéter. De plus, depuis les dernières élections législatives en mai 2018, il a fait de la lutte contre la corruption et du règlement de la crise économique et sociale son cheval de bataille.Les responsables du parti ne cessent de le répéter et ils avaient même annoncé qu’une cellule spéciale, chargée de cette mission et présidée par le député Hassan Fadlallah, avait été formée. Le Hezbollah, qui est à l’écoute de sa base populaire, n’est pas sans savoir que jusqu’à présent, cette cellule n’a pas réussi à obtenir des résultats concrets, en raison de la complexité de la situation politique qui trace des lignes rouges dans de nombreux dossiers et autour de nombreuses personnes. Pour cette raison, le Hezbollah n’est pas mécontent de laisser les gens exprimer leur grogne dans la rue à travers les manifestations dans plusieurs régions. Surtout que dans les circonstances qui avaient précédé le déclenchement des protestations, il avait le sentiment d’avoir les mains liées et de ne pas parvenir à offrir des résultats concrets. Selon des experts de la scène chiite, le Hezbollah, qui a eu, à un moment, sa part dans les cris de colère des manifestants, comprend aussi que le mécontentement des gens atteigne certaines de ses figures (il y a eu des attaques limitées contre les bureaux des députés Mohammad Raad, chef du bloc de la Résistance, et Hassan Fadlallah, à Nabatiyé). Il comprend aussi que les reproches puissent également atteindre son allié, le président de la Chambre, Nabih Berry. D’une certaine façon, toujours selon les experts de la scène chiite, ces cris de colère renforcent même la volonté du Hezbollah de lutter contre la corruption, sachant que depuis plus d’un an, ses efforts se sont heurtés à un système politique et confessionnel verrouillé. Le Hezbollah, qui n’a cessé de remporter des victoires militaires au Liban, en Syrie et peut-être sur d’autres champs de bataille, s’est donc retrouvé quelque peu impuissant face à ce système et, lui qui a habitué ses partisans à aller « de victoire en victoire », selon les propres termes de Nasrallah, ne peut pas faire devant eux un constat d’échec sur ces questions. Pour cette raison, les protestations populaires, même si elles l’égratignent, lui et ses alliés, peuvent avoir, à ses yeux, du bon dans la mesure où elles ont déjà relativement débloqué le système et poussé les camps les plus réfractaires aux réformes à les accepter. Dans ces conditions, pourquoi le Hezbollah ne déclare-t-il pas ouvertement son appui aux manifestations populaires et son soutien à leurs revendications ? Toujours selon les experts de la scène chiite, le parti ne peut pas faire une lecture purement locale des manifestations qui se déroulent actuellement sur le territoire libanais. Pour lui, il se pourrait qu’au-delà du contexte interne et des décisions inacceptables de certains ministres du gouvernement, ainsi que de la lenteur des réformes pourtant nécessaires, il y ait des agendas politiques externes qui visent à renverser les équilibres politiques actuels qu’il estime être en sa faveur. Pour le Hezbollah, les positions du président de la République avec ses interlocuteurs internationaux et à toutes les tribunes sont un acquis qu’il faut préserver. Tout comme les positions du Premier ministre sur de nombreux sujets cruciaux sont, à ses yeux, un pas dans la bonne direction, qu’il faut protéger à tout prix. C’est pour cette raison que Hassan Nasrallah a affirmé dans son dernier discours que si le gouvernement actuel démissionne, il sera difficile d’en former un autre rapidement et, selon lui, la vacance, ou un gouvernement chargé de gérer les affaires courantes, serait catastrophique dans ce contexte parce qu’il n’est pas en mesure de prendre des décisions importantes. Dans la même logique, le chef du Hezbollah a affirmé que le mandat actuel ne peut pas être renversé. Il s’agit donc d’essayer d’obtenir des réformes importantes sans toucher au fond. Mais la rue, elle, semble d’un autre avis...


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Bery tus

Madame vous êtes dans un autre monde … arrêtez d'essayer de disculper les uns ou les autres …

meme sur la OTV vous ne faite pas le poids des manifestants quand bien meme vous essayer d'induire en erreur ces memes manifestants en engageant les FL QUI ONT DEMISSIONNER DEPUIS LE 1 ERE JOUR comme quoi ils sont derriere ces manifs monstre

une chose cependant si vraiment les FL ETAIENT DERRIERE LES MANIFS ALORS CHAPEAU BAS AUX FL S'ILS PEUVENT FAIRE BOUGER LA RUE AVEC CET DIMENSION PARTOUT AU LIBAN

ADO57

Turquie tu as chassé du Liban mes ancêtres
Syrie pompé par toi il nous reste nos guêtres
Iran ne régnez plus avec Hezbollah en maîtres

Sissi zayyat

Lorsque Scarlette arrêtera d’appeler ce parti résistant on avisera.
Elle parle d’eux en évoquant leurs victoires. Au Liban oui avec plusieurs centaines de morts suite à une provocation et un complot pour détruire le pays et faire croire à une victoire. Merci la France pour avoir arrêter l’effusion de sang. En Syrie. Merci Poutine pour avoir sauver la mise. Ils doivent leur pseudo victoire à des gens qui regardent et voient plus loin que leur nez.
Ensuite qu’est ce qu’in S’EN FOUT de savoir ce que le HB pense des manifs. Cela ne les regarde ni de loin ni de prêt. Qu’ils aillent libérer le peuple iraniens de la main mise de mollah sur son peuple chiite en occurence et qu’ils sont en train d’affamer et les étrangler pour mieux se faire voir.

ADO57

Vive Riad Salame l homme qui a sauvé le Liban des subprime car c est le chemin de la Grèce et de Chypre que nous aurions pris il y a dix ans

Irene Said

Le Hezbollah n'a qu'une position: les intérêts de son commanditaire, l'Iran.

Le Liban, son peuple et même ses partisans et miliciens qui ne sont que des outils pour lui depuis le début, il ne s'en est jamais soucié depuis "qu'il est au pouvoir" !
Irène Saïd

C- F- Contributions et Interprétations

...""Le puissant parti de la résistance est-il avec les manifestants et leurs revendications, ou bien appuie-t-il en réalité le maintien en place du pouvoir et du gouvernement, comme l’a presque affirmé le secrétaire général du Hezbollah dans son dernier discours samedi dernier ?""

Le puissant parti ? Ça nous suffit tout cela ! Je suis heureux de voir la troupe assurer le maintien de l’ordre pour éviter les débordements, et qu’il ne se mêle pas de la révolution en marche, le parti ultra puissant. Pour vous (voir la citation), il n’est peut-être pas contre les jeunes révolutionnaires, et comme il a ""presque affirmé"", c’est que l’ordre qui lui est signifié, n’est pas encore bien traduit en arabe…
Pardon de vous le dire, j’étais presque à bord de la crise des nerfs après cette dernière interview, sur les réseaux sociaux. Je réitère mon conseil de changer d’algorithme, et qu’on reste des amis, et à vous lire bien sûr, évidemment................

Pierre Hadjigeorgiou

Hassan Nasrallah est, avec Aoun, le principal responsable de la situation actuelle. Les armes de son parti et ses actions, depuis sa création, ont été destructrices pour le Liban et son peuple. Il n'a aucuns intérêts a voir le mandat partir puisqu'il couvrait toute ses magouilles du trafic de drogue a la fraude fiscale, etc... Depuis les dernières élections il a senti que même sa base ne le soutient plus. Il a perdu les élections a Jbeil alors que ses opposants No.1, les FL, gagnaient a Baalbeck. Le compte a rebours de sa présence dans le monde politique Libanais a débuté en 2005 et pour retarder cela, il provoque, sans cesse, des guerres pour se maintenir et justifier sa présence armée.
Aujourd'hui s'il est avec la révolution, il se condamne a devoir mettre sur le tapis la strategie militaire tant controversée et risque de se retrouver face a face avec l’armée car aucune réforme ne pourra avoir lieu a l'ombre d'armes qui protège des criminels, des assassins et des corrompus de son partis. Ceux-ci sont le corps et le cœur de son organisation. Il est donc contre. De plus, avec les prochaines élections il perdra une partie de ses députés tout comme Amal en faveur des opposants Chiites. Comment gérera-t-il cette situation? Encore une fois avec guerres, meurtres etc... Eh bien le peuple n'en veut plus... Qu'il aille en Iran ou en Syrie si cela lui chante mais qu'il nous laisse vivre tranquille. En prime il peut emporter ses voyous et ceux du PSNS et du CPL...

Chucri Abboud

Excellent article qui éclaire le fait qu'il y a aussi un agenda externe , au moment où les américains se débinent das tout le Moyen-Orient et que le Hezb s'apprêtait à devenir encore plus fort , il serait hors de question de lui demander actuellement de ne plus participer au pouvoir au Liban . Cela provoquerait une véritable guerre dont il sortirait gagnant . Ne rêvons pas , ne soyons pas dupes .

Tony BASSILA

Sayyed Hassan et son mouvement le Hezbollah ont tort de s'accrocher à ce gouvernement extrêmement impopulaire et qui a perdu sa crédibilité. Le mouvement actuel de contestation populaire massive ne lâchera pas prise car il a l'élan, le momentum et n'est pas prêt à lâcher du lest tant que ce mouvement continue de dépasser les partis politiques et communautés religieuses et que ses revendications restent tout-à-fait légitimes et populaires.

HABIBI FRANCAIS

TOUT. CE QUI EST MAUVAIS POUR LE HEZBOLLAH EST BON POUR LE LIBAN.

ON DIT QUOI ?

Le hezb libanais de la résistance est arrivé au pouvoir avec un système pourri depuis des décennies , avant même 90.

C'est un parti qui a libéré les plus démunis de l'occupation étrangère, il n'a pas la structure nécessaire pour les libérer des escrocs internes.

Mais en tout état de cause il est pour durer.

Agenda ou pas.

Yves Prevost

"Hassan Nasrallah a déclaré dans le même discours d’appui au pouvoir et au gouvernement qu’il comprend parfaitement les manifestations".
Le fait qu'il s'oppose à la démission du gouvernement prouve qu'il n'a rien compris (ou qu'il veut faire semblant de ne rien comprendre) car, au-delà des mesures économiques concrètes et immédiates, c'est la revendication essentielle: un changement de la classe politique qui s'est totalement décrédibilisée.

Zovighian Michel

Bien sûr que Nasrallah ne veut pas changer le gouvernement. Le fait qu'il dise qu'il serait difficile de former un nouveau gouvernement indique qu'il pense que c'est la même classe politique qui va le former. Franchement. On n'oubliera pas que c'est le Hezbollah et le CPL qui ont laissés le pays sans Président pendant deux ans et demi, sans gouvernement pendant neuf mois, sans budget pendant quatre mois, et sans réunions de l'exécutif pendant six semaines suites a l’affaire de Qabr Chmoun.

Le gouvernement se concentre sur le déficit du budget de l'État alors que le vrai problème est le secteur privé qui est le moteur de l'économie. Le budget 2020 diminuerait le déficit du budget de l'État sauf qu'il est défaillant et n'est peu crédible car il ne projette qu'une croissance économique de 1 % (Wow quel exploit). Ceci est trop insuffisant pour améliorer la vie des citoyens car on a besoin d'une croissance annuelle de 5 % pour créer de l'emploi et augmenter le pouvoir d'achat du consommateur.

Les jeunes veulent du travail et un niveau de vie qui justifierait leur dépense en frais scolaires et universitaires, et je passe sur toutes les autres raisons. Sa base populaire a les mêmes problèmes que tous les autres jeunes du pays et elle est déjà ailleurs !

Wlek Sanferlou

Equation simple:
manifestants libanais de tout bords et dans toutes les régions du liban veulent l'armée libanaises partout et surtout au pouvoir > hezbollah qui veux l'Iran et ne suit que les commandement et directives de l'Iran...

CQFD,

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