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Liban

Pendant ce temps, la contestation ne faiblit pas

Manifestations
22/10/2019

« Dégage ! Dégage ! Toi et ton mandat ! » Immédiatement après la déclaration de Saad Hariri, la foule massée dans le centre-ville, qui avait soudainement grossi, a rejeté à coups de slogans le plan de réformes économiques proposé par le président du Conseil. Les manifestants ont proclamé leur intention de rester sur place, exigeant à nouveau la démission du gouvernement, la formation d’un cabinet de transition et des élections anticipées.Dina, 40 ans, une Beyrouthine venue avec ses enfants, ses neveux et sa sœur, est déterminée : « On reste ici. On ne partira pas jusqu’à ce qu’ils démissionnent tous, les députés, les ministres et le président de la République », a-t-elle affirmé à L’OLJ.

« Hariri nous répète la même chose depuis quatre ans, et là, en quelques jours, il veut nous dire qu’il a tout résolu ? On ne les croit plus, du plus grand au plus petit », lance pour sa part Joud Hammoud, un lycéen.

Toute la soirée, des manifestants ont afflué dans le centre-ville, où une conférence de presse a été tenue conjointement par Pierre Issa au nom du Bloc national et Mona Fawaz représentant Beirut Madinati. Les deux groupes ont appelé à former un « gouvernement de salut public constitué d’experts et de spécialistes » qui superviserait l’adoption d’une nouvelle loi électorale pour permettre l’organisation d’élections législatives anticipées.

En soirée, le sit-in s’est poursuivi de plus belle, malgré une incursion à moto aux abords du centre-ville de dizaines de partisans d’Amal et du Hezbollah, brandissant les drapeaux de leurs formations. Heureusement pour le rassemblement, l’incursion intimidante des motards devait être refoulée par l’armée.


(Lire aussi : Ne pas se tromper de diagnostic, l'édito de Michel TOUMA)



« On ne se mettra pas à genoux »

À Tripoli, les manifestants ont également annoncé qu’ils resteraient sur la place al-Nour où ils sont regroupés depuis jeudi soir. « Saad écoute, Berry écoute, Hassan écoute, on ne se mettra pas à genoux », « Vous êtes tous des voleurs », ont scandé les protestataires, « tous sans exception, même Nasrallah ». « À bas le règne des voyous, le peuple est une ligne rouge », a répété une foule impressionnante, dans une ambiance festive, sur fond de feux d’artifice et de musique.

Au micro, un orateur a harangué la foule, affirmant que le Premier ministre n’avait pas évoqué des points importants comme l’éducation, la santé ou la création d’emplois, et que les manifestants rejetaient son plan. « On attendait que Hariri annonce sa démission, la dissolution du Parlement et la démission de Aoun », a-t-il affirmé.

« Même si Hariri a présenté un plan, quelle garantie avons-nous qu’ils vont l’appliquer ? » a demandé de son côté Paula Fadlallah, 25 ans, au chômage. « Je n’ai pas écouté Hariri et je ne veux rien entendre. Qu’ils partent tous ! » s’est écriée Rabiha al-Agha, une mère de dix enfants de Denniyé.

Même son de cloche à Zghorta où un millier de manifestants étaient rassemblés hier, scandant « Révolution, révolution ».

À Zouk, les manifestants qui campent sur l’autoroute ont également rejeté le plan du gouvernement et affirmé que c’était trop tard. « Kellon yaani kellon » (tous sans exception), ont-ils répété après la déclaration du Premier ministre, affirmant qu’ils n’avaient pas confiance dans le gouvernement, et proclamant leur détermination à rester sur place et à continuer à bloquer la route.


(Lire aussi : À Baabda, un Conseil des ministres sous pressions internes et externes, le décryptage de Scarlett HADDAD)


La « place de la Révolution »

À Saïda, les manifestants ont afflué tout au long de la journée sur la place Elia, rebaptisée « place de la Révolution », où ils se sont retrouvés par milliers. Des haut-parleurs diffusaient des chants révolutionnaires et appelaient à poursuivre le mouvement de contestation, proclamant leur rejet du plan Hariri. « Saïda, lève-toi, jusqu’à la chute du gouvernement », scandaient les manifestants, ou encore « Ya Gebran, dis à ta mère de te repasser ton pyjama », dans une allusion anecdotique au bombardement du palais présidentiel, le 13 octobre 1990, et à la fuite de Michel Aoun en direction de l’ambassade de France.

« Ils tentent d’anesthésier le peuple avec ce plan de réformes, a affirmé Ahmad, un jeune manifestant. Nous n’avons pas confiance dans le gouvernement et dans ces responsables, nous allons rester dans la rue. » Les manifestants sont restés jusque tard dans une atmosphère de kermesse, certains fumant le narguilé sur les escaliers d’un centre commercial qui borde la place.

À Tyr également, les manifestants regroupés depuis jeudi sur la place al-Alam ont proclamé leur refus du plan de réformes et réclamé la démission du gouvernement, de même qu’à Nabatiyé et dans la Békaa.


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