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Télécoms

La convocation de Choucair, Jarrah et Harb par le parquet financier dégénère en conflit politique

Les responsables devaient être interrogés par le procureur général financier, Ali Ibrahim, dans plusieurs affaires de corruption. Seul Harb a répondu présent.

Sharif Karim/Reuters

La convocation, hier, du ministre des Télécommunications, Mohammad Choucair, et de deux de ses prédécesseurs, l’actuel ministre de l’Information Jamal Jarrah et Boutros Harb, par le procureur général financier, Ali Ibrahim, a rapidement dégénéré en confrontation politique entre le 14 et le 8 Mars. Le juge souhaitait interroger les trois hommes, faisant partie de la même mouvance politique, dans plusieurs affaires de corruption au sein du ministère, mais il a été critiqué pour ne pas avoir également convoqué d’autres anciens ministres des Télécoms, notamment ceux proches du Courant patriotique libre. Seul M. Harb a finalement accepté de rencontrer le procureur général financier.

« Je n’irai certainement pas » me présenter devant le parquet financier, a affirmé en réponse à une question des journalistes M. Choucair, désigné à ce poste par le courant du Futur, à son arrivée hier à une réunion de la commission ministérielle en charge des réformes économiques. « Ni le ministre Jarrah (courant du Futur) ni moi ne répondrons à la convocation », a-t-il insisté. « Si le juge Ibrahim veut me rendre visite, au bureau ou chez moi, il est le bienvenu », a encore lancé M. Choucair, soulignant que le dossier avait pris une connotation politique. Si le procureur « veut rencontrer un ministre au sujet d’un dossier, quel qu’il soit, cela ne peut pas avoir lieu “à la carte” » , a-t-il martelé. Si la justice « veut rouvrir le dossier, qu’elle le fasse à partir de 1992 » . Et de poursuivre : « Cette convocation n’est pas légale. Le procureur général financier a besoin d’une autorisation du procureur général près la Cour de cassation pour pouvoir convoquer des ministres. Si le juge veut entendre les ministres des Télécoms, il doit le faire avec tous mes prédécesseurs, de Boutros Harb à Jamal Jarrah, en passant par Marwan Hamadé (proche du Parti socialiste progressiste) et Nicolas Sehanoui (Courant patriotique libre). »

Le procureur se base dans sa démarche sur des informations transmises par la commission parlementaire de l’Information et des Télécoms, présidée par l’ancien ministre Hussein Hajj Hassan (Hezbollah), qui accuse depuis plusieurs mois M. Choucair de corruption. La semaine dernière, M. Hajj Hassan avait réclamé la création d’une commission parlementaire chargée d’enquêter sur l’affaire de l’achat du siège de la société Touch, dans le centre-ville de Beyrouth, pour la somme de 75 millions de dollars. Il avait accusé M. Choucair d’exercer des pressions sur les opérateurs de téléphonie mobile afin que ceux-ci modifient les résultats des appels d’offres afin de favoriser certaines sociétés.




(Pour mémoire : Le président de la commission parlementaire des Télécoms accuse le ministre Choucair de corruption)




Boutros Harb « honoré »
« Certains essaient de faire croire à l’opinion publique qu’il y a de la corruption dans le secteur des Télécoms. Or nous avons accompli beaucoup d’exploits dans ce domaine. Nous donnerons suite à la convocation (du parquet financier) lorsqu’elle sera légale et qu’elle répondra aux normes », a pour sa part commenté Jamal Jarrah, à sa sortie de la réunion de la commission ministérielle en charge des réformes économiques.

Quant à Boutros Harb, il a annoncé s’être rendu auprès du procureur général financier et a détaillé dans un communiqué les sujets sur lesquels il s’est exprimé. « J’ai été honoré de donner suite à la convocation du procureur général financier, afin de clarifier ce qu’il s’est passé et ce qu’il se passe toujours au ministère des Télécoms, en matière d’infractions, de corruption et de contrats douteux », a indiqué M. Harb, qui a assuré avoir « foi dans l’indépendance de la justice ». « M. Ibrahim m’a demandé des précisions sur la manière de travailler au ministère des Télécoms, sur le rôle d’Ogero et son statut légal ainsi que sur sa relation au ministère. Nous avons également discuté du travail des opérateurs de téléphonie mobile. »

L’ancien ministre n’a pas manqué, en outre, d’accuser son prédécesseur Nicolas Sehnaoui d’avoir soumis le ministère à des « considérations politiques et partisanes ». « Lors de son mandat, M. Sehnaoui a réussi à imposer l’embauche de centaines de personnes. Il a également pu imposer ses décisions au niveau des dépenses, ce qui a fait que le travail a été soumis à des considérations politiques et partisanes. C’est cet état des choses que j’ai essayé de changer lorsque j’ai pris les rênes du ministère », a déclaré M. Harb.


Virulents échanges sur Twitter…
Ce qui ne devait être qu’un épisode de plus de la lutte contre la corruption dans le pays s’est donc rapidement transformé en querelle politique et en échanges de propos volant bien bas sur les réseaux sociaux. Le député prosyrien de Baalbeck Jamil el-Sayyed a sauté sur l’occasion pour tirer à boulets rouges sur Jamal Jarrah, lequel l’avait traité d’« âne » l’avant-veille sur Twitter, dans un commentaire sur l’affaire de l’ancien ministre Michel Samaha. En 2012, M. Samaha avait été traduit en justice après avoir été accusé de transporter des explosifs de Syrie vers le Liban dans sa voiture, dans le but de préparer un attentat.

Commentant le refus de MM. Jarrah et Choucair de donner suite à la convocation du parquet financier, M. Sayyed a comparé la situation à une descente des services de sécurité dans une maison close. « La police des mœurs a effectué une descente dans un lupanar. Elle a arrêté une partie (des femmes qui s’y trouvaient) et en a laissé d’autres en liberté. L’une d’entre elles s’est alors écriée : Il faut emmener tout le monde », a écrit le député sur son compte Twitter.

Ce à quoi M. Jarrah n’a pas tardé à répondre, en s’adressant indirectement à M. Sayyed sur Twitter : « Il semblerait que vous soyez né et que vous ayez grandi dans les maisons closes où vous avez acquis une grande expérience. »

Mohammad Choucair s’est également invité dans le jeu des joutes verbales sur Twitter, en faisant allusion à l’implication de M. Sayyed dans l’affaire Samaha. « Le 9 août 2012, une descente a été effectuée dans une écurie. On y a alors trouvé deux ânes. L’un d’eux était au courant de ce qui se passait et l’autre a prétendu ne rien savoir. L’âne des explosifs a été arrêté et l’autre est resté en liberté. Le premier s’est alors écrié : Il faut emmener tout le monde », a écrit le ministre des Télécoms.



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La convocation, hier, du ministre des Télécommunications, Mohammad Choucair, et de deux de ses prédécesseurs, l’actuel ministre de l’Information Jamal Jarrah et Boutros Harb, par le procureur général financier, Ali Ibrahim, a rapidement dégénéré en confrontation politique entre le 14 et le 8 Mars. Le juge souhaitait interroger les trois hommes, faisant partie de la même...

commentaires (5)

Le procureur a (oublie?) deux autres gros poissons vous voyez de qui je parle alors pourquoi les uns et pas les autres ,alors tout le monde à la même enseigne comme pour Siniora on débute en 92 signe : justice pour tous

Didi Abdel hafiz

18 h 58, le 06 octobre 2019

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Commentaires (5)

  • Le procureur a (oublie?) deux autres gros poissons vous voyez de qui je parle alors pourquoi les uns et pas les autres ,alors tout le monde à la même enseigne comme pour Siniora on débute en 92 signe : justice pour tous

    Didi Abdel hafiz

    18 h 58, le 06 octobre 2019

  • Laissons les continuer à échanger des insultes. Dieu reconnaîtra les siens.

    Moussalli Georges

    01 h 46, le 06 octobre 2019

  • En est on réduit à subir des commentaires, sur les réseaux sociaux, de nos « responsables »? Ou l’on se croirait dans une cour d’école à colporter des cancans qui permettent de masquer la dure réalité qui montre une certaine inaptitude de nos « responsables » gros mot s’il en est pour définir nos élus de tous bords..

    c...

    08 h 16, le 05 octobre 2019

  • La réponse de Choucair à Sayyed est assez bien vue! Celui dont la maison est en verre devrait s'abstenir de jeter des pierres sur celle de son voisin

    Yves Prevost

    07 h 17, le 05 octobre 2019

  • VOILA UNE AUTRE CRISE EN VUE. ESPERONS QU,ELLE N,AFFECTERA PAS LA DECISION SUR LE BUDGET ET QU,ELLE NE DEGENERE PAS EN GRANDE CRISE POLITIQUE COMME IL EN EST D,HABITUDE.

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    00 h 20, le 05 octobre 2019