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Lifestyle - L’aile ou la cuisse

Clap, trop de poudre aux yeux

Black cod in baby gem lettuce. Photo C.C.

Après les très populaires White, Iris, Motto, Bar du Port et La Mezcaleria, pour n’en citer que quelques-uns, Addmind Hospitality a lancé avec Clap, ouvert depuis presque un an, un nouveau concept.

Clap possède une immense terrasse avec un bar central ainsi qu’une grande salle intérieure, proposant ainsi un restaurant/lounge élégant, luxueux et joliment décoré. Avec le temps, ce groupe d’investisseurs a maîtrisé l’art de proposer à ses clients une expérience unique qui comble tous les sens. Ici, il s’agit d’un restaurant japonais contemporain, situé sur le toit du bâtiment emblématique de an-Nahar au centre-ville de Beyrouth, avec une vue panoramique surplombant la ville. Clairement inspiré du célèbre Zuma du chef Rainer Becker, il aurait sans doute été plus judicieux de proposer un produit nouveau et surprenant, comme on aurait pu l’attendre d’une équipe professionnelle forte d’une longue expérience aussi bien locale qu’internationale. À peine arrivé au restaurant, de belle ondes se dégagent en guise d’accueil. La vue de la terrasse est à couper le souffle. Il n’est donc pas surprenant que cet endroit soit rapidement devenu le lieu branché de Beyrouth.

C’est à table que les choses commencent à se gâter. Comment un restaurant aussi beau peut-il lésiner sur le service ? Les serveurs sont nombreux, mais pas assez formés. Un problème qui se ressent dès le rez-de-chaussée, où le « gardien des lieux » présélectionne les invités, ou plutôt les « désélectionne », selon qu’ils soient élégamment vêtus ou pas. Du jamais-vu ! Aussi sophistiquée que soit l’architecture intérieure, aussi impressionnante que soit la cave à vins vitrée, ce genre d’attitude, proche de l’arrogance, est inacceptable. Pareil pour l’hôtesse, étrangère, qui ne possède pas l’arabe. Ne pouvait-on pas embaucher des hôtesses libanaises ?


Show-off

En essayant d’oublier le reste, puisque nous avons réussi « l’examen de passage », nous avons pu apprécier la musique, même si elle est un peu trop forte à l’intérieur, tout en sirotant nos boissons en attendant que nos plats soient servis. Nous avons commencé par le salmon our way, servi avec du sésame, du yuzu, du soja et du gingembre, un mélange rafraîchissant pour ce saumon mariné, même s’il était un peu noyé dans la vinaigrette.

Les scallops our way, elles, ont déçu, en raison de leur goût un peu fade. Ont suivi les salmon tacos, avec une sauce épicée au Miso, qui ne nous ont pas laissé un souvenir impérissable. Les wagyu beef tacos ont alors relevé le niveau, avec leur vinaigrette épicée au ponzu et leurs chips d’ail. En revanche, ne proposer que deux petits tacos par commande est une faute d’autant plus inacceptable que le prix du plat est élevé. Encore une fois, les shrimp gyoza avec leur salsa n’impressionnent pas beaucoup, à la différence des wagyu beef and foie gras gyoza qui sont vraiment délicieux.

Tout au long du repas, la qualité des plats est inégale : alors que certains sont véritablement délicieux, d’autres ne sont pas à la hauteur de nos attentes. Le apple wasabi salmon tartare avec sa vinaigrette au ponzu fut, ainsi, une très belle surprise. Les rock shrimp tempura avec leur sauce mangue et piment étaient également bons, mais les crispy calamari avec une sauce au chili devraient être supprimés du menu, car ils n’apportent rien de spécial à notre expérience culinaire. La vedette de notre dîner était assurément l’entrée de black cod, servi en petites bouchées sur une feuille de laitue sucrine, avec vinaigrette au yuzu et miso. Le salmon volcano, avec sa mangue épicée, son tobiko et ses graines de sésame, était également un bon choix, mais les crispy shrimps n’étaient pas suffisamment croustillants, même si leur vinaigrette à la truffe yuzu était particulièrement savoureuse.

Quant aux plats chauds, nous ne pouvions ignorer les spécialités mises en valeur dans le menu, car cuites au robata grill, au josper oven ou dans un four spécial. Nous avons ainsi opté pour le salmon teriyaki, présenté avec sa purée de citrouille et le australian beef tenderloin, dont le goût et la texture ne justifient pas les prix affichés.

La portion de la plupart des assiettes étant petite, il nous a fallu en commander plusieurs pour pouvoir satisfaire tous les convives à table. Un point à revoir, et ce d’autant plus étant donné le niveau des prix. Plus important encore, la plupart des assiettes, même si elles étaient plutôt bonnes, n’étaient pas vraiment spéciales. Si les plats étaient à la hauteur de la décoration des lieux, le pari serait totalement gagnant.

Il est à noter que la plupart des photos postées sur les réseaux sociaux affichent une présentation parfaite avec des fleurs comestibles dans chacun de ces plats, ce qui leur donne certainement une valeur ajoutée. Nous n’avons pas retrouvé cela lors de notre soirée à Clap.

Nous nous sommes retrouvés, en revanche, avec une addition de 150 dollars par personne, qui nous semble excessive. Pour l’anecdote, des tranches de citron ont été facturées en sus, ce qui nous a paru incompréhensible. Avant de partir, l’hôtesse nous a demandé notre ticket de parking dans un drôle de cérémonial, l’a transmis à l’équipe de voituriers dans un arabe un peu bancal. Finalement, il nous a malgré tout fallu attendre notre voiture...


DATA

Son : niveau max = 104,4 dB, TWA = 72,1 dB.

Qualité de l’air : 79/100 (moyen), COV 0,34 ppm, humidité 66 %, température +24 °C.

NOTES

Son : 3/5

Décoration : 4,5/5

Personnel : 2/5

Plats : 3/5

Propreté : 4/5

Avis : moyen

Prix : très élevé

En résumé…

On aime bien : la déco, wagyu beef tacos, wagyu beef and foie gras gyoza, black cod, salmon volcano.

On aime moins : attitude show-off, très petites portions, prix très élevés, scallops our way, salmon tacos, shrimp gyoza, crispy calamari, australian beef tenderloin.

Le conseil : allez-y au coucher du soleil et choisissez une table en terrasse si la météo le permet.

CLAP, centre-ville, immeuble an-Nahar.



*Critique gastronomique.

Trois ans que, sous un nom d’emprunt, cette Cruella des fourneaux sévit under cover dans la Dernière de « l’Orient-le Jour », un samedi sur deux. Qu’elle multiplie ses visites dans un restaurant, observe les gestes, les plats, les goûts, le service et l’aménagement des lieux. Qu’elle apprécie ou critique avec la plus grande objectivité.

Applaudie par beaucoup, haïe par d’autres, crainte par tous, elle permet surtout aux Libanais d’être (enfin) plus exigeants en termes de gastronomie.

FB : www.facebook.com/CordonCourtine/

Insta : cordon.courtine

E-mail : cordoncourtine@gmail.com


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commentaires (4)

Le pire dans ces histoires uniques de nouveaux restos au Liban, c’est qu’ils continuent de pousser comme des champignons, attirent alors cette clientèle soit-disant branchée, nouveau riche, de snobinards pratiquants du m’as-tu vu, ou du je t’en met plein la vue... Pour alors être les premiers à raconter qu’ils ont été veiller dans ces endroits soit-disant dignes des meilleurs restaurants de Paris, New York, ou Tokyo d’autant que ça coûte aussi cher sinon plus... A chaque année que je retourne au Liban de Montréal, on me parle de ces nouveaux restos à ne pas rater: on y va alors par curiosité, et, effectivement, cette sensation du show-off, des gens qui se dévisagent, de retrouvailles bruyantes, « tiens, tu es là aussi? », de menus et services décevants, pas à la hauteur des attentes se répètent à chaque fois! Le hic dans tout cela, c’est qu’en demandant ce qui est arrivé de ces nouveaux restaurants de luxe visités les années précédentes: on me répète que, soit qu’ils tiennent le coup mais sont passés de mode, soit qu’ils végètent ou survivent à peine ou qu’ils ont changé de proprio avec nouvelle formule ou qu’ils ont carrément fait faillite et ont fermé. Ainsi va notre pays: extravagance démesurée et scandaleuse au milieu d’une faillite économique sans pareil, instabilité et appauvrissement social, le tout mené par des aventuriers sans scrupules... Allez: « Jusqu’au prochain restaurant branché! »

Saliba Nouhad

17 h 04, le 06 octobre 2019

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Commentaires (4)

  • Le pire dans ces histoires uniques de nouveaux restos au Liban, c’est qu’ils continuent de pousser comme des champignons, attirent alors cette clientèle soit-disant branchée, nouveau riche, de snobinards pratiquants du m’as-tu vu, ou du je t’en met plein la vue... Pour alors être les premiers à raconter qu’ils ont été veiller dans ces endroits soit-disant dignes des meilleurs restaurants de Paris, New York, ou Tokyo d’autant que ça coûte aussi cher sinon plus... A chaque année que je retourne au Liban de Montréal, on me parle de ces nouveaux restos à ne pas rater: on y va alors par curiosité, et, effectivement, cette sensation du show-off, des gens qui se dévisagent, de retrouvailles bruyantes, « tiens, tu es là aussi? », de menus et services décevants, pas à la hauteur des attentes se répètent à chaque fois! Le hic dans tout cela, c’est qu’en demandant ce qui est arrivé de ces nouveaux restaurants de luxe visités les années précédentes: on me répète que, soit qu’ils tiennent le coup mais sont passés de mode, soit qu’ils végètent ou survivent à peine ou qu’ils ont changé de proprio avec nouvelle formule ou qu’ils ont carrément fait faillite et ont fermé. Ainsi va notre pays: extravagance démesurée et scandaleuse au milieu d’une faillite économique sans pareil, instabilité et appauvrissement social, le tout mené par des aventuriers sans scrupules... Allez: « Jusqu’au prochain restaurant branché! »

    Saliba Nouhad

    17 h 04, le 06 octobre 2019

  • DE L,EXTERIEUR -POUPÉE-. DE L,INTERIEUR -DECOUPÉE- ET -SAPÉE- !

    LA LIBRE EXPRESSION

    13 h 05, le 05 octobre 2019

  • Dans toutes les villes il y a des restaurants qui pratiquent des prix indécents. Mais au Liban, en cette période délicate, c'est choquant. Les clients qui fréquentent cette adresse ne doivent pas le dire à haute voix dans leurs entourages car ils risquent de susciter dégoût et incompréhension.

    Shou fi

    10 h 04, le 05 octobre 2019

  • Excellent article. Excellente description teintée d'humour mouille a l’acide, du paysage actuel de la restauration au Liban. A force probablement de recevoir les New Money imbus, insipides et imbuvables, le personnel du lieu semble en effet avoir été contamine de la psychose de l'égocentrisme et de la suffisance, inversant ainsi les roles et les rapports de clients et serviteurs. Le plats et leurs présentation ne cassent rien, les creations culinaires si creation il y a... sont prétentieuses et pire encore le rapport qualité prix ne trouve pas son compte, vu le contenu de l’assiette ... qui n’est pas pour déplaire a la clientele actuelle qui fourmille dans ce genre d'établissements plus pour la parade que pour la gastronomie. . Cet article est a l’image d ‘une certaine société ignare, insipide et nouveau riche qui sévit dans le pays, se prend en photo, se congratule et se flatte a longueur de journée sur les réseaux sociaux et pour qui ce genre de tremplin gastronomico social est tres approprié... mais, pour combien de temps encore ? Un seul point positif et lucratif a propos de l’investissement consacre a la creation de cet endroit : les proprio ont bien su trouver le filon de l’exploitation de la bêtise et de la decadence sociale.

    Cadige William

    08 h 59, le 05 octobre 2019

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