X

À La Une

Nasrallah : Ceux qui ont collaboré avec Israël doivent être jugés

Liban

"Ne pariez pas sur une attaque contre l'Iran parce qu'ils vous détruiront", a lancé le secrétaire général du Hezbollah, à l'adresse de l'Arabie saoudite, en évoquant l'attaque contre les installations pétrolières saoudiennes.

J.A.R. | OLJ
20/09/2019

Le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, a appelé vendredi à revoir le traitement judiciaire de ceux qui ont collaboré avec Israël, estimant que ce sont "des agents qui devaient être jugés". Ces propos du leader chiite interviennent après la vague d'indignation suscitée par le retour d'Amer Fakhoury, ex-cadre militaire de l'Armée du Liban-Sud, ancienne milice proche d'Israël.

"Ceux qui ont collaboré avec Israël sont des agents et doivent être jugés. Si ces agents ont commis des crimes, ils doivent être fermement sanctionnés", a affirmé le chef du parti chiite dans un discours, appelant à régler les questions autour de la prescription des crimes et à revoir les peines prononcées dans ce cadre, qu'il a qualifiées de "trop faibles".

Amer Fakhoury, ex-cadre militaire de l'Armée du Liban-Sud, ancienne milice proche d'Israël, avait été arrêté lors de son retour au Liban il y a plusieurs jours qui a suscité une vague d'indignation. En 1996, Amer Fakhoury, qui avait été en charge à partir de 1985 de la prison de Khiam où il aurait commis les pires actes de torture, avait été condamné par contumace à 15 ans de prison pour collaboration avec Israël. Se croyant couvert par la prescription, il a voulu rentrer au pays, ne s’attendant pas à ce que les autorités l’appréhendent pour d’autres crimes, notamment l’obtention de la nationalité israélienne.


Plus tôt dans la journée, le président de la Chambre, Nabih Berry, allié du Hezbollah, avait accepté de prendre en considération des amendements de la loi libanaise de 2017 qui criminalise la torture et prévoient notamment de supprimer toute prescription des crimes de tortures. Ces amendements seront présentés au Parlement et devront faire l'objet d'une étude en commission parlementaire avant d'être soumis au vote des députés. Jeudi, le groupe parlementaire du Hezbollah avait réclamé des "procédures juridiques" spécifiques pour les cas de collaboration avec Israël.

"Le cri de colère des détenus de la prison de Khiam, de leurs proches et, plus globalement, de l'opinion publique libanaise est sincère et doit être entendu", a déclaré le leader chiite, mettant en garde contre "une voie dangereuse et perverse" concernant le traitement des agents israéliens, en référence aux informations selon lesquelles certains individus convaincus de collaboration avec Israël pourraient voir leurs casiers judiciaires effacés.

"Personne n'a été forcé à fuir vers Israël. Ceux qui ont fui l'ont fait délibérément. D'autres sont restés au Liban, et certains se sont rendus aux autorités", a-t-il ajouté, estimant que "les Libanais qui se sont installés en Israël et qui veulent revenir doivent se rendre aux autorités libanaises". "Il y a un mécanisme judiciaire concernant les argents israéliens. Ceux qui ne sont pas impliqués dans la collaboration avec l'ennemi sont les bienvenus", a-t-il lancé.

Et de poursuivre : "Aucun courant politique 'résistant' au Liban n'a accepté de marchander sur le dossier des agents", a déclaré le chef du Hezbollah, rappelant que ce dossier figure dans le document d'entente que sa formation a signé avec le Courant patriotique libre en 2006.

Certains accusent le CPL de mansuétude dans ce dossier. M. Berry avait notamment critiqué l'attitude de l’ambassadeur du Liban à Washington Gaby Issa (gravitant dans l’orbite du CPL) quant à la présence de M. Fakhoury à une réception organisée à l’ambassade. De son côté, Ziad Assouad, député CPL de Jezzine, avait déclaré que "la détention de Amer Fakhoury n’est pas légale, mais éminemment politique".



(Lire aussi : L’affaire Fakhoury met sur la sellette l’accord de Mar Mikhaël)



Drones israéliens
Le leader du Hezbollah est par ailleurs revenu sur les tensions entre sa formation et Israël après l'attaque aux drones, le 25 août, contre la banlieue sud de Beyrouth, fief du parti chiite.  Le premier des deux drones s'était écrasé dans la banlieue sud, tandis que le second avait explosé en vol, peu après. Cet incident a provoqué une escalade des tensions entre le Hezbollah et Israël et des échanges de tirs de roquettes limités à la frontière.

"Le Hezbollah s'est opposé aux tentatives israéliennes de modifier les règles d'engagement, et nous réaffirmons notre droit à nous défendre face aux drones israéliens", a-t-il déclaré, affirmant que la position du parti chiite sur ce sujet "a eu des conséquences évidentes sur le nombre de violations du territoire libanais".

Jeudi, le ministre de la Défense, Elias Bou Saab, avait affirmé que l'objectif des deux drones israéliens était d'"attaquer et non seulement de filmer". Évoquant une "fabrication militaire avancée", le ministre a dit ne pas être en mesure d'identifier la cible exacte de "l'agression", lors d'une conférence de presse au cours de laquelle il a détaillé le modus operandi de l'opération et exposé les résultats de l'examen des restes des drones et l'enquête menée par l'armée.

Le 10 septembre dernier, le leader du parti chiite avait réitéré qu'il n'y aurait "aucune ligne rouge" pour défendre le Liban en cas d'attaque israélienne, affirmant toutefois qu'il respecterait la résolution 1701 des Nations unies, qui avait mis un terme à la guerre de 2006, opposant l'Etat hébreu au parti chiite.



(Lire aussi : « Nous sommes entrés dans une nouvelle étape » de la confrontation entre Israël et le Hezbollah)



"Le pétrole est plus cher que le sang"
En outre, le chef du Hezbollah est revenu sur l'attaque aux drones, samedi, contre les installations pétrolières en Arabie saoudite, perpétrées selon lui par des "forces yéménites". Les rebelles yéménites houthis, proches de l'Iran, avaient revendiqué cette attaque. Riyad et les Etats-Unis l'ont attribuée à l'Iran qui a rejeté à plusieurs reprises ces accusations. "Ce qui s'est passé est très important et a eu des conséquences importantes sur le plan international", a estimé Hassan Nasrallah. "L'axe de la résistance est très forte, et les attaques contre Aramco en sont une illustration", s'est-il félicité.
"Malheureusement, il semble que le pétrole est plus cher que le sang, a-t-il déploré. Ceux qui condamnent les attaques contre (le groupe pétrolier saoudien) Aramco doivent exprimer leur solidarité avec le peuple yéménite".

Qualifiant d'"échec" la politique américaine dans la région au vu des développements de ces dernières semaines, Hassan Nasrallah a affirmé que l'Iran était "forte", estimant que "tout le battage (contre l'Iran) n'a pas fait bouger aucun poil de la barbe d'un responsable iranien".

Le leader du Hezbollah s'en est ensuite pris à l'Arabie saoudite. "Ne pariez pas sur une attaque contre l'Iran parce qu'ils vous détruiront", a-t-il lancé. "Votre maison est en cristal et votre économie est en cristal. Comme les villes de cristal des Emirats arabes unis", a ajouté le leader du parti chiite.

Mercredi, les houthis avaient menacé de frapper "des dizaines de cibles" aux Emirats arabes unis, l'un des piliers de la coalition armée que dirige l'Arabie saoudite au Yémen




Législatives israéliennes
En outre, le chef du parti chiite a exprimé son indifférence concernant les élections en Israël. "Netanyahu a fait tout ce qu'il pouvait pour remporter les élections, mais a échoué malgré le soutien sans précédent des Etats-Unis", a-t-il observé. "Les résultats de ces élections ne nous concernent pas, car la politique contre les Palestiniens et les Arabes reste la même", a-t-il ajouté.

Les résultats quasi définitifs des législatives israéliennes annoncés dans la journée confirment une impasse politique mettant en péril le règne du Premier ministre Benjamin Netanyahu, dont le parti est arrivé en deuxième place juste derrière le parti centriste "Bleu-blanc" de Benny Gantz. Les deux hommes doivent engager des pourparlers en vue de la formation d'un gouvernement d'union nationale.


Qousseir
Sur un autre plan, le chef du Hezbollah a appelé les réfugiés syriens originaires de la région frontalière de Qousseir à rentrer dans ce secteur, où le parti chiite avait officiellement dévoilé pour la première fois son engagement militaire au côté du régime en 2013. Ville syrienne près de la frontière avec le Liban, Qousseir avait été reconquise en juin 2013 par le pouvoir de Bachar el-Assad, qui en avait chassé les rebelles avec le soutien décisif des combattants du Hezbollah.

"Nous avons réglé la situation à Qousseir pour permettre un retour de toute la population, de la ville et des villages", a indiqué Hassan Nasrallah. Cela a été fait en coopération avec les autorités syriennes, a-t-il précisé, invitant tout particulièrement "les habitants des villages de la région de Qousseir qui se trouvent au Liban" à entreprendre les démarches nécessaires auprès des autorités libanaises pour amorcer leur retour.

En avril 2013, le chef du parti chiite avait officiellement reconnu l'engagement des combattants du Hezbollah dans les batailles en Syrie pour épauler le régime, tout particulièrement dans la région de Qousseir qui représentait alors un bastion de la rébellion. La bataille de Qousseir avait poussé à la fuite des milliers d'habitants. Des milliers de Libanais vivaient également dans cette zone, qui entretient des liens très étroits avec la région libanaise de la Bekaa, située de l'autre côté de la frontière.

Hassan Nasrallah avait annoncé en juillet la réduction du nombre de ses combattants engagés en Syrie. Car le pouvoir de Damas a multiplié les victoires ces dernières années face aux rebelles et aux jihadistes, jusqu'à reprendre le contrôle de près de 60% du territoire syrien.

Le conflit syrien, déclenché en 2011 par la répression de manifestations prodémocratie, s'est complexifié au fil des ans avec l'implication d'une multitude d'acteurs et de puissances étrangères. la guerre dans ce pays a fait plus de 370.000 morts et des millions de déplacés.



Lire aussi
L’affaire Amer Fakhoury, nouvelle pomme de discorde entre le CPL et le tandem chiite ?

Vie et mort de l’Armée du Liban-Sud

Amer Fakhoury : une énigme à plusieurs inconnues


Pour mémoire
La seconde riposte du Hezbollah, pour rétablir « l’équilibre de la dissuasion »
, le décryptage de Scarlett Haddad

À la une

Retour à la Une

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

de Tinguy Corinne

Le Hezbollah des années 1980-1990, c'est l'Etat islamique ou le Daesh d'aujourd'hui (même idéologie fanatique et extrémiste, même terrorisme, même expansionnisme, volonté de détruire l'Etat multiconfessionnel libanais pour une République islamique et une théocratie à l'iranienne, intimidations, enlèvements, embrigadement, pans entiers de territoire que le Hezbollah dirige et qui échappent à l'autorité de l'Etat)...
Qu'en pensez-vous ?

Wlek Sanferlou

Il semble que tout le monde est d'accord : la justice Libanaise doit poursuivre, condamné et emprisonné toute personne qui a travailler contre les intérêts de la Patrie Libanaise et du Peuple Libanais au profit et pour le compte d'un pays étranger...
Allez hop! Ça va bien degager du terrain, et de l'espace dans notre pays mais surtout sur les pages de nos journeaux et les écrans de nos TV.

Il fait si bon de rêver, passe moi ce verre s'il te plaît!

de Tinguy Corinne

La justice internationale a tranché: ce sont des membres du Hezbollah qui doivent être jugés pour avoir tué d'autres Libanais.
Sans oublier les attentats perpétrés par le Hezbollah contre les forces multinationales de paix françaises et américaines, et même en Argentine.
Sans oublier les tortures, kidnappings (enlèvements) et séquestrations et assassinats commis par le Hezbollah contre des otages, qu'ils soient français (Michel Seurat...) , britanniques (l'archevêque de Canterbury...) ou américains.
Sans oublier les attentats en France signés Hezbollah et Iran en France dans les années 1980.
Le Hezbollah livre-t-il ses assassins ? Accepte-t-il la justice internationale ?

LA VERITE

quand HN livrera les assassins et les responsables de plus de 20 attentats au Liban qui ont tue parmis les meilleurs Libanais et que leurs chefs croupiront en prison,

ALORS LES COLLABORATEURS D'ISRAEL IRONT AUSSI EN PRISON INJUSTEMENT CAR ILS ONT PROTEGE LES LIBANAIS DES MASSACRES PROMIS PAR LES PALESTINIENS ET D'AUTRES LIBANAIS VENDUS A DES LEADERS ETRANGERS

avant cela ayez la politesse d'ouvrir vous mems les prisons que vous avez et qui sont hors la loi et ou on torture a tout va du matin au soir

ENCORE UNE FOIS

CELA SUFFIT D'ETRE SOUS LES ORDRES DE L'IRAN ( OU DE LA
SYRIE PARFOIS ) ET DE DONNER LA LECON A CE PAYS

Amère Ri(s)que et péril.

ON VERRA TOUS COMMENT VA FINIR CETTE HISTOIRE.

PETIT RAPPEL, QUI SE SOUVIENT DU WAZWAZ assir?

Qui sait où il est en ce moment ?

Ce boucher tortionnaire connaîtra une fin pire encore.

Irene Said

Un excellent professeur de vantardise et d'arrogance...qui s'imagine déjà au firmament de la gloire...
Irène Saïd

Honneur et Patrie

Concernant les Libanais qui ont collaboré avec Israél ou avec un autre pays, c'est un problème qui ne concerne que l'Etat souverain du Liban, nation libre et indépendant. Il est interdit à quiconque de mettre son nez dans les affaires extérieures et intérieures du Liban, seul juge et souverain sur toute l'étendue de son territoire. Des formations qui ont porté allégeance solennelle à un pays étranger, n'ont pas vocation à rester dans notre pays, tôt ou tard, elles boucleront leurs baluchons pour rejoindre leur destination bien-aimée. Amer Fakhoury doit être libéré immédiatement selon les lois libanaises.

Jean Michael

Et ceux nombreux qui ont collabore avec les syriens et les iraniens doivent passer a la moulinette!

Amère Ri(s)que et péril.

Il ne faudrait que jamais ce criminel boucher tortionnaire ne s'échappe de son destin.

Il devrait croupir au fond d'une cellule avec comme seule compagnie des rats et des cafards.

Les victimes attendent de la justice d'être implacable contre cette espèce de boucher humain.

Amère Ri(s)que et péril.

J'ai senti un sérieux conseil à châtier du plus haut et du plus implacable des châtiments ce criminel collabo.

Le laisser partir donnerait des risques de vengeance extra judiciaire.

Le pétrole ne peut pas coûter plus que le sang des torturés et des civils agressés par les sous-fifres des prédateurs occidentaux.

Le leader a parlé on l'a écouté.

Gros Gnon

C’est une bonne SI elle englobe les tortures perpétrés dans les prisons syriennes!

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

EN RESPECT DE L,ACCORD SIGNE AVEC AOUN A MAR MKHAEL ! AOUN ET SON CPL DOIVENT SE REVEILLER.

Tony Pantaloni

Bof pour une fois le ton n’est pas belliqueux c’est bien, du progrès. Maintenant reste a savoir si cet individu connait encore les réalités du terrain libanais et les besoins des libanais lui qui n’a pas sentit l’air frais depuis belle lurettes.

Rendez vos armes et intégrez l'armée comme force spéciale? et tout le peuple libanais vous accueillera a bras ouvert.

Dernières infos

Les signatures du jour

Commentaire de Anthony SAMRANI

La faillite du modèle de gouvernement libanais ou le réveil d’une nation

Les + de l'OLJ

1/1

Les articles les plus

A WEEKLY EDITION CURATED AND
PERSONALIZED BY OUR EDITORIAL TEAM

SIGN UP TO OUR NEWSLETTER IN ENGLISH

More Info See Sample
x

Pour enregistrer cet article dans votre dossier personnel Mon Compte, vous devez au préalable vous identifier.

L'Orient-Le Jour vous offre 5 articles

Nous sommes un journal indépendant, nous chérissons notre liberté qui découle de notre autonomie financière comme de nos principes éthiques. Votre soutien, cher lecteur, est plus que nécessaire pour pérenniser nos initiatives.

Je poursuis la lecture

4

articles restants