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Liban

Amer Fakhoury : une énigme à plusieurs inconnues

Liban-Israël

Les interrogations sur la partie politique qui a facilité le retour du bourreau de Khiam convergent sur le nom de Gebran Bassil.

17/09/2019

Dans les milieux proches du Hezbollah, on répète à l’envi en ce moment que « l’agent israélien » Amer Fakhoury, baptisé « le boucher de Khiam », n’aurait pas osé rentrer au Liban s’il n’avait pas bénéficié, en amont, d’une couverture politique solide.

Sauf que personne pour l’heure ne souhaite désigner le ou les complices au sein de la classe politique, qui auraient facilité son arrivée à l’aéroport et expurgé son dossier. Même si les allusions à une éventuelle implication du chef du Courant patriotique libre, Gebran Bassil, se multiplient depuis quelques jours, principalement sur les réseaux sociaux et dans certains médias, le silence officiel reste de mise. Et pour cause : cette affaire, qui a rouvert les blessures de la guerre et ravivé les clivages, risque de conduire à un nouveau round de tiraillements politiques à un moment où la priorité est aujourd’hui à la survie d’un pays au bord de la faillite.

L’affaire de Amer Fakhoury avait d’abord égratigné le commandant en chef de l’armée, le général Joseph Aoun, dont la photo le représentant en présence du tortionnaire lors d’une réception ouverte à l’ambassade du Liban à Washington a été largement diffusée. Une manœuvre que plusieurs analystes ont attribuée « à tous ceux qui cherchent à nuire à la réputation d’un officier désormais dans les faveurs des États-Unis » et qui de surcroît serait un candidat privilégié à la présidence de la République, et donc un concurrent sérieux à Gebran Bassil, dont les ambitions à briguer ce poste ne sont plus cachées.

Berry blâme Gaby Issa

Dimanche, le chef du Parlement, Nabih Berry, a pris soin d’affirmer qu’il « croyait fermement à la version avancée par le commandement de l’armée qui avait clarifié les malentendus à propos de cette affaire ».

La photo compromettante avait été prise en octobre 2017, lors d’une soirée organisée par l’ambassadeur libanais à Washington, Gaby Issa, en l’honneur du général Joseph Aoun. « Les invités, dont M. Fakhoury, ont pris des photos avec le général, sans que cela n’implique qu’ils se connaissent personnellement », avait précisé l’armée.

S’il a exempté le chef de l’institution militaire, M. Berry n’a pas épargné cependant l’ambassadeur du Liban à Washington, proche du CPL, et dont les propos justifiant la présence de Amer Fakhoury à cette soirée ont été considérés comme « inadmissibles » par le locataire de Aïn el-Tiné.

Dans un entretien au quotidien al-Joumhouriya, M. Berry a vertement critiqué la justification avancée par le diplomate, qui avait affirmé que l’invitation avait été adressée par l’ambassade à tous les Libanais sans distinction, ce qui a permis à Amer Fakhoury d’être parmi les convives dont l’identité n’avait pas été contrôlée.

« Les portes de l’ambassade doivent être ouvertes devant tout le monde, à l’exception des agents (d’Israël). Une telle affaire ne peut pas être prise à la légère », a mis en garde M. Berry. Il a exprimé par la même occasion son inquiétude à l’égard d’informations relatives à des dizaines d’autres dossiers concernant des agents qui seraient en voie d’être expurgés, des tentatives extrêmement « dangereuses » selon lui.

Accusations de Souha Béchara

Selon des sources politiques citées par l’agence al-Markaziya, le fait de braquer la lumière sur la présence de Amer Fakhoury à l’ambassade du Liban à Washington où il aurait d’ailleurs pris part à plus d’une réception officielle sont autant d’attaques sournoises ciblant le chef du CPL dont on chercherait à dénoncer « l’indulgence » avec les agents d’Israël.

Si le chef du Parlement a évité d’insinuer qu’il existe une implication quelconque du CPL ou de son chef dans cette affaire, Souha Béchara, l’ancienne détenue communiste emprisonnée à Khiam pour avoir tenté de tuer le chef de l’Armée du Liban-Sud, Antoine Lahd, s’est lâchée contre Gebran Bassil, lors d’un entretien accordé à la chaîne al-Jadid.

Mme Béchara a fait assumer au ministre des Affaires étrangères la responsabilité de l’accès de Amer Fakhoury au Liban, l’invitant à faire preuve de « patriotisme ».

« Si l’on veut véritablement porter haut les couleurs du Liban, il est inacceptable de le faire par le biais de la normalisation avec Israël et de fermer l’œil sur les nombreux dossiers d’agents que l’on cherche à expurger », a-t-elle dit.

Pour sa part, M. Bassil a affirmé sur la chaîne OTV dimanche soir qu’il était « contre le retour au Liban de quelqu’un comme Amer Fakhoury ».Les soupçons portant sur le chef du CPL sont confortés, aux yeux de ses adversaires, par le fait qu’il défend, depuis plusieurs mois, le dossier des Libanais ayant fui en Israël, au lendemain du retrait de l’armée israélienne en 2000. Cette question avait notamment été relancée lors d’une visite du ministre des Affaires étrangères dans les villages chrétiens frontaliers au Liban-Sud.

Le chef du CPL avait alors évoqué la détermination du ministre de la Justice, Albert Serhane, de mettre en place un mécanisme d’application d’une loi proposée par sa formation et adoptée en 2011 pour régulariser la situation de ces Libanais, dont près de

7 500 se trouveraient toujours en Israël. Cette loi qui exempte les « collaborateurs », nécessitait des décrets d’application qui n’ont jamais vu le jour, du fait notamment de l’opposition que continue d’exprimer le Hezbollah au retour de ces oubliés de l’histoire.Le zèle manifesté par le chef du CPL pour accélérer le retour de ces derniers avait été justifié à l’époque par son ambition d’accroître sa popularité dans les milieux chrétiens et plus précisément parmi les habitants des régions limitrophes avec Israël.

Au demeurant, l’accord d’entente conclu en 2011 entre le CPL et le Hezbollah insistait sur la nécessité du retour des Libanais exilés en Israël, et dont « la présence au Liban est préférable au fait de les voir chez l’ennemi », comme l’indique le paragraphe 6 du document d’entente. En dépit de cette entente, le Hezbollah ne s’était jamais prononcé sur ce dossier que tentait de ressusciter le chef du CPL, son silence étant synonyme d’un refus implicite de voir le retour de ces Libanais se concrétiser.

C’est ce qui fait dire à un analyste politique que la campagne orchestrée autour du chef du CPL pourrait être, aussi, un message adressé par le parti chiite à son allié chrétien pour lui signifier qu’il ne saurait dépasser certaines lignes rouges dans un dossier aussi sensible.

Tout en affirmant qu’il est prématuré de lancer des accusations politiques avant que l’enquête, qui s’ouvre aujourd’hui devant le tribunal militaire, n’avance, un député, qui a voulu garder l’anonymat, a exprimé des doutes de voir cette affaire, quelle que soit sa gravité, provoquer une nouvelle implosion du gouvernement « d’autant que la partie politique impliquée pourrait être un individu qui a fait cavalier seul ou un service sécuritaire donné ».

Selon lui, personne n’a intérêt aujourd’hui à aggraver la tension interne, sachant que les priorités –

le redressement de la situation économique et financière – sont ce qu’il y a de plus vital à l’heure actuelle.

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