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Économie

Budget 2019 : le gouvernement partagé sur la teneur du texte

Réformes

Plusieurs membres de l’exécutif ont exprimé leurs réserves sur la teneur du projet de loi qu’ils ont contribué à élaborer mais qui a été modifié par la commission des Finances.

P.H.B. | OLJ
16/07/2019

Plusieurs membres du gouvernement Hariri ont donné leur avis hier sur le projet de budget pour 2019 que le Parlement va examiner pendant trois jours à partir d’aujourd’hui. Si tous estiment que le texte doit être voté, la majorité d’entre eux critiquent son contenu, qui n’a pas pour l’instant convaincu les organisations et agences de notation qui scrutent le pays.

Dans un communiqué publié hier dans la matinée, le ministre des Télécoms Mohammad Choucair (venu du secteur privé et proche du Premier ministre Saad Hariri) s’est montré le plus optimiste, en estimant que le texte allait permettre au pays de « progresser d’un pas sur la voie de la justice sociale et fiscale ». S’exprimant pendant une réunion au ministère avec des membres du syndicat des rédacteurs, M. Choucair a également souligné « la nécessité » pour les dirigeants de « mettre la politique de côté » et de « coopérer pour sauver le pays », dont la situation économique et financière est de plus en plus précaire.


(Lire aussi : Budget 2019 : une semaine décisive pour un texte très attendu)



Rapport de Standard & Poor’s

Un appel au dialogue et à la coopération a également été lancé par le ministre de la Jeunesse et des Sports Mohammad Fneich (Hezbollah), dont les propos ont été relayés par l’Agence nationale d’information plus tard dans la journée. M. Fneich a cependant préconisé de rejeter toute disposition fiscale contenue dans le projet de budget dont l’adoption affecterait « les personnes à revenu limité ou moyen », et de se focaliser sur des mesures permettant de lutter contre la corruption et le gaspillage de l’argent public.

En fin de journée, le ministre des Affaires étrangères Gebran Bassil a lui insisté lors d’une réunion du groupe parlementaire Liban fort sur la nécessité d’adopter rapidement le texte et de reporter les chantiers restés en suspens à l’examen de la loi de finances pour 2020. Les débats sur cette dernière doivent en principe démarrer avant l’automne, si les dirigeants respectent cette fois le calendrier prévu par la Constitution.

« Nous ne sommes pas satisfaits de certains points, mais nous voterons en faveur du budget et n’adopterons pas de position populiste, comme le font d’autres parties », a-t-il assuré. Il a en outre rappelé que l’agence de notation financière américaine Standard & Poor’s, une des plus importantes avec Fitch et Moody’s, devait « bientôt » réviser son évaluation sur la solvabilité du pays, une information confirmée par plusieurs sources concordantes ces dernières semaines.

En mai, M. Bassil avait proposé, alors que les ministres avaient entamé les débats sur le budget depuis environ trois semaines, une quarantaine de nouvelles propositions – fermer certaines directions obsolètes, retarder l’âge de la retraite des fonctionnaires, etc. – pour amender l’avant-projet préparé par le ministère des Finances. Plusieurs de ces dispositions n’ont pas été retenues à l’issue de la vingtaine de réunions organisées par le gouvernement pour finaliser le projet transmis au Parlement. M. Bassil a enfin indiqué qu’il allait demander que la question des comptes publics reconstitués soit abordée, évoquant une « formule » préparée par le ministre d’État pour les Affaires présidentielles, Salim Jreissati, sans plus de précisions.


(Lire aussi : Budget 2019 : le Liban ne sera pas jugé « sur les chiffres », assure Nicolas Nahas


« Goutte dans l’océan »

Enfin, le vice-président du Conseil, Ghassan Hasbani (Forces libanaises), a préféré pour sa part annoncer « une série d’initiatives concrètes liées aux réformes structurelles » que le pays doit lancer pour assainir ses finances publiques et restructurer son économie. « La position des FL vis-à-vis du projet de budget est connue, notamment en ce qui concerne les limites de sa capacité à redresser la situation financière du pays (…) Ce budget est une goutte dans l’océan », a-t-il exposé lors d’une conférence de presse à Beyrouth. Les initiatives présentées par M. Hasbani – et élaborées par les FL en coopération avec la fondation Konrad Adenauer Stiftung – proposent par exemple un plan de réforme du secteur des Télécoms, une des principales sources de revenus de l’État. S’étalant jusqu’en 2022, il prévoit de réviser le contrat liant l’État à l’entreprise publique Ogero, qui gère le réseau internet et celui de téléphonie fixe, ainsi que ceux des deux opérateurs de téléphonie mobile, Alfa et Touch, entre autres pistes. L’autre grand chantier concerne le secteur des carrières, et passe par l’adoption de mesures à court terme – suppression des dérogations ou obligation de mener des études d’impact environnemental en amont –, en attendant une réorganisation du secteur à court terme.

La loi de finances pour 2019 sera la troisième que le Liban adopte en autant d’années après douze ans passés sans budget. Elle doit concrétiser une partie des principaux engagements de réforme que les dirigeants du pays ont pris durant la conférence de Paris en avril 2018. Le texte élaboré par le gouvernement puis amendé par la commission des Finances et du Budget table sur un ratio déficit/PIB de 6,59 %. Le Fonds monétaire international a, lui, estimé au début du mois que le Liban ne devrait pas espérer mieux qu’un ratio de 9,75 % en 2019.

Les dirigeants sont en tout cas attendus au tournant par une partie de la population qui est soit opposée à certaines mesures qui pourraient ponctionner ses acquis, comme les militaires à la retraite qui ont prévu de manifester aujourd’hui, soit certaines organisations professionnelles, comme l’Association des commerçants du Mont-Liban, dont le président Nassib Gemayel a appelé hier dans un communiqué les « groupes parlementaires à (...) répondre aux défis économiques et financiers ».



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15h41 France : Accusé de dépenses excessives le ministre François de Rugy présente sa démission.

Je fais de la politique depuis 1942 au sein de l'école du camp des "Awadem" d'Emile Eddé, devenu le Bloc national libanais, je n'ai jamais entendu qu'un ministre accusé de dépenses excessives ou de corruption excessive, présenter sa démission... Que de ministres sont entrés dans le gouvernement dans un taxi-service, sont sortis toujours sans voiture personnelle (Albet Moukheiber). Je me garde de nommer les autres !

Honneur et Patrie

Dans quel pays du monde, le budget fait partie des prérogatives du ministre des Affaires étrangères ? N'y a-t-il personne dans notre République topinambourienne pour dire à ce ministre touche-à-tout de se mêler de ses oignons exclusivement ?

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