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Économie

Rapport sur le Liban : le FMI reste diplomate dans ses conclusions

Conjoncture

La délégation menée par Chris Jarvis estime que le projet de budget permettra d’atteindre un déficit public équivalent à 9,75 % du PIB cette année.

04/07/2019

La délégation du Fonds monétaire international (FMI), menée par Chris Jarvis, a publié mardi tard dans la soirée les conclusions de sa visite au Liban débutée il y a deux semaines dans le cadre des consultations annuelles menées par l’organisation au titre de l’article IV de ses statuts, et relative à sa mission en matière de surveillance au niveau monétaire, économique et financier. Le rapport complet sera publié mi-septembre.

Focalisés sur le projet de budget pour 2019, qui est entre les mains des députés, les experts du FMI ont adopté un ton assez diplomatique en évoquant la situation du pays. Il s’agit de leur deuxième passage cette année. La délégation était venue une première fois en mars mais avait finalement reporté son évaluation, les discussions sur le projet de budget pour 2019 n’ayant pas encore, alors, été entamées.

Si les experts reconnaissent que le Liban est dans une position critique, ils prennent néanmoins acte des efforts déjà déployés par ses dirigeants pour mettre en œuvre les réformes qu’ils se sont engagés à lancer lors de la conférence de Paris d’avril 2018 (la CEDRE) pour réduire le déficit public (6,2 milliards de dollars en 2018, soit plus de 11 % du PIB) et relancer l’économie dans un contexte de croissance quasi nulle (0,3 % en 2018).


(Lire aussi : La délégation du FMI fait le point avec Khalil sur sa visite)



Atterrissage en douceur

Certains facteurs aggravants sont mis en avant pour souligner la nécessité d’aller vite et dans le bon sens, comme la dégradation du déficit de la balance courante ; le ralentissement de la croissance des dépôts bancaires ; la baisse des réserves de devises de la Banque du Liban (BDL) ; ou encore le recul de l’activité de prêts. Ces handicaps s’ajoutent au fait que les politiques ont mis neuf mois à former un gouvernement après les législatives de mai 2018.

La délégation a de plus rappelé que la mise en œuvre, entre 2019 et 2020, des premiers efforts promis lors de la CEDRE devraient relancer la confiance des investisseurs et permettre au Liban de débloquer les 11 milliards de dollars de prêts réservés par les donateurs pour être investis dans ses infrastructures. Elle souligne de plus que la normalisation de la situation en Syrie, en conflit depuis 2011, facilitera la tâche.

Contacté par L’Orient-Le Jour, le directeur du département de recherche de Bank Audi, Marwan Barakat, a jugé les conclusions du FMI de « plus positives » que celles émises après la visite de la délégation en février 2018. « Le principal enseignement est que malgré les importants déséquilibres, les portes de sortie existent et un atterrissage en douceur – avec une période de maîtrise progressive des risques et une relance de l’économie à moyen et long termes – est toujours possible », expose-t-il.

« Le FMI considère que les dispositions du projet de budget actuel sont insuffisantes et ne répondent pas aux attentes des marchés, qui espèrent voir le déficit public se réduire dès cette année. C’est la raison pour laquelle l’organisation appelle à mettre en place des mesures d’ajustement à moyen terme », interprète pour sa part le directeur du département de recherche de Byblos Bank, Nassib Ghobril.


(Lire aussi : La Banque mondiale et le FMI s’enquièrent auprès de Hariri de l’avancée des réformes)



Mesures pérennes

Si elle prend acte des mesures déjà adoptées – notamment le plan de réforme pour l’électricité validé en mars par l’exécutif – la délégation n’en reste pas moins sévère vis-à-vis du contenu du projet de loi de finances. « Le FMI estime que les objectifs fixés ne sont pas tous crédibles et recommande de lancer rapidement des mesures fortes pour éviter une restructuration de la dette à moyen terme », résume l’expert en économie Jean Tawilé.

Les experts partent ainsi du principe que les dispositions incluses jusqu’ici dans le projet de budget permettront au pays d’afficher un déficit équivalent à 9,75 % du PIB, au-dessus des 7,6 % visés par le ministère des Finances. Ils notent également que ces mesures, combinées à la mise en œuvre de la réforme du secteur de l’électricité, ne permettront pas d’enrayer la hausse de la dette publique (près de 86 milliards de dollars en avril, +5 % et environ 150 % du PIB). Pour le FMI, le budget doit dégager un surplus primaire (hors service de la dette) de 4,5 % du PIB afin de permettre une réduction du ratio dette/PIB de façon durable.

Relevant que plusieurs pistes envisagées par les dirigeants pour augmenter les revenus de l’État sont temporaires (comme la hausse du taux d’imposition sur les intérêts bancaires), le FMI affiche sa préférence pour les mesures pérennes, comme l’élargissement du champ d’application de la TVA à certains produits exonérés – yachts, diesel, etc. Si la hausse de la TVA ainsi que celles des droits d’accises sur le carburant sont évoquées dans les conclusions, ces mesures ne figurent pas pour l’heure dans le projet de budget.Le Fonds enjoint également à l’État de considérer l’amélioration de la collecte des impôts comme une alternative à la hausse de la fiscalité. « Il préconise aussi de réduire les dépenses dans la fonction publique, notamment sur le régime des retraites et les rémunérations », indique encore Nassib Ghobril.


Réunion de la commission

La délégation a consacré un volet de ses conclusions aux mesures devant renforcer l’environnement des affaires, en commençant par la mise en œuvre « sans tarder » du plan de réforme pour l’électricité. L’amélioration de la gouvernance ou encore l’adoption de mesures pour lutter contre la corruption – en créant une instance autonome et en renforçant la législation – font partie des pistes évoquées. Les experts du FMI se sont enfin attardés sur la situation de la BDL, « qui a été la pierre angulaire de la stabilité financière et la protectrice du taux de change fixe, mais au prix de l'intensification des liens entre les banques et le secteur public et de l'alourdissement de son bilan ».

La monnaie libanaise est arrimée au dollar depuis 1997, ce qui oblige la BDL à conserver d’importantes réserves de billets verts. Dans ses conclusions, la délégation juge de plus que la Banque centrale a contribué au déclin de l’activité de prêts dans les secteurs productifs à travers ses opérations qui ont permis aux banques d’offrir des rendements élevés sur les dépôts. Elle enjoint enfin à la BDL de moins intervenir pour compenser les faiblesses de l’État en matière de finances publiques.Toutes ces conclusions ont été portées à la connaissance de la commission des Finances et du Budget, qui finalise l’examen du projet de loi de finances pour 2019 entamé le 10 juin. La séance d’hier soir était consacrée à l’examen des budgets du ministère des Télécoms et d’Ogero, qui a été achevé. Selon une source au Parlement, les députés ont notamment réduit de 50 % le budget de fonctionnement de l’Autorité de régulation des Télécoms et ont suspendu 100 millions de dollars de crédits alloués à deux directions du ministère pour payer des prestations commandées à Ogero. « Les députés ont demandé que ce dossier soit remis à plat », a précisé la source.

Une trentaine de dispositions, déjà examinées une première fois, doivent encore être tranchées. La date des dernières réunions n’avait pas encore été fixée hier soir.


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