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Ces petites phrases de Gebran Bassil qui ont engendré des polémiques

Liban Du "baltaji" à la guerre de la Montagne, en passant par le "sunnisme politique", des propos du leader maronite, depuis qu'il est à la tête du CPL, se sont régulièrement retrouvés à l'origine de polémiques qui ont, par moments, dégénéré en mouvements de contestation à son encontre ou en appels à sa démission.
04/07/2019

Si c'est à la justice libanaise de trancher du caractère prémédité des tirs qui ont visé dimanche dernier le convoi du ministre d’État pour les Affaires des réfugiés, Saleh Gharib, faisant deux morts, et d'identifier les coupables et les juger, de nombreux commentateurs et responsables politiques s'accordent sur le fait que ce sont des propos du chef de la diplomatie et chef du Courant patriotique libre, Gebran Bassil, qui ont mis le feu aux poudres ce jour-là dans la Montagne druzo-chrétienne.

Il faut dire que M. Bassil est connu pour son franc parler, ses attaques, souvent frontales, contre les différents responsables politiques qu'ils soient ses alliés ou ses adversaires, et ses prises de position parfois controversées. Des propos qui se sont régulièrement retrouvés à l'origine de polémiques dégénérant par moments en mouvements de contestation à l'encontre du président du Courant patriotique libre (fondé par le chef de l’État, Michel Aoun) ou en appels à sa démission.  

Retour sur quelques phrases choc de Gebran Bassil depuis qu'il a pris la tête du CPL, en 2015, un an avant l'élection de Michel Aoun à la présidence et le début de ce que les aounistes appellent "le mandat fort". 


Israël

En décembre 2017, ce sont des propos du chef de la diplomatie sur Israël qui font grincer des dents au Liban, alors que le même mois, le président américain reconnaît Jérusalem comme capitale d'Israël, une décision unanimement condamnée par Beyrouth.

Interrogé sur une éventuelle normalisation des relations entre les pays arabes et l’État hébreu lors d'une interview à la chaîne panarabe al-Mayadine, le ministre des Affaires étrangères répond que le Liban "ne refuse pas l'existence d'Israël et son droit de jouir de la sécurité". "L'existence d'Israël n'est pas pour nous une cause idéologique. Tout ce que nous voulons, c'est que tous les peuples vivent en paix et s'acceptent mutuellement, souligne-t-il. Il ne s'agit pas d'une cause aveugle. Nous sommes un peuple qui accepte l'autre, malgré nos différences. Le problème, c'est quand l'autre ne nous accepte pas... ".



Une position qui tranche avec le discours officiel, Israël étant considéré un État ennemi du Liban.

Avant que le palais Bustros ne publie un communiqué précisant que la vidéo a été tronquée et sortie de son contexte, plusieurs responsables s'insurgent contre les propos du chef de la diplomatie, certains, comme le ministre de l'Intérieur d'alors, Nohad Machnouk, appelant à sa démission. 




(Lire aussi : Gebran Bassil a-t-il menacé Raya el-Hassan ?)



"Baltaji"

Fin janvier 2018, une vidéo d'un discours prononcé par Gebran Bassil dans la région de Batroun (fief du chef du CPL au Liban-Nord) fuite sur les réseaux sociaux. On y entend le chef du CPL régler ses comptes avec le président de la Chambre, Nabih Berry, sur fond de polémique concernant la participation des Libanais chiites de la diaspora en Afrique à une conférence organisée par le ministère des Affaires étrangères. Gebran Bassil accuse M. Berry de tout faire pour empêcher ses partisans de participer à cet événement à Abidjan. Nabih Berry "dit qu'il interdira (à ceux qui assisteront à la conférence) d'entrer au Liban... C'est un voyou ("baltaji"), pas un président du Parlement", lance le chef de la diplomatie, insultant le chef du Législatif en usant d'un terme péjoratif égyptien. 




Les réactions ne se font pas attendre, les alliés de Nabih Berry prenant sa défense et affirmant notamment, à l'instar du ministre des Finances, Ali Hassan Khalil, que le chef du parti aouniste est "un nain de la politique" qui "n'a aucune manière". La situation prend une nouvelle dimension lorsque les partisans du mouvement Amal, dirigé par le chef du Législatif, descendent par dizaines dans la rue, tirent en l'air et bloquent les voies menant aux bureaux du CPL dans plusieurs quartiers de Beyrouth et ses environs. 


Gérer un pays sans budget

Présent au forum de Davos, en janvier 2019, Gebran Bassil récidive. Le Liban est alors sans gouvernement depuis plusieurs mois et la situation économique et financière n'en finit pas de se dégrader.

Interrogé par la journaliste de CNN Becky Anderson, M. Bassil refuse de reconnaître que la situation du pays est alarmante. "Je ne peux pas dire que notre économie est si mauvaise. Parce que c'est une petite économie. Le peuple libanais a un excellent sens de l'initiative. Et nous pouvons la faire revivre", affirme-t-il. Et de fanfaronner, malgré le rappel de la journaliste que le pays du Cèdre "est le troisième pire ratio dette/PIB au monde", que "le Liban, c'est différent de Washington et de Londres. Nous devrions peut-être leur apprendre à gérer leur pays sans budget".



Le "sunnisme politique"

Début juin 2019, lors d'une tournée dans la Békaa-Ouest, le leader maronite s'en prend cette fois au "sunnisme politique", dans des propos qui manquent de faire vaciller le partenariat conclu entre le CPL et le courant du Futur du Premier ministre, Saad Hariri.

"Le sunnisme politique (incarné par le camp Hariri dans l’après-guerre, ndlr) est né sur le cadavre du maronitisme politique (qui prévalait depuis l’indépendance de 1943) et lui a arraché tous les privilèges. Nous voulons recouvrer ces droits intégralement", lance-t-il devant des partisans aounistes. 

Ce discours fait face à une levée de boucliers des responsables sunnites, notamment des trois anciens Premiers ministres Fouad Siniora, Tammam Salam et Nagib Mikati, qui parlent de "prises de position condamnables de la part de certains ministres et responsables" sur des dossiers "tranchés par Taëf" (l'accord qui a mis fin à la guerre civile, 1975-1990, et qui prévoit entre autres la parité islamo-chrétienne dans l’État et la fonction publique).



(Lire aussi : Halte au pyromane !l'éditorial de Issa GORAIEB)




"Libanité inscrite dans les gènes"


Quelques jours plus tard, c'est un ensemble de déclarations du chef du CPL qui sont jugées racistes, nationalistes voire populistes par nombre de responsables et d'internautes libanais et arabes. Surfant sur la vague de l'application, par le ministère du Travail, de mesures plus sévères concernant les permis de travail pour les étrangers, Gebran Bassil déclare, lors d'une conférence sur la diaspora libanaise, qu'"il est naturel de défendre la main d’œuvre libanaise face à toutes les autres, qu'elles soient syrienne, palestinienne, française, saoudienne, iranienne ou américaine", lançant : "Les Libanais avant tout !" 

Peu avant, il écrit sur son compte Twitter que "la Libanité est supérieure à toute autre appartenance, elle est génétique. Il s'agit de la seule explication à nos ressemblances et nos particularités, notre résilience et notre flexibilité, de notre capacité à nous mêler entre nous tout en refusant tout réfugié et déplacé". 



Parmi les nombreuses réactions à ces déclarations, celle d'un utilisateur saoudien de Twitter, partagée des centaines de fois. "Il n'y a pas de Saoudiens employés au Liban. Ils ne quitteront pas les pays développés pour venir travailler chez vous. Merci, Monsieur le ministre, car il y a 200.000 Libanais qui habitent à Riyad. Nous devons donc nous en débarrasser et faire travailler des Saoudiens avant tout", écrit-il. La députée issue de la société civile, Paula Yacoubian, reproche de son côté au chef de la diplomatie de "dire tout ce qui peut lui attirer un populisme à bon marché". De son côté, commentant les déclarations du chef du CPL et sa politique envers les réfugiés palestiniens et syriens, le leader druze Walid Joumblatt critique "les théories racistes visant les Palestiniens et les Syriens" de M. Bassil.




La guerre de la Montagne

Dimanche dernier, ce sont des propos du chef du CPL sur la guerre de la Montagne (opposant les druzes aux chrétiens en 1983), prononcés dans la localité de Kahalé, qui constituent l'élément déclencheur des échanges de tirs à Qabr Chmoun. 

"Vous connaissez l'histoire du président Michel Aoun à Kahalé, Souk el-Gharb, Dahr el-Wahch et dans toute cette région qui a été protégée par la légalité", lance Gebran Bassil. A l'époque, le chef de l’État (actuel) était général dans l'armée libanaise et a combattu contre les factions pro-palestiniennes, dans la région de la Montagne, qui ont tenté de prendre, sans succès, Souk el-Gharb. 


Cette déclaration est dénoncée comme une provocation, Walid Joumblatt accusant entre autres le chef de la diplomatie de "réveiller les démons du passé". Elle déclenche des mouvements de protestation dans les localités de Kfarmatta, où M. Bassil est empêché de se rendre, et Qabr Chmoun. Une manifestation de colère qui ne tardera pas à dégénérer en échange de tirs entre partisans du Parti socialiste progressiste (de Walid Joumblatt) et du ministre Saleh Gharib, affilié au Parti démocrate libanais de Talal Arslane, adversaire politique de M. Joumblatt et allié de M. Bassil.



Lire aussi
Des intellectuels libanais expriment leur "dégoût face à l'hystérie raciste" de Gebran Bassil

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gaby sioufi

CESSONS D'EN VOULOIR A JOBRAN. CAR EN VERITE LE PLUS ON PARLE DE LUI, LE MIEUX IL SE PORTE.
CECI DIT, JOBRAN NE FAIT RIEN QUE D'AUTRES AVANT LUI N'ONT PAS FAIT,
IL NE FAIT QUE PROFITER DES CIRCONSTANCES, DE LA MANNE DU JOUR- DANS SON CAS DES MOIS/DES ANNEES A VENIR - ET C BIEN FAIT POUR LUI.
L'ACCUSER DE BCP DE TORTS N'Y FERA RIEN, D'AUTANT PLUS QUE LES PLEURNICHERIES NE FONT QU
ASSURER ENCORE MIEUX SON "" POUVOIR "", COMFORTE PAR NASRALLAH BIEN ENTENDU.
CE QU'IL FAUT C'EST METTRE SES INTERETS DE COTE,, SE REGROUPER ET CONTRE ATTAQUER DANS L'ESPRIT DU MOUVEMENT DU 14 MARS 2005,RETROUVER SON COURAGE , FAIRE SON MEA CULPA ( HARIRI & GEAGEA ) ET FAIRE FI DES CALCULS PETITS & GRANDS . L'AVENIR DE NOTRE LIBAN NE TIENT PLUS QU'A UN TOUT PETIT BOUT DE FICELLE.
APRES ce serait trop tard, nous libanais chretiens, druzes, sunnites meme ne serons plus que des minorites a la mercie du + puissant Vali fakih, tout comme ceux de syrie et de l' iraq

Tina Chamoun

Un tel papier était-il vraiment nécessaire ? L'OLJ tient vraiment a jeter de l'huile sur le feu. Un nouveau tabloïd francophone est né !!!

Yves Prevost

Il n'a pas toujours tort sur le fond, mais un "diplomate en chef" devrait apprendre à peser chacun de ses mots. Comment un tel inconscient a-t-il pu être nommé - et reconduit - à ce poste? C'es un des mystères de la "démocratie" à la libanaise!

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

VOUS VOULEZ DIRE LES ECHAPPEMENTS DE GAZ METHANE GENDRISSIMALEMENT ASPHYXIANT QUI MET LE FEU AUX POUDRES.

Bustros Mitri

Gebran La Gaffe.

Honneur et Patrie

"Baltaji" (voyou), "sunnisme politique sur les cadavres des Maronites... Des propos de Café du Commerce prononcés par un homme politique inexpérimenté qui ne sait plus comment procéder pour avoir le strapontin de Baabda. Ainsi, il pourrait atteindre la planète Mars bien avant de conquérir la comète lugubre de Baabda.
Dans un récent documentaire sur Ushuaia, la ville d'Argentine la plus australe du monde, j'ai remarqué une pancarte publicitaire en espagnol d'un promoteur immobilier "Semaan" il devrait être un Libanais. Peut-être cela intéresserait le ministre des Affaires étrangères de le rencontrer pour les prochaine élections législatives !

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