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Liban

Le compromis présidentiel vacille une fois de plus...

Partis

Pour les FL, « l’accord de Meerab, c’est fini ».


Yara ABI AKL | OLJ
01/06/2019

C’est à l’heure où la grave conjoncture économique suscite des craintes et requiert un minimum d’entente politique que le compromis présidentiel de 2016, qui avait donné le coup d’envoi au mandat du général Michel Aoun, semble plus que jamais menacé. Cette impression se dégage des récentes secousses qu’ont subies les rapports entre les deux piliers de l’entente, à savoir le courant du Futur et le Courant patriotique libre. Quelques mois après la formation du gouvernement Hariri – marquée par une guerre des prérogatives à laquelle s’étaient livrées les deux formations –, les relations entre les deux partenaires ont été perturbées lors des houleux débats engagés en Conseil des ministres autour du budget 2019. Et pour cause : ce n’est que vers la fin des séances ministérielles consacrées à l’examen de la loi de finances que le chef du CPL, Gebran Bassil, a choisi de présenter des propositions à même de réduire significativement le déficit budgétaire, retardant par la même occasion l’adoption du texte.

À cela s’ajoute la polémique qu’ont suscitée les propos tenus récemment par le chef du CPL et ayant circulé sur les réseaux sociaux. S’exprimant lors d’une tournée dans la Békaa-Ouest, M. Bassil aurait estimé que « le sunnisme politique (incarné par le camp Hariri dans l’après-guerre) est né sur le cadavre du maronitisme politique (qui prévalait depuis l’indépendance de 1943), et lui a arraché tous les privilèges ». « Nous voulons recouvrer ces droits intégralement », aurait-il ajouté. Le Futur n’a pas tardé à réagir à ces déclarations fuitées. Et c’est précisément à partir de la tribune de Dar el-Fatwa que Nouhad Machnouk, député de Beyrouth – et un des artisans de l’accord de 2016 –, a choisi de répondre à M. Bassil. S’exprimant à l’issue d’un entretien avec le mufti de la République le cheikh Abdellatif Deriane, M. Machnouk n’a pas mâché ses mots : « Il s’agit d’une intolérable exagération à même de torpiller les équilibres politiques », a-t-il lancé. L’ancien ministre de l’Intérieur a même été jusqu’à appeler à une révision de « l’alliance politique (avec le CPL) et ses fondements. Sinon, nous exposerons le pays, ainsi que ceux que Dar el-Fatwa représente, à une crise dont l’issue est inconnue. Il faut arrêter l’effondrement en matière d’équilibre des prérogatives. D’autant que la présidence du Conseil constitue le centre de répartition des pouvoirs », a-t-il encore tonné. Critiquant les propos de Gebran Bassil portant sur le recouvrement des droits (des chrétiens), Nouhad Machnouk y a vu une « infraction à la Constitution ». Et de poursuivre : « Nous empêcherons toute atteinte à l’accord de Taëf et aux prérogatives, ainsi que toute négligence des droits des sunnites. »

À son tour, Achraf Rifi, ancien ministre de la Justice, farouche opposant au compromis et récemment réconcilié avec Saad Hariri, s’est invité dans la partie, pour prendre naturellement fait et cause pour la présidence du Conseil et mettre en garde contre toute atteinte à l’accord de Taëf. « Les propos de Gebran Bassil ne sont pas une simple idiotie politique. Il s’agit d’une ligne politique visant à torpiller Taëf, même si cela se ferait sur le cadavre du Liban », a-t-il écrit sur son compte Twitter, avant de poursuivre : « Rafic Hariri a été assassiné parce qu’il défendait Taëf. À M. Bassil, nous disons : Fort du Hezbollah, vous attaquez la communauté sunnite, mais nous vous répondons en tant que Libanais. » Et d’exprimer l’espoir « de ne pas reproduire la même erreur (du compromis) ».


Colère sunnite
C’est donc sous l’angle de la communauté sunnite qu’il faudrait percevoir les propos de Gebran Bassil, mais aussi et surtout ceux de Nouhad Machnouk. Et pour cause : outre le fait de décocher une flèche en direction du chef du CPL, ils constituent une sérieuse menace à la pérennité du compromis présidentiel. Même si les milieux politiques continuent jusqu’ici à exclure toute possibilité d’une imminente implosion de l’entente. Contactés par L’Orient-Le Jour, des observateurs estiment que Nouhad Machnouk a reflété la colère populaire sunnite face aux choix du Premier ministre, tentant ainsi de « mettre ce dernier face à ses responsabilités sur ce plan ». Sauf que M. Hariri semble attaché au compromis dans la mesure où il s’agit d’un moyen de préserver la stabilité et d’assurer la productivité du cabinet. À la faveur de cette logique, le secrétaire général du Futur Ahmad Hariri a évité de s’en prendre à M. Bassil. Dans une déclaration à la chaîne Future TV, il s’est contenté de souhaiter que le bureau de presse du leader du CPL démente ses propos. Il a toutefois fustigé les accusations de populisme lancées par le chef de la diplomatie, soulignant qu’elles « devraient être adressées à ceux qui mobilisent le fanatisme communautaire dans le cadre de leurs batailles prématurées ». Une allusion à peine voilée aux éventuelles ambitions présidentielles de M. Bassil.

De même, Moustapha Allouche, ancien député de Tripoli et membre du directoire du parti haririen, assure à L’OLJ l’attachement de sa formation à l’entente, même si cela est à même de provoquer la colère de la communauté sunnite. « Saad Hariri est le Premier ministre, et il lui importe de préserver la stabilité du pays », rappelle-t-il.

Du côté du CPL, Gebran Bassil, en visite en Espagne, a préféré attendre son retour à Beyrouth pour mettre les points sur les i. Mais Assaad Dergham, député CPL du Akkar, s’est livré à une diatribe contre M. Machnouk. « Nous veillons aux prérogatives, à la Constitution et aux équilibres. Et personne n’a le droit de nous donner des leçons, surtout ceux qui ont toujours commis des infractions », a-t-il déclaré, appelant le Premier ministre « à faire taire les voix qui brandissent un discours confessionnel pour des motifs populistes ».


Le feuilleton CPL-FL
Cette grave querelle entre le CPL et son partenaire haririen coïncide avec une détérioration notable des rapports entre les aounistes et les Forces libanaises, liés par l’accord de Meerab depuis le 18 janvier 2016. Quelques jours après les déclarations du chef des FL, Samir Geagea, dans lesquelles il avait implicitement critiqué Gebran Bassil, des « aounistes » cités par le quotidien al-Joumhouriya invitaient hier le pensionnaire de Meerab à « jeter l’éponge et quitter l’arène politique, après ses échecs sur ce plan, notamment en matière de présidentielle et de loi électorale (…) ». Réagissant à ces appels, à même de susciter des interrogations autour de la pérennité de la réconciliation interchrétienne, un cadre FL contacté par L’OLJ se veut particulièrement clair : « L’accord de Meerab, c’est fini. Nous avons rompu avec les attitudes visant à le maintenir. Nous ne permettrons désormais aucune atteinte aux FL. Mais nous agirons au cas par cas et répondrons à ceux qui nous attaquent comme cela se doit », ajoutant que « celui qui devrait abandonner la politique, c’est bien Gebran Bassil ».

Entre-temps, la mésentente entre le CPL et les FL au sujet des déplacés continue de battre son plein. Hier, c’était au tour du Parti socialiste progressiste de mettre son grain de sel. Dans un communiqué, le PSP s’est dit étonné de voir le gouvernement accorder 40 milliards de livres au ministère des Déplacés (contrairement à la volonté des FL qui, en Conseil des ministres, avaient demandé que les dépenses que justifient cette somme soient détaillées dans le cadre d’un plan bien défini), alors que le dossier de Kfarselwane n’est pas encore clos. « Créer de nouveaux dossiers pour des déplacés n’appartenant pas à la Montagne est aux antipodes des slogans du changement et de la réforme et de la lutte contre la corruption. Cela suscite de nombreuses interrogations », ajoute le texte.

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Hitti arlette

Tous les chemins mènent à Rome, dit le vieux dicton . Au Liban , les chemins qu'empruntent les diverses parties de confessions différentes ne se rencontrent jamais tout comme deux droites parallèles . Nous assistons avec regret , qu'à la moindre bisbille , les uns vont dare-dare à dar al Fatwa ou au conseil supérieur chiite , alors que les autres , quoique à une vitesse moins rapide ,vont à Bkerké pleurer dans les chaumières...Cest juste pour dire que le pays (véreux)du cèdre n'arrivera jamais à sortir du carcan communautaire. L'histoire du Liban est fleurie de ces guerres civiles à caractère religieux . Gebran Khalil gebran a bien résumé notre mal chronique par la phrase suivante : " malheur au pays où les communautés foisonnent et la foi périclite " .

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

L,ATOLL DES COMPROMIS. C,EST POURQUOI RIEN N,Y VA PLUS ET MEME LES BANANES N,Y POUSSENT PLUS.

Irene Said

A force de compromis à longueur d'années en tout et avec tous, ils finissent par se noyer lamentablement dans les eaux agitées qu'ils provoquent, entrainant dans leur noyade le pays tout entier.
Irène Saïd

gaby sioufi

HONNETEMENT ?
C TANT MIEUX POUR NOUS TOUS, ET DONC POUR LE LIBAN !
BIEN ENTENDU C TANT MIEUX AUSSI POUR LES JOUEURS HONORABLES DE CES "COMPROMISSIONS" ENTERREES( J'ESPERE VRAIMENT )

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