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Liban

Guerre régionale : efforts internationaux pour empêcher un glissement du Liban

Éclairage
22/06/2019

Si l’escalade entre les États-Unis et l’Iran tient les observateurs en haleine, l’on se demande, au Liban, si, en cas de conflit armé, le Liban serait prémuni face aux retombées prévisibles.

Si la guerre éclate, le Hezbollah y entraînera-t-il le pays du Cèdre? Mettra-t-il à exécution sa promesse d’ouvrir un front à Tel-Aviv en soutien à la République islamique d’Iran? La menace du secrétaire général du parti, Hassan Nasrallah, en direction de Washington, dans son discours de la Journée d’al-Qods, le 1er juin, de construire une usine de missiles balistiques de précision au Liban est-elle l’indice d’une décision de guerre ?

Toutes les options sont ouvertes, dit-on dans les milieux politiques. Et le parti chiite ne manque pas d’entretenir le flou sur sa position, si bien que les diplomates à l’œuvre au Liban n’ont pas suffisamment d’éléments de réponse pour avoir une vue claire sur le rôle que pourrait avoir le Hezbollah en cas de conflit armé avec l’Iran.


(Lire aussi : USA-Iran : la double impasse)


L’escalade verbale de Hassan Nasrallah a pris de court les acteurs locaux et étrangers. Même si ses menaces ont coïncidé avec l’escalade entre Washington et Téhéran, elles ont cela d’inquiétant qu’elles sont venues troubler un contexte sécuritaire plus ou moins contenu. Le pays venait en effet de recevoir des messages américains et français sur la nécessité que le Liban continue de se distancier des développements régionaux. Des messages qui ont été reçus à l’intérieur du Liban avec les réassurances (mais pas des garanties) d’acteurs à même d’influencer la situation sécuritaire.

Le discours de Hassan Nasrallah a minoré l’effet de ces réassurances et incité les milieux diplomatiques à sonder les motifs de ses propos, mais aussi leur sérieux.

La crainte de ses milieux – qui est celle d’Israël – est que la frontière sud ne s’embrase en représailles à une attaque américaine contre l’Iran. Et il semble que Hassan Nasrallah veuille sciemment entretenir cette crainte. Le « sayyed » est le seul à pouvoir donner des réponses, et il n’entend livrer son « secret » à personne, en dépit de nombreuses tentatives de lui arracher des explications : c’est le message que renvoient des milieux de la banlieue sud de Beyrouth en réponse aux sollicitations diplomatiques.


(Lire aussi : En eaux troubles, l'éditorial de Issa GORAIEB)


Il ne serait pas exagéré de dire que personne n’est aujourd’hui en mesure de garantir que le Hezbollah n’activerait guère le front sud. Un diagnostic plus ou moins précis de la situation peut toutefois se faire : la tendance des observateurs est à minimiser le risque de guerre entre l’Iran et les États-Unis, et surtout le risque que le Hezbollah – et donc le Liban – y soit associé. Un observateur estime que si la guerre devait éclater dans la région, entre les États-Unis et l’Iran, ou dans le Golfe – en cas d’agression iranienne contre l’Arabie –, il y a risque d’une réouverture du front du Golan et d’un embrasement en Irak et au Yémen.

Mais ce risque est minimisé par des milieux politiques, qui disent miser sur « la sagesse du sayyed », c’est-à-dire sa conscience qu’une guerre dans la région ne sera pas une promenade mais un acte de destruction organisé. Il serait conscient du risque que cette guerre ravage le Liban et atteigne la base populaire du Hezbollah, déjà épuisée, financièrement et moralement, par la participation à la guerre en Syrie. Faut-il rappeler en outre que le parti chiite n’a plus la crédibilité ni l’appui arabe que lui valait sa résistance armée contre Israël, qui avait atteint son pic lors de la guerre de juillet 2006 ? Cela sans compter qu’il est classé comme organisation terroriste par les États-Unis, les pays du Golfe et (pour ce qui est de sa branche paramilitaire) l’Union européenne.


(Lire aussi : Trump dit avoir annulé in extremis des frappes "disproportionnées" en Iran)


Parapluie international
L’autre facteur de stabilité face au bellicisme déclaré du Hezbollah – sans doute le facteur le plus déterminant – est l’existence d’un « parapluie international » pour la sécurité du Liban. Selon des sources politiques, des messages « très stricts », incluant de fermes mises en garde contre un dérapage sécuritaire, ont été adressés à de hauts responsables libanais au cours des dernières semaines par des capitales occidentales, appelant à « contrôler » le Hezbollah. Il faudrait comprendre de ces messages que tout pas qu’il franchirait en direction d’Israël aurait cette fois de graves conséquences. Selon nos informations, les responsables libanais se seraient montrés réceptifs et auraient notifié les émissaires qu’ils feront ce qu’ils peuvent pour éloigner du Liban le risquer d’un affrontement avec Israël. Une mise en œuvre plus stricte de la 1701 serait même préconisée par des acteurs étrangers.Mais il n’y aurait peut-être pas besoin, pour l’instant, de mesures radicales contre le Hezbollah, comme celle-ci. Il suffit en effet de constater que même les pays non alignés sur la politique américaine contre l’Iran tiennent à la stabilité du Liban, à en croire des sources diplomatiques. La présence d’un million et demi de réfugies syriens sur le territoire libanais aurait conduit les acteurs en conflit dans la région à converger sur l’impératif de préserver la stabilité du Liban.

C’est ce qui pourrait expliquer que les gardiens de la révolution aient tenu à préciser, il y a quelques semaines, qu’il n’y a pas de missiles balistiques de précision au Liban et qu’ils ont tous été transférés en Syrie.


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