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Liban

À Berbara, la plage a meilleure mine après l’opération #SaveOurFace

Environnement

Un petit groupe de volontaires a mis la main à la pâte pour débarrasser la côte de ses déchets. Ces derniers s’y enlisaient malgré de fréquentes opérations de nettoyage.

10/06/2019

Vue de loin, rien ne semble clocher sur la petite plage de Berbara, à l’entrée du Liban-Nord et de Batroun. Sous de timides rayons, une famille se prélasse au soleil, tandis qu’un pêcheur en maillot de bains, perché sur un rocher, attend paisiblement que sa ligne s’agite. Et pourtant, en s’y rendant, il suffit aux visiteurs de se pencher pour constater qu’une mer de bouchons et de mégots se cache sous leurs pieds. Depuis la crise des déchets de 2015, de nombreuses plages du littoral libanais ont adopté ce visage. Pour tenter de leur redonner un aspect plus acceptable, le ministère de l’Environnement a donc lancé #SaveOurFace, une initiative visant à rassembler des volontaires de tout le pays sur les rivages pour les débarrasser de leurs déchets.


L’organisation à Berbara
Dans la localité de Berbara d’environ 1 000 habitants, ce sont Guy Khoury et Elena Tannoury qui supervisent l’opération. Depuis le matin, ils s’activent près du point de rendez-vous, en l’occurrence un kiosque surplombé par un abri en bois sur une jetée. Sur les poteaux de ce dernier, ils ont scotché des sacs avec des indications destinées aux autres volontaires. « C’est pour leur expliquer comment trier, explique Guy. Les sacs rigides, par exemple, sont destinés aux déchets coupants. » Des instructions que suivent à la lettre la vingtaine de volontaires qui ont répondu présent. Parmi eux, des familles et de petits groupes d’amis, tous très impliqués. Certains, venus en voiture, se rendent plus loin pour couvrir un plus grand périmètre.

L’événement a lieu aussi bien sur la terre ferme que dans l’eau. Une équipe d’apnéistes professionnels de XT Diving se charge ainsi de dégager les fonds marins. « Je suis venu aider à nettoyer pour garder ce qui nous reste, souligne Maurice Abou Saad, représentant de la compagnie. La situation est catastrophique au Liban, surtout à Beyrouth… » Il tempère tout de même : « À Berbara, ça va quand même mieux que sur d’autres plages grâce à des opérations comme celle-ci. » En combinaison, lui et ses hommes plongent dans les eaux, dont ils ressortent toutes sortes de déchets qu’ils jettent dans un seau. Lorsque ce dernier est plein, ils le ramènent vers la rive pour en verser le contenu dans un sac. « Et voici notre premier saumon de la journée », ironise un volontaire, en extrayant une bouteille en plastique du récipient.



(Lire aussi : Journée de nettoyage des plages : rencontre avec une jeunesse mobilisée et... désabusée)



Écolos dès le plus jeune âge
Zigzaguant entre les ordures, de nombreuses têtes blondes semblent trouver un aspect ludique à la tâche. Tandis que Mickael, petit garçon énergique, nettoie en utilisant sa pince à déchets comme un pistolet, une fillette met les déchets dans un sac en sautillant. « C’est important qu’ils viennent à ce type d’évènements, il est question de leur futur après tout », estime Karen Mansour, une volontaire. Elle a amené sa fille Nour Mansour, âgée de 11 ans, avec elle.

Plus loin, Marc Khoury, jeune étudiant au Lycée franco-libanais de Nahr Ibrahim, est très actif dans sa collecte. « Je veux montrer aux gens qu’il ne faut pas polluer. J’aimerais qu’en me voyant jeter des ordures dans la poubelle, ils imitent mon geste », confie-t-il. Son père, Émilio Khoury, ne cache pas son agacement : « Cette maison que vous voyez en face de la plage, c’est la nôtre. Toutes les semaines, nous ramassons les déchets à côté, et nous remplissons autant de sacs qu’aujourd’hui. »

Un constat que Ralph Nader, ex-président de la municipalité de Berbara, partage : « Il y a un mois, il y a eu une autre grande opération de nettoyage ici. J’y ai été. Et aujourd’hui, je vois que c’est comme si nous n’avions rien fait. » Alors, comment changer la donne durablement ? « Il faudrait que lorsque quelqu’un jette un déchet par terre, il paie une amende. C’est ce qui devrait se passer selon la loi, mais sur ce point-là, la police ne l’applique pas », assure-t-il. Émilio Khoury partage son avis. Leur message sera-t-il entendu ?

En attendant, la plage de Berbara est maintenant plus agréable à regarder. Et sur le rivage tout juste nettoyé, certains volontaires décompressent déjà avec un bain de midi.



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LA PLAGE A MEILLEURE MINE... MAIS LA MER EST POLLUEE. EDUQUEZ LES GENS ! SINON IMPOSEZ DE GRANDES AMENDES. ET QU,EN EST-IL DE TOUT LE RESTE DU PAYS JONCHE DE DECHETS. MEME LES DEUX COTES DES GRANDES ROUTES DU PAYS SONT JONCHES DE SALETES QUI VONT DES PAPIERS AUX BOUTEILLES, BOITES ET CIGARETTES POUR NE MENTIONNER QUE CEUX-LA.

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