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« Dali est mort, mais pas tout à fait »

Le célèbre peintre surréaliste est virtuellement vivant et bien vivant dans son musée en Floride, sous le titre « Dali Lives ». Jusqu’au 15 juin, il discute avec les visiteurs de son art, de sa femme Gala et de son frère.

Et un selfie-souvenir signé Dali. Photo The Dali Museum.

« Aujourd’hui, vous allez entendre la vraie histoire de Dali et de son art, et vous allez voir les peintures les plus importantes que vous n’avez jamais vues auparavant. La modestie n’est pas ma spécialité. » Cette voix est bien celle de l’un des plus célèbres peintres surréalistes du XXe siècle. Elle ne vient pas d’outre-tombe, mais de la magie d’une intelligence artificielle qui lui a redonné vie, à l’occasion du trentième anniversaire de sa mort, pour le faire apparaître, presque en chaire et en os, et tel qu’en lui-même, afin d’accueillir les visiteurs du musée de St. Petersburg, en Floride, qui lui est dédié. À leur arrivée, ils se sont retrouvé face à face avec une projection-vidéo de Salvador Dali (1904-1989) qui, du haut de son 1,72 mètre et avec sa moustache bien aiguisée, s’adresse ainsi à eux, tout en se mouvant. Il est là pour incarner son propre guide, grâce à un Deepfake (une technique de synthèse d’images basée sur l’intelligence artificielle). Pour ressusciter ce grand nom de la peinture surréaliste, le musée Dali a coopéré, pour la troisième fois, avec l’agence Goodby Silverstein & Partners à San Francisco. Une opération qui a nécessité la manipulation de milliers d’heures de vidéos d’archives pour entraîner une intelligence artificielle à reproduire le visage de l’artiste sous n’importe quel angle et dans n’importe quelle expression. C’est donc son véritable visage que l’on a pu voir, mais plaqué sur le corps d’un acteur ayant sa morphologie. Le résultat : une version clonée étonnante !



Un selfie avec Dali

Après le premier contact avec le grand maître, direction son studio où il travaille (deuxième vidéo interactive). Le visiteur appuie sur une sonnette, Dali se lève, vient vers le public et s’entretient longuement avec lui de son art, de son épouse Gala, de son frère décédé avant qu’il ne soit né, tout en précisant à ce sujet : « Je souhaite me prouver que je ne suis pas le frère mort mais celui qui vit. » Il ajoute : « La seule différence entre un homme fou et moi, c’est que je ne suis pas fou. » Après cette conversation à bâtons rompus, arrêt sur des cimaises exposant ses œuvres dont il a parlé, et dont on saisit ainsi mieux la portée.

De là, et pour finir la tournée, arrêt obligé à la boutique du musée qui accueille ceux et celles qui désirent faire un selfie avec lui à partir de son cellulaire. Avant de quitter ses « invités », il leur lancera un « kiss you bye-bye  », puis se retirera chez lui, c’est-à-dire, dans ce lieu qui abrite plus de 2 000 de ses œuvres et qui comporte un espace d’accrochage d’une superficie de 2 000 mètres carrés.

Un adepte de la technologie avant l’heure

Parallèlement à la peinture, Dali a collaboré à l’écriture de scripts pour des géants du grand écran (les Max Brothers, Walt Disney et Alfred Hitchcock) ; de même qu’il a dessiné des bijoux et signé des articles dans la presse. Et ce n’est pas tout, car il fut le premier artiste à réaliser une vidéo sur son propre personnage, où il décrit sa peinture en détail. À son actif, une autre première, celle d’avoir utilisé l’holographie (procédé de photographie en relief) pour faire le portait du père du Shock-Rock, Alice Cooper. Selon Beth Bell, directrice du département de marketing du musée Dali, « il était à la pointe de la technologie, expérimentant continuellement de nouvelles choses dans ce domaine. Nous nous sentons obligés de perpétuer ce legs et nous pensons qu’il aurait aimé cette exposition qui, en quelque sorte, le ramène à la vie ». Le Dr Hank Hine, directeur exécutif du musée, enchaîne : « Dali était prophétique à bien des égards et comprenait son importance historique. Il avait écrit : “Si un jour je meurs, bien que ce soit peu probable, j’espère que les gens dans les cafés diront : Dali est mort, mais pas tout à fait”. Pour preuve, la high-tech qui aujourd’hui, trente ans après son décès, permet au public de le découvrir dans une réalité plus vraie que nature, puisque, au cours de cette rencontre, il est capable de répondre aux questions qui lui sont posées. Et l’intelligence artificielle a répondu à toutes ses aspirations, car il avait capté et expérimenté ses possibilités, devenant un adepte avant l’heure. L’effet est garanti, faisant face à son apparition au musée, une visiteuse s’est exclamée avec émotion, “C’est Dali !”. »

C’est Dali et le peintre est bien chez lui dans ce musée. Ainsi, en avait voulu un couple ami et grand admirateur du peintre, Reynolds et Eleanor Morse, qui durant 45 ans ont réuni plus de 2 000 de ses œuvres. En 1982, ils décident de dédier leur collection au grand public et, avec la collaboration de la ville de St. Petersburg en Floride, ils créent un musée exclusivement dédié à Dali. En 2011, après leur décès, le musée a occupé un plus grand espace, comprenant à l’extérieur une bulle de 22 mètres de haut, composée de triangles de verre (dans l’esprit mathématique de Dali). L’intérieur comprend un autre hommage au grand maître, un escalier en spirale, cette forme qui l’obsédait.




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