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L’ingrat travail ménager, une affaire de femmes qui entre au musée

This is America

Du haut de ses lourdes responsabilités, la femme américaine se rappelle « Le travail sans salaire » de ses consœurs. Un sujet qui révolte ou fait sourire... et qui s’expose.

04/04/2019

C’est une grande première pour le National Museum of American History à Washington qui, aujourd’hui, voit sa direction confiée à une femme, Anthea Hartig, née il y a 55 ans, c’est-à-dire en même temps que ce musée, traditionnellement entre des mains masculines. En ces années où les femmes n’ont pas encore achevé leur bataille pour l’égalité des sexes, elle prend son nouveau poste avec une exposition intitulée Un travail sans salaire : une histoire du labeur invisible des femmes. À savoir toutes les tâches qui, traditionnellement, incombent aux femmes au foyer mais aussi à celles qui travaillent. Dans ce contexte, cette exposition réunit les éléments incontournables qui constituent le cadre des activités quotidiennes de toutes celles qui sont en charge, bon gré mal gré, de l’entretien et la bonne marche de leur intérieur.

La lumière est mise, en premier lieu, sur la garde-robe domestique : tabliers, ceintures à clés appelées châtelaines et tenues confortables pour grands nettoyages, passage derrière les fourneaux et autres lavages et repassages. Conçues pour faciliter la liberté des mouvements, toutes ces pièces reflètent par la même occasion la nature des interminables travaux ménagers... À travers les siècles, ce look a subi des modifications pour alléger cette routine et y insuffler une certaine coquetterie. L’une des deux curatrices de l’exposition, Kathleen Franz, explique : « Dans les années 1700 et au début du siècle suivant, la plupart des femmes, indépendamment de leur origine, de leur classe et de la dynamique des inégalités entre elles, avaient choisi les mêmes vêtements courts pour effectuer les mêmes tâches. Et elles les avaient complétés par des pochettes accrochées à la taille où elles déposaient d’indispensables petits objets, (ciseaux et clés), qu’elles voulaient à portée de main. »


Des tenues de ménage plus... féminines
On apprend aussi qu’au XXe siècle, le marché de la mode s’est engouffré dans la brèche en lançant le prêt-à-porter pour la maison. La technologie, de surcroît, notamment avec le fer à repasser électrique, promettait aussi des lendemains meilleurs même si on était loin de l’automatisation généralisée. Pour la femme, qui avait donc encore beaucoup à faire chez elle, la créatrice Nell Donnelly Reed a voulu rafraîchir et égayer les tenues portées lors du ménage. Elle a ainsi créé et réalisé des modèles embellis et ayant du style, un commerce qui l’a rendue millionnaire. Même durant la Grande Dépression, sa fabrique avait continué à employer des milliers de femmes pour produire sa griffe. Et, in fine, l’exposition donne à voir la version moderne des robes de maison : le pantalon de yoga. À noter que les anciens spécimens que le musée a choisi de présenter au public n’avaient jamais été vus hors des maisons. « C’est dans ce sens, explique la curatrice, qu’ils sont représentatifs de l’invisibilité du travail de la femme à travers le temps et du peu de mérite qui leur est revenu. » Cette affirmation est affichée dans un tableau accompagnant l’installation et qui souligne le fait qu’en dépit de la hausse des salaires de la classe laborieuse, échelonnée entre 1890 et 2013, les femmes sont toujours en train d’assumer la plus grande partie des tâches domestiques qui, bien sûr, restent impayées.



Tout dans les détails
Selon Anthea Hartig, la nouvelle directrice du National Museum of American History, montrer aujourd’hui le « labeur invisible des femmes », intitulé de l’exposition, illustré par leur apparence extérieure, était une initiative nécessaire. « Je pense qu’on a là un puissant show, axé certes sur les menues choses de la vie, mais qui, néanmoins, aident à comprendre, toutes origines et toutes classes confondues, le grand impact de cet aspect du travail des femmes », explique-t-elle.

Enfin, dans le but de permettre un échange de vues entre différentes générations sur l’association du sexe et du travail, un espace a été prévu, dans le cadre de l’exposition, invitant les visiteurs à répondre à la question : qui effectuait les travaux domestiques dans les maisons de leurs mères et grands-mères ? De nombreux témoignages oraux ont suivi, que le musée est intéressé à ajouter à ses archives couvrant cet aspect du labeur féminin et de son évolution. Cherchant ainsi à mieux mesurer ce parcours qui avait commencé par cette note populaire, affichée dans les salles de pause café des bureaux et des écoles aux États-Unis, afin de ne rien laisser traîner derrière soi : « Votre mère ne travaille pas ici », impliquant que cette tâche lui revenait tout naturellement.


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Chaccal Marie Hélène

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