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Lifestyle - This is America

La prison dorée d’Al Capone

Quand l’Eastern State Penitentiary se fait centre culturel.


La cellule cinq étoiles d’Al Capone, restaurée.

« Toute la chambre baignait dans une lumière diffusée par une lampe placée sur un bureau en bois poli... Sur ce qui fut un sombre mur, une élégante peinture était accrochée et un beau meuble-radio égrenait les cadences d’une valse... ». Ceci est un extrait d’un article, publié en 1929 dans le journal de Philadelphie Public Ledger, qui décrit ce qui pourrait être une chambre d’un hôtel haut de gamme. Mais il est précisé, plus loin, qu’il s’agit en fait d’une « chambre pénale ». Comprendre, une cellule de prison occupée par un illustre prisonnier, Al Capone, le roi des gangsters américains, également surnommé Scarface (le Balafré).

Ce n’est pas une fiction mais la réalité car Al Capone, après avoir fait fortune dans le trafic d’alcool durant la prohibition, a fait l’objet d’une arrestation « arrangée » : pour calmer l’opinion publique, à la suite de ce qui avait été nommé Le massacre de la Saint-Valentin, qu’il avait perpétré contre un gang ennemi, il a été décidé de lui infliger une peine d’au moins un an de prison. Al Capone accepte cette « mise à l’abri », justifiée par une inculpation pour port d’arme illégal (un revolver) et se retrouve, en août 1929, dans l’Eastern State Penitentiary, alors une des prisons les plus coûteuses jamais construites aux États-Unis. Là, il fait aménager sa cellule d’une manière pour le moins luxueuse, l’agrémentant de tapis et de meubles anciens. Il sera libéré dix mois plus tard.


Restauration

Cette cellule, qui est entrée dans l’histoire, vient d’être restaurée par les responsables de cette prison située à Philadelphie, construite en 1829 dans le style néogothique. Classé monument historique depuis 1966, soit cinq ans avant sa fermeture en 1971, ce site, actuellement ouvert au public, a été transformé en centre culturel avec pour mission de promouvoir la justice sociale et de faire la lumière sur les réformes américaines en matière de traitements des affaires criminelles et des incarcérations. Des objectifs illustrés par une série d’expositions, d’installations et de conférences. Ainsi, la cellule d’Al Capone a été remise sur pied. Une opération, selon la curatrice, qui a demandé un long et minutieux travail car, en décapant les murs, il fallait conserver leur apparence d’antan, quelque peu patinée, de même pour les meubles, en recréant au mieux l’atmosphère originale. On y trouve aussi un second lit qu’avait occupé un escroc nommé Bill Coleman, avec lequel Al Capone a dû partager son espace.

Néanmoins, selon un rapport de la prison datant de cette époque, l’hôte spécial n’a pas eu, comme on l’a cru, les honneurs d’un VIP. Il aurait été un prisonnier comme les autres. On peut lire dans ce rapport : « Personne ici, millionnaire ou pauvre, n’a profité d’un traitement de faveur. » Al Capone aurait même travaillé dur et était soumis aux règlements en cours. Il a été libéré deux mois avant la fin de la sentence, « pour bonne conduite ».


Un pénitentiaire reconverti en centre culturel

Deux ans plus tard, en 1931, Al Capone n’échappera pas à une condamnation à 17 ans de prison dont onze ans de prison ferme pour fraude fiscale. Sa libération sous caution ayant été refusée, il se retrouve dans la prison d’État d’Atlanta, d’où il continue à gérer ses affaires. De là, il est transféré à la terrible prison d’Alcatraz, où il est soumis à un régime plus sévère et placé à l’isolement, notamment dans un cachot, pour avoir tenté de soudoyer un gardien. En raison d’une syphilis contractée dans sa jeunesse, son état s’est aggravé, évoluant en une neurosyphilis qui a détérioré sa santé physique et mentale.

Rendu à sa famille le 16 novembre 1939, et après plusieurs accidents de santé, il décède le 25 janvier 1947 d’un arrêt cardiaque dans sa propriété de Palm Island à Miami Beach. Ses cendres ont été transférées au cimetière Mount Carmel, près de Chicago, où reposent de nombreux gangsters. Sans doute le plus célèbre des hors-la-loi américains du XXe siècle, Al Capone a naturellement inspiré de nombreux écrivains et cinéastes. Son personnage a été notamment interprété au cinéma par Rod Steiger, Robert De Niro et Ben Gazzara. Sur le petit écran, sa légende a constitué l’un des thèmes de la série des Incorruptibles, qui fut également un long métrage. Mais, aujourd’hui, sa cellule relookée a été audacieusement mise en avant en tant que plateforme afin d’éclairer sur les objectifs du système de justice dans l’Amérique contemporaine et le passé de ce pénitencier. « Cette prison, reconvertie en centre culturel, explique la présidente et directrice générale du site historique du pénitencier d’Eastern State, Sara Jane Elke, est célèbre pour son impressionnante conception architecturale et la discipline très stricte qui y régnait. Elle a été conçue pour inspirer le remords ou le regret sincère dans le cœur des prisonniers et fut le premier vrai pénitencier du monde. »


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