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La Dernière

Parfum et séduction au musée, des objets à regarder et (res)sentir

This is America

Se parfumer, un art lancé par la cour de Louis XIV.

12/04/2019

Entre le XVIIIe et le XXe siècle, se mettre en beauté était un long processus, un moment presque sacré, chargé de gestes emprunts de théâtralité. Il est remis à l’honneur jusqu’au 9 juin prochain par le Hillwood Museum à Washington, à travers des accessoires, de véritables chefs-d’œuvre réunis dans une exposition intitulée Parfum et Séduction. « C’est là, précise la directrice du musée, Kate Markert, une panoplie d’objets qui possèdent le caractère luxueux et voluptueux insufflé par la cour du Roi-Soleil et notamment illustrée plus tard par des créations d’époque signées Givaudan. » Ce nom est celui de la célèbre maison de parfums et de cosmétiques, fondée en Suisse en 1898, par deux frères français Xavier et Léon Givaudan. Au-delà de ses subtils et sublimes fragrances, cette griffe avait fait de la très belle ouvrage avec ses bouteilles, allant à l’encontre du vers de Baudelaire : « Qu’importe le flacon, pourvu qu’il y ait l’ivresse » ! Ici, l’importance est donnée autant au contenant qu’au contenu. Parmi les 150 pièces exposées, d’extraordinaires flacons conçus et réalisés par Givaudan, expriment au mieux l’esprit de luxe, de nouveauté et d’exotisme du siècle dernier.

Givaudan dans toute sa splendeur

Généralement en forme de poires modelées différemment, ces bouteilles étaient faites de porcelaine et somptueusement décorées de dorures, de pierres précieuses et de motifs finement peints. Sur l’une des bouteilles, travaillée à l’émail, se détache le minois d’une jeune femme entouré d’un tracé en cuivre doré, qui se poursuit avec le bouchon et la chaîne qui le retient. Ailleurs, également un jeu de chaînes pour un flacon-gourde en verre opaque rose décoré d’une petite fresque romaine, ou une autre gourde en agate, or et émaux. Exposés également, une pyramide ornée d’ambre en relief, une coupe débordante de fleurs et surmontée d’un petit oiseau et un vase-urne bleu. Le tout bien étudié pour contenir les liquides précieux, qui grâce au travail précis de Givaudan peuvent aussi couler de bouteilles – sculptures représentant notamment un jeune soldat enlaçant sa bien-aimée ainsi qu’Arlequin et une vigneronne célébrant le vin, coupe et pichet en main.

Boîtes à pâmoison

Tout en demeurant dans le sillage des belles senteurs, ces précieux objets possédaient au XVIIIe et au XIXe siècle de nombreuses autres fonctions, notamment les « vinaigrettes ». Également baptisés boîtes à pâmoison, ces écrins luxueux à sels de pâmoison contenaient un petit morceau d’éponge imbibé d’alcool, de vinaigre aromatique ou d’autres potions thérapeutiques destinées, comme leur nom l’indique, à réanimer les élégantes dames sujettes aux vapeurs, notamment en raison du port de corsets trop serrés. Elles les gardaient dans leur poche ou leur sac, mais le plus souvent les portaient en pendentif autour du cou, pour ne pas être prises au dépourvu lorsque ces horribles vapeurs ou malaises survenaient. Enfin, ces belles dames les utilisaient aussi comme armes de séduction pour retenir le regard d’un homme qui leur plaisait. À l’époque, le vinaigre servait également à laver le visage car il donnait bonne mine tout en nettoyant la peau.

Puis, passage du côté de la table de toilette pour la mise en beauté précédant la touche finale de l’opération : sentir bon. Sur cette table de travail vouée à la coquetterie, la sophistication était reine : à commencer par l’ensemble en argent de brosses à cheveux, de peignes, de boîtes de poudre et de pâtes dentifrices faites de racines de plantes et d’herbes, le tout disposé en ordre. Et, même alors, pour camoufler les petits défauts et les accidents de la peau, faute de botox et autre filling, les plus coquettes utilisaient avec art des patches de taffetas ou de velours.

Dialogue entre les parfums, les couleurs et les célébrations

La plupart de ces pièces présentées à l’exposition Parfum et Séduction font partie de l’immense collection privée d’art décoratif français des XVIII et XIXe siècles ayant appartenu à Marjorie Merriweather Post (1887-1973), riche héritière, philanthrope et collectionneuse d’art de renom. Ces trésors, et bien d’autres, avaient fait partie de son environnement quotidien et son domaine était devenu, après son décès, le Hillwood Museum.

En guise d’introduction à l’exposition, un espace spécial témoignant du raffinement extrême de cette grande dame des arts dévoile au public les nombreuses déclinaisons de son parfum favori, Carnet de bal. Cette senteur chyprée, enfermée dans une bouteille rappelant un verre de cognac, avait été lancée à Paris en 1937 par la Maison Revillon. Et, comme le veut l’adage « telle mère telle fille », un autre parfum, baptisé Amaranthe, côtoie ce dernier, qui n’est autre qu’une création de Dina Merrill, (1923- 2017), fille de Mme Post.

À l’occasion de la fête de Pâques, le Hillwood Museum expose en outre une série d’œufs-bijoux portant la signature du grand orfèvre Pierre-Karl Fabergé et ayant appartenu au tsar de Russie Nicolas II. Ils font partie de la collection d’art russe acquise par Marjorie Merriweather Post et considérée comme la plus grande à l’étranger. Dans son domaine-musée, qui avait été baptisé l’Ermitage des USA, en référence à celui de Saint-Pétersbourg, « les parfums, les couleurs et les sons se répondent » sans cesse.




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