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Liban

Après l'arrêt des poursuites contre Suzanne el-Hajj, l'affaire Itani continue de faire des vagues

"Sommes-nous revenus au temps de la tutelle avec les ingérences politiques au sein de la justice ?", s'interroge Moustapha Allouche, membre du directoire du courant du Futur.

Rachid Derbas (g), l'avocat de l’ancienne directrice du bureau de lutte contre la cybercriminalité au sein des Forces de sécurité intérieure, Suzanne el-Hajj, et Moustapha Allouche, membre du directoire du courant du Futur. Photo Ani

Rachid Derbas, l'avocat de l’ancienne directrice du bureau de lutte contre la cybercriminalité au sein des Forces de sécurité intérieure, Suzanne el-Hajj, innocentée la veille dans l'affaire du dramaturge Ziad Itani, a déclaré vendredi que le pirate informatique Elie Ghabach, contre lequel un an de prison a été requis, a impliqué Mme el-Hajj pour "partager les peines", citant des propos de l'avocat de M. Ghabach.

Suzanne el-Hajj avait été arrêtée le 2 mars 2018, suivie par Elie Ghabach, pour "fabrication de fausses preuves" contre Ziad Itani ainsi qu’en raison de "piratages et cyberattaques visant des sites de ministères, de services de sécurité et de banques libanaises, et d’autres sites au Liban et à l’étranger". Ils étaient tous deux accusés d’avoir dénoncé M. Itani auprès de la direction générale de la Sécurité de l’Etat au moyen de documents falsifiés selon lesquels le dramaturge aurait commis des actes criminels, alors qu’ils le savaient innocent. Le comédien avait été arrêté le 23 novembre 2017 pour collaboration avec Israël et avait avoué les faits avant de se rétracter, soutenant que ses aveux avaient été extorqués par la force. Il a été relâché quatre mois plus tard, le 13 mars 2018.

"Le verdict dans cette affaire reflète la vérité de ce qui s'est passé", a déclaré M. Derbas, interrogé par la chaîne locale LBCI. "Hier, j'ai demandé à l'avocat d'Elie Ghabach pourquoi ce dernier avait impliqué ma cliente dans ce dossier. L'avocat m'a répondu qu'il cherchait à ce que les peines soient partagées", a-t-il ajouté. 

Jeudi, le tribunal militaire a ordonné d’arrêter les poursuites contre Suzanne el-Hajj, dans le cadre de l’affaire de fabrication de fausses preuves contre M. Itani. Elle a toutefois été condamnée à deux mois de prison et 200 000 LL d'amende pour recel d'informations. Le tribunal a en outre requis un an de prison à l'encontre d'Elie Ghabach, jugé dans le cadre de la même affaire.

Réagissant au verdict, M. Itani avait dénoncé la veille une décision qu’il juge "pour le moins surréaliste". Malgré sa "déception", le dramaturge a affiché sa détermination à faire valoir sa cause et ses droits et à poursuivre la bataille.

L'acquittement de Suzanne el-Hajj a suscité une vive indignation dans les milieux du Premier ministre Saad Hariri. "Sommes-nous revenus au temps de la tutelle avec les ingérences politiques au sein de la justice ?", s'est interrogé vendredi Moustapha Allouche, membre du directoire du courant du Futur, la formation de M. Hariri. "S'il y avait une justice, c'est l'Etat qui aurait dû être poursuivi pour avoir mis en accusation un homme dont l'innocence a été prouvée", a lancé M. Allouche dans des déclarations à la LBC.

Le leader druze Walid Joumblatt a de son côté dénoncé une "mascarade" à propos de cette affaire.

Le chef des Forces libanaises, Samir Geagea, a lui aussi réagi : "Toutes nos tentatives, aux côtés des honnêtes gens, de corriger l'image corrompue du Liban ont reçu un coup douloureux à cause de verdicts judiciaires qui contredisent la vérité, les faits et la logique. Comment peut-on faire confiance aux institutions libanaises avec des verdicts de ce genre?" a-t-il écrit sur son compte Twitter.


Le député de Beyrouth, Nouhad Machnouk, qui était ministre de l'Intérieur lorsque Ziad Itani avait été innocenté dans cette affaire, a de son côté affirmé, à l'issue d'un entretien avec le mufti de la République, Abdel Latif Deriane, que "ce qui s'est passé au sein du Tribunal militaire est contre toutes les lois", estimant que le jugement intervient après des ingérences politiques et la visite effectuée par le ministre de la Défense, Elias Bou Saab, au siège du Tribunal militaire. Après la libération de M. Itani, le ministre de l'Intérieur de l'époque s'était excusé au nom de tous les Libanais.



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