Liban

Histoires d’amour, de séparation et de souffrance (25)

La psychanalyse, ni ange ni démon
09/05/2019

Nous avons vu dans la dernière rubrique que vers l’âge de 3 ans, garçons et filles découvrent la différence des sexes.

Chez le petit garçon, la découverte du pénis comme source de satisfaction érotique et comme symbole de valorisation l’amène à surinvestir le pénis et à considérer que, comme lui, tout le monde en a un. Ainsi, la découverte de l’absence de pénis chez la petite fille n’est pas acceptée ni reconnue comme une évidence. Il se forge alors une sorte de fiction : ça leur poussera bien un jour.

Lorsque le petit garçon se rend à l’évidence que les différentes filles qu’il a pu observer sont toutes dépourvues de pénis et que chez aucune le pénis n’a encore poussé, il se rabat alors sur une dernière fiction : seule ma mère est pourvue d’un pénis. Ainsi, l’idéalisation d’une mère rendue toute-puissante permettra au garçon, pendant encore un temps, de nier la différence des sexes. Cette fiction tenace, cette conviction que Freud rangera dans ce qu’il appelle les « théories sexuelles infantiles » ne tombera que lorsque qu’il se rend définitivement à l’évidence de l’absence de pénis chez la femme. La brisure de cette fiction, de cette conviction, provoque une angoisse terrible, « l’angoisse de castration ».

Le petit garçon se construit alors une nouvelle théorie pour répondre à l’énigme que lui pose la différence des sexes jusque-là niée. Si la fille n’a pas de pénis, c’est qu’il lui a été arraché, coupé. Cette nouvelle théorie est favorisée par l’émergence pendant cette période de désirs incestueux à l’égard de la mère. Il va donc penser : le pénis de ma sœur lui a été arraché, elle a été castrée parce qu’elle s’est rendue coupable, comme moi, de désirs interdits à l’égard de ma mère. « Je ne dois donc plus désirer ma mère, sinon je risque de subir le même sort », pense avec conviction le petit garçon. L’angoisse de castration est telle qu’il est contraint de renoncer à ses désirs incestueux, il va les refouler.

Corrélativement à ses désirs incestueux pour la mère, auxquels il se voit contraint de renoncer, c’est aussi sa haine pour le père, considéré comme le principal rival qui lui barre la route de la mère, qui est aussi frappée de refoulement.

L’angoisse de castration provoque chez le petit garçon le refoulement des désir œdipiens qui n’ont pas cessé de le hanter pendant toute cette période dite phallique. Les exemples d’enfants qui occupent le lit de leurs parents pour en chasser le père ou la mère sont nombreux. Mais cette angoisse a une fonction structurante, et son advenue n’est en rien pathologique. Elle témoigne que l’enfant, ici le petit garçon, renonce à posséder sa mère et accepte la loi du père qui pose cet interdit. En même temps qu’il renonce à sa mère, le petit garçon cesse de haïr son père pour s’identifier à lui et assumer ainsi son identité sexuelle masculine.

Pour la petite fille, les choses se passent différemment, mais pas tout de suite. Elle aborde la phase phallique avec un investissement intense de son clitoris qui est pour elle une source de grande satisfaction érogène. Et, comme le petit garçon, dans un premier temps, en donnant à son clitoris la même valeur que le pénis, elle va commencer par imaginer que tout le monde est doté d’un « pénis-clitoris ».

Dans un second temps, la vue du pénis l’amène à mesurer la différence entre les deux organes. Le grand pénis est une réplique supérieure de son petit clitoris caché. Elle est alors victime de « l’envie du pénis », l’envie d’avoir un pénis comme le garçon.

Ici se marque la première différence fondamentale entre le garçon et la fille dans leur abord de la castration. Si devant l’absence de pénis de la fille, le garçon pense : « Je vais être châtré comme elle », devant la vue du pénis du garçon la fillette va penser : « J’ai été châtrée. » L’angoisse de castration du garçon correspond, chez la fille, à une intense envie d’avoir un pénis.



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