Liban

Histoires d’amour, de séparation et de souffrance (23)

La psychanalyse, ni ange ni démon
18/04/2019

Nous avons vu dans la dernière rubrique combien était difficile la séparation entre la mère et l’enfant. En témoigne le stade anal et la relation sadomasochiste qui s’installe entre eux, et qui sera le modèle et la base du sadomasochisme à l’âge adulte. Conscient du pouvoir nouveau qu’il peut exercer sur sa mère en la faisant attendre, l’enfant va retenir ses selles jusqu’en avoir mal, voire très mal. La souffrance qu’il provoque chez sa mère vient compenser sa propre douleur. Comme cette douleur se situe dans la région rectale et anale et qu’elle est précédée par du plaisir, Freud a donné à cette période le nom de « stade anal », qui le distingue du « stade oral » qui le précède et du « stade phallique » qui le suit.

Si le sevrage amorce la séparation entre la mère et l’enfant, le stade anal, comme on l’a vu la dernière fois, ne signifie pas que cette séparation va avoir lieu. Le grand intérêt de la mère pour les selles de l’enfant donne à ce dernier l’impression que sa mère habite son corps, puisqu’elle connaît l’heure de la défécation et l’exige. Le refus de l’enfant de « faire » témoigne de son désir d’indépendance par son refus d’obéir à sa mère. Mais le fait de la faire souffrir en la faisant attendre va coincer l’enfant dans une attitude paradoxale : refuser d’obtempérer à l’exigence maternelle de « faire » le libère du pouvoir maternel et lui procure le sentiment d’indépendance ; mais jouir de la souffrance qu’il fait subir à sa mère l’enchaîne à elle et maintient le lien en place.

Voilà comment s’installe le sadomasochisme qui donne à la relation de l’enfant, devenu adulte, avec l’autre une teinte particulière que la psychanalyse appelle le « caractère sadique anal ». Maîtrise, contrôle, exigence de propreté et d’ordre, obstination définissent ce caractère sadique anal. Ces traits, a minima, constituent des traits de caractère présents chez chacun, c’est leur exagération qui constitue le caractère sadique anal. Et cette exagération est déterminée par les exigences de la mère pendant le stade anal.

Alors que la séparation a déjà eu lieu, l’apprentissage de la propreté pendant le stade sadique anal sera déterminant pour la suite du développement de l’enfant et pour la sexualité de l’adulte. Ainsi une femme obsédée par la propreté exigeait de son amant qu’il soit lavé par elle, à l’alcool, avant la relation sexuelle. Un homme faisait l’amour habillé pour éviter que son corps nu ne soit souillé par le corps de la femme. Un autre mettait plusieurs préservatifs par peur d’être contaminé. Un autre exigeait de la femme la mise en scène de ses fantasmes sadomasochistes afin d’atteindre l’orgasme. Une femme devait compter jusqu’à 100 avant de se mettre au lit avec son amant.

Ces exemples montrent combien la fixation au stade sadique anal persiste à l’âge adulte. Dans le film d’Arrabal J’irai comme un cheval fou (1973), on voit un homme très bien habillé qui entre dans une église. Devant la statue de la Vierge, il a des fantasmes érotiques qui déclenchent une grande panique. Il sort de l’église en courant et se salit les chaussures. Il entend la voix de sa mère : « Tu dois toujours avoir les chaussures brillantes. » Il se déchausse et nettoie ses chaussures. Aussitôt, dans un mouvement de révolte il crache dessus et les salit en les roulant dans le sable. Cet exemple montre bien, directement, la survivance du stade anal chez l’adulte et une relation sadique anale à la mère qui indique que la séparation ne s’est pas faite.

Ce qu’on appelle aujourd’hui les Troubles obsessionnels compulsifs (TOC) ont leurs sources dans le stade sadique anal et ne sont rien d’autre que des symptômes obsessionnels typiques de ce que la psychanalyse appelle « névrose obsessionnelle ».


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