Liban

Histoires d’amour, de séparation et de souffrance (22)

La psychanalyse, ni ange ni démon
11/04/2019

Comme nous l’avons vu la dernière fois, la première vraie séparation entre la mère et l’enfant intervient lors du sevrage. Cette séparation, physique, n’implique pas encore une séparation totale, l’enfant continuant à constituer une entité psychique avec sa mère. Nous avons vu précédemment que c’est pendant « le stade du miroir » que la séparation définitive se faisait, permettant à l’enfant de se reconnaître comme un corps séparé de celui de la mère.

Toute cette période est d’une importance capitale pour le reste de notre vie. Tant l’enfant que la mère ont du mal à se séparer. Quelque chose de jouissif les arrête. La fusion entre la mère et l’enfant procure une certaine jouissance, une « Jouissance Autre » comme l’appelle Lacan. Le langage va permettre l’abandon de cette Jouissance Autre et le passage à une « joui-sens », c’est-à-dire à une jouissance du sens des mots qui viennent remplacer la chose. Ainsi, le langage et le sens vont remplacer la Jouissance Autre de la fusion avec la mère et permettre à l’enfant d’entrer dans le monde social à commencer par l’école.

Ce passage au monde du langage se fait progressivement, ce qui témoigne de la difficulté qu’ont la mère et l’enfant à sortir de la fusion qui caractérise leur relation et donc à se séparer. « Le Babil » témoigne de la difficulté de ce passage. Le Babil est ce protolangage qui ne veut rien dire et que seuls la mère et l’enfant comprennent. Ce n’est pas encore un langage (parce qu’il ne véhicule aucun sens), mais c’est déjà un langage (puisqu’il sert de moyen de communication entre la mère et l’enfant). Le Babil disparaît dès que le nourrisson apprend le sens du premier mot.

Et c’est au niveau du langage que l’on perçoit les premiers troubles de la séparation entre la mère et l’enfant. Ainsi, un enfant dit à sa mère : « Maman j’ai froid. » La mère répond : « Non tu n’as pas froid. » Cette réponse entraîne la confusion dans l’esprit de l’enfant, comme si la mère était à l’intérieur de son enfant et qu’elle savait mieux que lui s’il avait froid ou pas. La réponse simple qu’aurait fait une autre mère serait : « Mais il ne fait pas froid. »

Ce genre de confusion va persister jusqu’à ce qu’on appelle « Le stade anal ». C’est la période où la mère apprend à son enfant la propreté qui va de 2 à 3 ans. Comme on l’a vu, la séparation a déjà eu lieu, grâce surtout au stade du miroir. Mais l’attente de la mère donne l’impression à l’enfant qu’elle connaît son corps de l’intérieur. La mère attend la défécation de son enfant qui va réaliser qu’il peut désormais la faire attendre. S’installe un jeu entre la mère et l’enfant qui va déterminer la constitution du « caractère anal » et de la structure psychique obsessionnelle. L’enfant jouit de faire attendre la mère et retient donc son bol fécal. Cette rétention lui fait mal, mais faire mal à la mère en la faisant attendre lui importe plus. La douleur anale de l’enfant s’associe à la souffrance qu’il fait subir à sa mère. Le caractère sadomasochiste s’installe.

Certaines mères mettent leur enfant sur le pot et l’attendent pendant des heures. À cet égard, une mère demandait à Françoise Dolto combien de temps il fallait mettre son enfant sur le pot. À quoi Dolto répondait : « Vous n’avez rien d’autre de mieux à faire ? » Malheureusement, ce genre d’habitude reste très fréquent chez les mères et perpétue une confusion sur la séparation. L’enfant a tendance à penser, comme pour l’exemple précédent sur le froid que sa mère sait mieux que lui quand il va déféquer. Pour se sentir indépendant, il va s’opposer à la mère, en payant le prix par la douleur.

On le voit bien, la séparation de l’enfant avec la mère laisse des traces qui se réveilleront par la suite dans les histoires d’amour que l’adulte va vivre.


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