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Liban

Histoires d’amour, de séparation et de souffrance (19) : le Stade du miroir

La psychanalyse, ni ange ni démon
21/03/2019

Il n’y a pas d’histoire d’amour sans séparation. Nous sommes voués à cela dès notre toute petite enfance. L’amour de la mère s’inscrit dans la séparation. En laissant partir son enfant, la mère lui permet de sortir de l’état fusionnel qui caractérise sa relation avec lui, et de devenir libre.

Depuis le sevrage, la séparation scande les différents moments de l’enfance comme nous le montre le Stade du miroir. Élaboré par Jacques Lacan en 1936, c’est le temps (un an et demi environ) où l’enfant va s’identifier à son image dans le miroir, entamer une séparation avec le corps de la mère et distinguer entre le monde imaginaire et le monde réel.

Lorsqu’il se voit dans le miroir pour la première fois, l’enfant ne se reconnaît pas. Il pense voir quelqu’un d’autre qu’il va aller chercher derrière la glace ou l’armoire. Il touche le miroir qu’il perçoit dans sa froideur et reste un moment interloqué. Arrive la mère qui va jeter son regard sur l’enfant et sur son image dans le miroir. L’enfant suit le regard de la mère et réalise que cette « chose » dans le miroir c’est lui. Il va s’identifier à cette chose d’autant plus facilement que c’est une forme parfaite. Or, l’enfant perçoit son corps comme un corps morcelé, difforme. S’il ferme les yeux, il ne saura pas repérer l’emplacement de ses membres dans l’espace. Son « schéma corporel », donnée neurologique, n’est pas encore constitué. Son corps morcelé va trouver satisfaction à se reconnaître dans cette forme parfaite dans le miroir.

Le regard de la mère et le corps morcelé de l’enfant vont pousser ce dernier à cette identification. Tel Narcisse, l’enfant va tomber amoureux de son image dans le miroir. Ce sera la base de tout phénomène amoureux par la suite où l’objet d’amour représente la plus belle image que le sujet amoureux a de lui-même, sa forme idéale.

Jusque-là, l’enfant n’est pas encore séparé de la mère, il forme avec elle une entité unique. Il est la mère, sa voix, son odeur, son regard. Lorsqu’elle apparaît dans son champ de vision, il voit également son image dans le miroir. Il réalise alors que ce miroir reflète autant son image à laquelle il vient de s’identifier que celle de sa mère. Dans le même mouvement, il distingue le monde du miroir du monde réel et distingue son corps et celui de la mère de leurs images dans le miroir. Il réalise, grâce au miroir qu’il est un corps séparé de celui de la mère et entame ainsi le mouvement de son indépendance.

Il s’identifie à son image dans le miroir, distingue l’imaginaire du réel et distingue son corps du corps de la mère. Le stade du miroir va permettre à l’enfant ces trois opérations qui vont lui donner son statut de sujet indépendant. Mais c’est grâce à un enracinement dans l’imaginaire que cette indépendance va avoir lieu. L’enfant se sépare de la mère grâce au miroir, mais c’est au prix d’une aliénation dans l’imaginaire que cette séparation se fait.

À l’âge adulte, on retrouve dans l’état amoureux une réactualisation du Stade du miroir. Le regard y joue un rôle fondamental. Il donne forme au corps du sujet amoureux comme celui de la mère, qui a permis à l’enfant de s’identifier à son image dans le miroir. Comme l’enfant dans le regard de la mère, l’amoureux se reconnaît dans le regard de l’objet aimé.

Par ailleurs, dans les états psychotiques, on retrouve une régression au Stade du miroir. L’imaginaire n’est plus distingué du réel, le sujet n’est plus distinct de l’objet, on retrouve l’état fusionnel caractéristique de la relation mère/enfant qui précède le Stade du miroir.

Comme nous venons de le voir, la séparation est une étape nécessaire dans l’amour. Autant dans l’enfance qu’à l’âge adulte.


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