Liban

Histoires d’amour, de séparation et de souffrance (21)

La psychanalyse, ni ange ni démon
04/04/2019

Les séparations sont inhérentes aux histoires d’amour. Les premières d’entre elles sont celles que nous avons tous vécues avec notre mère. La relation mère/enfant est la première de nos relations d’amour. Et elle est caractérisée par une promesse de séparation, séparation nécessaire afin que la fusion incestueuse n’ait pas lieu. Elle peut être fantasmée par l’enfant mais jamais vécue dans la réalité afin que la survie de l’espèce ne soit pas menacée, les enfants ayant en charge, pour cela, d’aimer d’autres personnes que leurs parents.

Une grande partie des problèmes rencontrés dans les consultations psy est liée à des séparations impossibles entre la mère et l’enfant. Le père y joue un rôle important au sens où sa fonction, ici défaillante, est de séparer la mère de l’enfant, ce qui contribue à la maturité et à l’individualité de l’enfant.

À part la naissance que l’on peut considérer comme la première séparation entre la mère et l’enfant, le sevrage est la première vraie séparation. Pendant l’allaitement, la fusion avec la mère caractérise le lien mère/enfant. Le nourrisson n’a pas la moindre perception qu’il est un être à part : il est le sein de sa mère, il est son odeur, son regard, son toucher, sa respiration, sa voix. Il vit au rythme des tétées et se nourrit, non seulement de lait mais surtout des attributs de sa mère. Son monde est constitué par l’ensemble qu’il forme avec sa mère. Le « bon » caractérise cet ensemble et « le mauvais » ce qui est à l’extérieur de cet ensemble. Mélanie Klein poussera loin l’étude de cette période. La « position schizo paranoïde » caractérise la première période qui clive le bon intérieur, du mauvais extérieur. La « position dépressive caractérise la deuxième période où le nourrisson ressent que le mauvais est également bien intérieur à son ensemble avec la mère ». On peut considérer cela comme l’ébauche de la première séparation mère/enfant.

De son côté, la mère s’adapte à ce nourrisson qui a habité son corps pendant neuf mois. Elle a beaucoup fantasmé cet enfant. Il peut correspondre en partie à ce qu’elle a imaginé et en partie pas du tout. Par ailleurs, l’enfant est né à un moment donné de la vie du couple des parents qui n’est pas le même que celui de ses frères et sœurs. Par exemple, si la mère est en deuil, si les parents sont en faillite financière, s’ils sont séparés, volontairement ou par les aléas de la vie, la mère ne va pas accueillir l’enfant de la même façon. Cette interaction est fondamentale et cet enfant en particulier ne ressemblera pas à ses frères et sœurs. Cette interaction qui constitue l’ensemble des fantasmes du nourrisson et de sa mère va jouer un rôle important dans la séparation à venir. En la facilitant ou en la rendant plus difficile.

Évidemment, la mère n’est pas consciente de la manière dont elle va habiller le nourrisson de ses fantasmes. Mais ce dernier ressent les états d’âme qui habitent la mère. Si elle est en détresse, il aura tendance à vouloir la guérir et à refuser de se séparer d’elle. Il jouera ainsi le rôle de « l’enfant thérapeute », fonction qu’il pourra occuper très longtemps après, et cela de façon tout à fait inconsciente. Sans se rendre compte, la mère joue le jeu de celle qui a besoin des soins de son enfant. Ce cas est très fréquent et on voit beaucoup de mères qui ont du mal à se séparer de leur enfant dans le but de maintenir ce lien inconscient de soins « inversés ». De même, ce que l’enfant a vécu très tôt pèsera d’un grand poids quand il deviendra adulte : il ne pourra pas quitter sa mère parce qu’il aura une certitude inconsciente de l’abandonner.

Comme on le voit, le sevrage séparera l’enfant de la mère, mais pas complètement.

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