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Héritiers des bâtisseurs, les Compagnons prêts à se ruer sur le chantier de Notre-Dame

France

Les compagnons, "c'est l'élite, le summum, le prestige, la noblesse...", affirme Clément, apprenti-charpentier.

OLJ/AFP/Anne CHAON
20/04/2019

A genoux, le nez sur l'ouvrage, l'apprenti tire son trait au crayon : l'essence même du métier de charpentier qu'il apprend au contact des maîtres Compagnons du Tour de France, l'aristocratie des bâtisseurs de cathédrales depuis le 13è siècle.

A 18 ans, Clément Le Fur se verrait bien, en digne héritier de ce savoir-faire, participer à la restauration de Notre-Dame de Paris dont le toit a tellement souffert, en partie effondré par l'incendie qui l'a dévoré pendant neuf heures lundi soir. 
"C'est dommage c'est sûr... mais ça permet aussi aux jeunes de travailler sur un monument historique" ose-t-il avec candeur quand le monde entier pleure les cendres de la cathédrale. "Et ça redonne aux métiers manuels toute leur noblesse".

Parce qu'il rêvait, gamin, de "construire des maisons en rondins au Canada", le garçon a rejoint en banlieue parisienne le Centre de formation de la Fédération des Compagnons du Tour de France.

Avec l'Union Compagnonnique et l'Association Ouvrière des Compagnons du devoir, les trois organisations perpétuent la tradition des artisans du Moyen-Age qui se formaient sur les chantiers des cathédrales et dont les signatures - "les marques" - ornaient jusqu'à sa disparition la "forêt" de Notre-Dame, sa charpente en chênes huit fois centenaires.



(Lire aussi : Paris rend hommage aux "héros" sauveurs de Notre-Dame)



"Restaurer la Joconde" 
Ici, on apprend à devenir charpentier, couvreur, menuisier, serrurier... Des métiers indispensables quand l'heure viendra de rebâtir Notre-Dame. 

"Qui ne rêverait de restaurer la Joconde ?!" glisse Vincent Gérardi, concepteur graphique en reconversion chez les Compagnons "pour sortir du bureau".

Les compagnons, "c'est l'élite, le summum, le prestige, la noblesse...", reprend Clément qui prépare le concours du Meilleur Apprenti de France, première étape sur la voie de l'Excellence. D'ici deux ans, après sa qualification, il compte bien entamer un Tour de France qui, de maître en maître et de ville en ville, le conduira en cinq ans environ au plus près de la perfection.

Jonathan Proudowsky, qui l'assiste et l'encourage, est en voie d'achever le sien. Pour ce trentenaire, la charpenterie est déjà une seconde vie: après six ans d'études d'économie, il s'est tourné vers les Compagnons pour "leur savoir-faire et leur capacité de transmission". Après son CAP (certificat d'aptitude professionnelle), il avait déjà 25 ans, "les anciens m'ont conseillé d'entamer un tour de France": un parcours initiatique "enrichissant mais éprouvant". Etre "itinérant", c'est enchaîner une journée de travail complète chez un employeur, puis deux heures de cours le soir et encore le samedi, une nouvelle ville tous les huit à neuf mois et enfin un "chef d'oeuvre", ou "travail de réception" qui couronne ce parcours unique. Avec l'obligation pendant deux ans au moins de former les jeunes bénévolement. "C'est exigeant mais on apprend beaucoup, sur le métier et sur soi-même", estime-t-il en vantant "les qualités d'entraide, de solidarité et de fraternité" trouvées en chemin. 

En l'accueillant, ses pairs lui ont décerné son nom de Compagnon qui désigne l'impétrant par sa région natale et son trait de caractère le plus saillant. Jonathan est ainsi devenu "Languedoc La Philosophie", qui se retrouve dans la devise des Compagnons : "Servir, sans s'asservir ni se servir".


(Lire aussi : Perdus, endommagés, préservés : les trésors de Notre-Dame après l'incendie)



"Ici on se fait confiance" 
"Le contraire de cette société du chacun pour soi", fustige-t-il. "Ici on se fait confiance" - indispensable quand on est perché sur un clocher à 70 mètres en surplomb de la terre. 

"La dimension patrimoniale est très forte. Mais l'idée du plaisir dans le travail aussi. Si l'envie est là, peu importe ton niveau, on t'accompagne et on te fera progresser", insiste le délégué général de la fédération Patrice Bernard - "Angevin l'Ami du trait" - charpentier. "Le plus important c'est de donner le meilleur de soi-même".

Rejoindre les Compagnons, "c'est intégrer une deuxième "famille", souligne Auguste Nogueira, menuisier et responsable pédagogique du centre de formation, qui vante "le sentiment d'appartenir à une société particulière". Lundi soir, il a regardé les flammes dévorer Notre-Dame avec "la chair de poule. Incrédule. C'est comme si on avait volé la Tour Eiffel". 
Aujourd'hui, il souhaite juste que "les Compagnons participent au chantier de la reconstruction. Avec honneur et fierté". Entre les apprentis et les "itinérants", rien que la Fédération en forme actuellement plus de 1.100 dont 700 charpentiers. 



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Sarkis Serge Tateossian

Je fais le pari que Notre Dame de Paris sera reconstruite dans un délai de 8 à 10 ans et au plus près de l'identique avec les techniques d'antan.

En attendant...les cabinets d'architectes (certains) gesticuleront dans tous les sens pour paraître les "meilleurs".

C'est ainsi ...va la vie ou plus tôt l'homme.

Yves Prevost

Les Compagnons du Tour de France sont les véritables héritiers des bâtisseurs de cathédrales, et il serait normal de faire appel à eux. Malheureusement, Macron veut que N-D soit reconstruite en 5 ans. Privilégiant donc la vitesse au détriment de l'art et on adoptera probablement une charpente métallique.

Bery tus

Superbe compagnons ... apprentis .... maître d’oeuvre ... on sait qui a contribuer à ces appellations au tout début le maître ahiram

Sarkis Serge Tateossian

Tout est dit dans l'article par un apprenti couvreur.
Les compagnons, c'est la crème de la crème.

Ils détiennent les sécrets de la construction depuis les bâtisseurs des cathédrales du moyen âge.


La richesse de l'Europe réside dans le savoir et la connaissance des techniques de construction les plus raffinées.

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