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Économie - Agences De Voyages

L’ébullition au Moyen-Orient pousse les Libanais à voyager moins et à réserver à la dernière minute

La combinaison entre la hausse des prix et le risque d’annulation peut vite peser très lourd sur le budget de quelqu’un contraint de modifier sa réservation.

L’ébullition au Moyen-Orient pousse les Libanais à voyager moins et à réserver à la dernière minute

Pour l'instant, si de nombreux Libanais appellent pour programmer un voyage au Liban cet été, peu confirment, selon une directrice d'agence de voyages. Photo d'illustration AFP

Le retour annoncé de plusieurs compagnies aériennes au Liban après le début du cessez-le-feu, violé quotidiennement, entre le Liban et Israël, entré en vigueur le 17 avril, avait été accueilli avec un optimisme prudent par les agences de voyages libanaises, déjà ébranlées par la guerre déclenchée par Washington et ses alliés contre Téhéran et ses proxys comme le Hezbollah, elle aussi mis en pause relative depuis plusieurs semaines.

Un mois après les premières annonces, « la situation n’est pas bonne », s’attriste Jean Abboud, président de l’Association des agences de voyages et de tourisme (Attal). « Nous sommes à peu près à 30 % du chiffre d’affaires que nous réalisons généralement à cette période, et nous avons perdu beaucoup d’argent avec les annulations des visiteurs qui avaient prévu de voyager pendant la fête du Fitr puis pendant les fêtes de Pâques entre fin mars et mi-avril », ajoute-t-il. « Vendre six ou sept billets d’avion est actuellement considéré comme une bonne journée pour beaucoup de voyagistes libanais actuellement », abonde Raymond Wehbé, CEO (PDG) de l’agence We Reach the World, qui confirme les 30 % avancés par Jean Abboud.

L’incertitude actuelle au sujet de l’avenir du cessez-le-feu est déjà en train d’affecter la prochaine fenêtre de tir des voyagistes : la fête de l’Adha, fin mai. Dans une déclaration faite mardi, le président du syndicat des hôteliers Pierre Achkar a affirmé que les hôtels étaient vides et risquaient de le rester.

S’ils ont du mal à conclure des ventes de billets, les voyagistes ne sont cependant pas en train de chômer. « Beaucoup de clients appellent pour se renseigner, prendre la température, mais une grande partie des réservations se font à la dernière minute », confie Christelle Majdalani, directrice de l’agence de voyages Nakhal. Cette tednance concerne aussi les Libanais qui envisage de se rendre au Liban cet été.

Annuler ou réserver à la dernière minute

Les conditions pour voyager sereinement sont en effet loin d’être réunies.

En premier lieu, le risque d’une reprise des hostilités entre les deux camps au Liban comme dans la région fait transpirer à grosses gouttes le secteur du transport de passagers et de l’hôtellerie. Les espaces aériens des pays du Golfe et du Moyen-Orient, qui avaient presque tous fermé au moins partiellement depuis le début de la guerre régionale le 28 février, ont bien rouvert, mais les attaques lancées par Téhéran sur le Golfe il y a une semaine ont poussé les compagnies aériennes à réduire le nombre de leurs vols, déjà en dessous de la normale. « Cette zone grise où l’avenir reste incertain ne profite à personne. Les voyageurs ne veulent pas investir dans une escapade qui risque de leur coûter encore plus cher à l’arrivée si les choses se gâtent, et les seconds ne peuvent tout simplement pas bloquer un billet à l’avance si le client ne le règle pas au moment de la réservation », déplore Raymond Wehbé.

Second facteur : la répercussion sur le prix des billets de la hausse du coût du kérosène provoquée par l’envolée des cours du pétrole après la fermeture du détroit d’Ormuz. Entre février et mai, il est ainsi passé de la fourchette 85-90 à 150-200 dollars par baril, selon les données relayées par les agences de presse. Même certaines compagnies aériennes ayant recours au hedging – une stratégie de couverture visant à stabiliser le coût du carburant – ont augmenté les prix de leurs billets, afin de compenser la baisse des revenus liée au recul des réservations et à l’érosion des marges, selon une source au sein d’un transporteur souhaitant rester anonyme.

« Entre le carburant et la baisse de l’offre, on peut parler d’une hausse de 45 % en moyenne sur un vol à conditions tarifaires identiques, sans parler des cas extrêmes. Sur les liaisons entre l’Asie et l’Europe, les prix ont poarfois augmenté de 300 % avec la suspension totale puis partielle des vols des grandes compagnies du Golfe au plus fort de la guerre », explique Jean Abboud. Une source au sein d’une agence, souhaitant rester anonyme, résume la situation ainsi : les prix des billets sont globalement en hausse et risquent de le rester. Ces hausses sont plus marquées sur les longs trajets, mais le jeu de l’offre et de la demande peut pousser les compagnies à vendre certains sièges moins chers pour achever de remplir certains avions. « Dans ce contexte, nous recommandons aux clients de réserver au plus tôt, en mettant en avant le fait qu’il leur coûtera toujours moins cher d’annuler à la dernière minute que de réserver à la dernière minute », ajoute-t-elle.

En effet, la combinaison entre la hausse des prix et le risque d’annulation peut vite peser très lourd sur le budget d’un voyageur contraint de modifier sa réservation en catastrophe, même pour ceux qui ont acheté leurs billets à bas prix plusieurs mois avant leur départ. Les possibilités de retrouver un vol aux mêmes conditions sont devenues quasi nulles, même lorsque l’annulation du vol est le fait de la compagnie aérienne elle-même, en raison des surtaxes couvrant la hausse du carburant qui se sont quasi généralisées.

Tenir en attendant

Dans ces conditions, les voyageurs sont naturellement plus hésitants et se déplacent aussi moins qu’avant. « Celui qui avait l’habitude de faire trois voyages entre le Golfe et le Liban pour des raisons professionnelles ou familiales ne fait plus ce déplacement qu’une seule fois », souligne Raymond Wehbé.

Toutes ces perturbations affectent en fin de course le cœur du métier du voyagiste : la vente de prestations de voyages, hôtels, packages et services annexes où les agences réalisent une importante partie de leurs bénéfices. « Avec l’incertitude, la demande pour ce type de prestations est également en berne », confirme encore Raymond Wehbé, notant que cette tendance affecte aussi, même de manière inégale, les agences de tourisme dans le Golfe ou en Europe. Une analyse partagée ces dernières semaines par de nombreuses voix dans le secteur.

Ne pouvant que subir les événements, les voyagistes libanais tiennent encore en espérant que le ciel se dégage durablement dans un avenir proche, et réduisent les coûts en attendant. « Certaines agences réduisent les salaires, les horaires de travail, tandis que d’autres demandent à leurs employés de prendre congé, pour éviter de devoir licencier leur personnel. Mais si la situation ne s’améliore pas rapidement, peu de voyagistes pourront tenir », résume Jean Abboud.

Le retour annoncé de plusieurs compagnies aériennes au Liban après le début du cessez-le-feu, violé quotidiennement, entre le Liban et Israël, entré en vigueur le 17 avril, avait été accueilli avec un optimisme prudent par les agences de voyages libanaises, déjà ébranlées par la guerre déclenchée par Washington et ses alliés contre Téhéran et ses proxys comme le Hezbollah, elle aussi mis en pause relative depuis plusieurs semaines.Un mois après les premières annonces, « la situation n’est pas bonne », s’attriste Jean Abboud, président de l’Association des agences de voyages et de tourisme (Attal). « Nous sommes à peu près à 30 % du chiffre d’affaires que nous réalisons généralement à cette période, et nous avons perdu beaucoup d’argent avec les annulations des visiteurs qui avaient prévu de...
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