De la fumée vue à Mansouri, depuis Tyr, le 12 mai 2026. Photo Kawnat HAJU / AFP
L'aviation israélienne a bombardé vendredi plusieurs quartiers du nord de Tyr et des localités avoisinantes, quelques heures après un ordre d'évacuation visant plusieurs villages, alors qu'au sud de la ville l'armée libanaise a dû se retirer d'une de ses positions à Mansouri, sur le littoral.
L'aviation israélienne s'est par ailleurs acharnée sur le village de Harouf (caza de Nabatiyé) tuant au moins neuf personnes, selon le président du conseil municipal de Harouf Mohammad Harb, contacté par notre correspondant au Liban-Sud Mountasser Abdallah. Dans le détail, une frappe a ciblé un groupe de jeunes qui s’étaient rassemblés devant un magasin de pneus vers 14h après la fin de funérailles organisées dans la localité, tuant cinq d'entre eux, précise le responsable. Et, à 16h, un drone a attaqué à plusieurs reprises un centre relevant du Comité sanitaire islamique dans la localité, faisant au moins quatre morts et plusieurs blessés. Parmi les victimes figurent les secouristes Jaafar Mohammad Nasr et Fadel Mohammad Baouab. Mohammad Harb a lancé dans ce cadre un appel à l’aide, réclamant notamment des ambulances « en raison des grandes difficultés rencontrées pour transporter les blessés et les malades après la destruction à plusieurs reprises d’ambulances dans des frappes israéliennes ». Il a également évoqué les difficultés auxquelles sont confrontées les équipes de secours en raison du survol permanent et à basse altitude de drones israéliens au-dessus du village et de la région, ainsi que de la « crainte constante d’être prises pour cible ».
Le caza de Tyr sous les bombes
Parallèlement, l'armée israélienne a particulièrement bombardé le caza de Tyr. L'après-midi, plusieurs heures après les menaces israéliennes visant Chabriha, Hamadiyé et Haouch, ainsi que les quartiers de Zouqouq el-Moufdi dans la ville de Tyr, et de Maachouk, une série de raids aériens a visé la région, déjà pilonnée depuis le matin. Trois raids aériens israéliens, dont un par un drone, ont visé les bâtiments d'al-Najda el-Chaabiya, Taj el-Dine, ainsi que les logements populaires à Tyr, rapporte notre correspondant au Liban-Sud, Mountasser Abdallah. Le directeur de l'hôpital Hiram de Tyr, situé au niveau du carrefour menant à Abbassiyé, a indiqué à notre correspondant que la frappe ayant visé le bâtiment voisin de la « Najda chaabiya » a « secoué tout l'établissement », qui a été recouvert de fumée. Selon le directeur, Salman Aïdibi, deux agents de maintenance se trouvant dans la cour de l'hôpital et quatre infirmiers à l'intérieur du bâtiment ont été blessés par des éclats de verre. Un plafond s'est également affaissé dans un des couloirs. Selon lui, ce n'est pas la première fois que l'hôpital subit des dégâts, de nombreuses frappes s'étant abattues ces derniers mois dans les environs. En début de soirée, le ministère de la Santé a condamné la « persistance de l’ennemi israélien dans son approche criminelle contre les équipes médicales et de secours, ainsi que son insistance à mener des attaques systématiques contre le secteur de la santé ». Selon le ministère, l’armée israélienne a « directement pris pour cible le centre de soins de santé primaires de la ville de Tyr, le réduisant en ruines et causant d’importants dégâts à l’hôpital Hiram voisin, ce qui a blessé six membres du personnel médical de l’hôpital ».
Des raids ont également ciblé un immeuble situé au carrefour menant vers Abbassiyé, ainsi que Chabriha, Srifa et Tayr Felsay. Ces deux dernières localités n'étaient pas incluses dans l'ordre d'évacuation. Des attaques depuis des drones ont en outre visé une moto à Batouliyé, blessant son conducteur, au carrefour de Chaïtiyé.
D'autres raids de drones avaient visé plus tôt Mjadel, Majdel Selm et une voiture devant une husseiniyé (lieu de culte chiite) de la ville de Nabatiyé. Cette dernière attaque a fait un mort et deux blessés, selon les informations obtenues par notre correspondant. Comme le matin, l'armée a par ailleurs appelé à l'évacuation d'une nouvelle série de villages, à savoir Aïn Baal (Tyr), Kharayeb, Zrariyé, Arab el-Jal (Saïda) et Arabsalim (Nabatiyé). Dans un message sur X, le porte-parole arabophone militaire israélien Avichay Adraee a appelé les habitants à s'éloigner d'au moins un kilomètre de ces localités avant des frappes visant, selon lui, le Hezbollah. L'armée israélienne a encore bombardé, sans avertissement préalable, Sohmor, dans la Békaa, rapporte notre correspondante locale, Sarah Abdallah.
Et en début de soirée, l'armée israélienne a notamment attaqué plusieurs villages du caza de Nabatiyé, notamment Zaoutar el-Charquiyé, Mayfadoun, Nabatiyé el-Faouqa, Jebchit et Kfartebnit.
Repli de l'armée dans le secteur ouest
Avant cet enchaînement d'attaques et menaces, l’armée libanaise a évacué dans la nuit une position dans la région de Amiriyé près de Mansouri, au sud de Tyr, après que les environs ont été directement bombardés par un char israélien positionné dans la localité occupée de Bayada. Mansouri est situé à la bordure de la « zone tampon » qu'Israël établit au Liban-Sud.
En outre, l’aviation israélienne a effectué plusieurs séries de frappes nocturnes, notamment sur Tebnine et Sultaniyé (caza de Bint Jbeil), Mayfadoun, Nabatiyé el-Faouqa et Choukine, ainsi que sur la ville de Nabatiyé, dans le caza éponyme, Haouch (Tyr) et Debbine (Marjeyoun). À Harouf (Nabatiyé), des bombardements ont détruit un bâtiment à proximité du siège de la municipalité, faisant quatre morts et deux blessés.
Embuscades du Hezbollah
De son côté, le Hezbollah a revendiqué plus de vingt attaques contre des positions de l'armée israélienne occupant le Liban-Sud. Il a notamment affirmé avoir tendu une embuscade avec une charge explosive à une patrouille israélienne qui tentait « de s'infiltrer au niveau de la station de pompage hydraulique au nord de Taybé », puis avoir bombardé cette force, « provoquant des pertes ». Selon le parti chiite, un hélicoptère est venu évacuer les victimes. Il a également annoncé avoir tendu une autre embuscade selon le même modus operandi à des bulldozers se déplaçant de Rchaf vers Hadatha, dans le secteur central. Hadatha est situé au nord de la « zone tampon ». La formation pro-iranienne a aussi revendiqué des attaques contre l'armée israélienne à Bayada (caza Tyr), Houla, Khiam (caza de Marjeyoun), Rchaf, Qaouzah et Bint Jbeil (caza de Bint Jbeil).
Pour sa part, l'armée israélienne a fait état en fin de journée d'attaques du Hezbollah « au cours des dernières 24 heures » contre ses soldats au Liban-Sud au moyen d’« appareils aériens hostiles, d’obus de mortier et des drones piégés », selon un message sur X.
Elle a aussi annoncé durant la journée la mort d'un de ses soldats au Liban-Sud, ce qui porte à 20 le nombre de tués dans ses rangs dans les affrontements avec le Hezbollah depuis début mars. Le Sergent-chef Negev Dagan, âgé de 20 ans, « est tombé au combat dans le sud du Liban », a écrit l'armée dans un communiqué. Commentant l'annonce du décès de ce soldat, le ministre israélien de la Défense, Israel Katz, a affirmé vouloir « renforcer » l'armée « qui opère à cet instant au Liban », et affirmé que Tel-Aviv « continuera d’agir avec force face à toute menace jusqu’à l’atteinte de tous les objectifs de la guerre. »
Au total, 20 Israéliens ont été tués au Liban - 19 soldats et un contractuel travaillant pour l'armée - depuis le début de la guerre, le 2 mars. Sur la même période, les bombardements israéliens ont fait 2 951 morts et 8 988 blessés au Liban, selon un bilan actualisé du ministère de la Santé vendredi. Ces chiffres représentent une hausse de 55 morts et de 164 blessés par rapport au bilan communiqué la veille.

