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Le panache blanc des femmes politiques américaines

This is America

Le bataillon de ces dames qui ont récemment réussi, sous la bannière du Parti démocrate, à occuper 102 des 435 sièges du Congrès US, a effectué une rentrée officielle des plus spectaculaires. Le message est clair, net et précis, rédigé en blanc (sur blanc).


01/03/2019

Elles sont arrivées, toutes de blanc vêtues, couleur déclinée en divers styles, (robes, pantalon et autres tailleurs et mélange de genre), pour assister à un événement annuel crucial : le discours de l’état de l’Union prononcé par le président américain Donald Trump le 5 février dernier. Première réaction unanime des observateurs chevronnés, des sociologues et des historiens : c’est là un très clair « Fashion Statement », exprimant leur volonté, vis-à-vis de l’administration Trump, de contrecarrer toute décision pouvant nuire à leurs droits politiques. De cette manière aussi, elles affichent leur fidélité aux suffragettes qui, dès 1903, ont opté pour cette couleur afin de mener leur combat pour le droit de vote des femmes, finalement obtenu en 1920. Aujourd’hui, l’élue de la Floride, et aussi à la tête du Working Group démocrate, Lois Frankel, a ainsi clarifié cette décision : « En nous habillant en blanc, nous avons voulu honorer celles qui nous ont précédées dans cette voie et envoyer un message de solidarité disant que nous ne renonçons en rien à nos droits si ardûment gagnés. » À noter que ce n’est pas la première fois que les activistes américaines lancent des appels « en blanc ».


(Lire aussi : Donna Shalala, 78 ans, sur les bancs des « bleus » du Congrès)


Le blanc BCBG des suffragettes
Tout a commencé en Grande-Bretagne dans les années 1900 lorsque les membres du Women’s Social and Political Union se sont rassemblées à travers tout le pays en arborant le blanc, couleur de leurs requêtes, jugée discrète et féminine. Aux États-Unis, le National Women’s Party a fait de même, lorsqu’il a organisé des marches et manifestations pour exiger le droit de vote. Une uniformité vestimentaire, avec une touche d’élégance, garantissait aux suffragettes un impact visuel et une respectabilité aux yeux des hommes. Par opposition à l’allure masculine que leur avaient donnée les caricaturistes contestant leurs initiatives. La revue d’art, de mode et de culture bisannuelle AnOther Magazine rapporte qu’un grand nombre de suffragettes n’hésitaient pas à payer cher leurs vêtements blancs pour ne pas nuire à leur cause tout en restant dans la note chic-discret que l’on appellerait aujourd’hui BCBG. Et, ainsi, être plus convaincantes.

Une fois le droit de vote officiellement reconnu, les Américaines aspirant à un rôle plus fort et actif dans la vie de la société ont continué à aller de l’avant pour devenir citoyennes à part entière. Toujours en blanc, mais sans oublier de suivre les diktats de la mode.


(Lire aussi : Taxer les plus riches? La benjamine du Congrès fait des remous)


La mode au service d’une prise de position politique
Chacune de ces femmes de pouvoir ayant accédé à un nouveau poste s’est, jusqu’à présent, appropriée cette couleur. À commencer par Shirley Chisholm qui fut en 1968 la première femme noire élue au Congrès, suivie par Géraldine Ferraro, première femme à être nommée vice-présidente, en 1984, au cours de la convention du Parti démocrate dont le candidat à la Maison-Blanche était Walter Mondale, et Hillary Clinton première candidate à la présidence en 2016. Pour elle, nombre d’électrices s’étaient mises en blanc pour aller aux urnes. Quant à Alexandria Ocasio-Cortez, (29 ans), la benjamine du Congrès et l’électron libre du Parti démocrate, élue du dernier scrutin de mi-mandat, elle s’est présentée dans un ensemble pantalon blanc pour prêter serment. À cette occasion, elle a posté sur son compte Instagram : « J’ai choisi cette tenue en l’honneur des femmes qui m’ont précédée et de celles qui suivront. »

La mode comme prise de position politique a été, à maintes reprises, adoptée par les femmes. Le port du pantalon aux États-unis a été inspiré par Luisa Capetillo, une écrivaine et militante de l’île voisine et alliée, Porto Rico, et qui, en parfaite émule de George Sand, avait adopté la tenue masculine. À l’instar de son homologue française, elle affirmait que la femme libérée pouvait révolutionner la politique et sa propre vie. Sur le sol américain, la célèbre actrice Katharine Hepburn et l’aviatrice Amelia Earhart sont devenues, et restent, les égéries du pantalon. Durant la Seconde Guerre mondiale les femmes empruntent les pantalons de leur mari et participent aux travaux industriels de l’effort de guerre. Le jeans au féminin apparaît dans les années 60 comme tenue de détente, ouvrant la voie à une officialisation du tailleur-pantalon, inaugurée en 1969 par une membre du Congrès, Charlotte Thompson Reid. Et il connaîtra un boom en 1993 avec Hillary Clinton, First Lady, qui en fera le label de la Power Woman, la femme de pouvoir. Only in America, l’habit et la couleur font le moine.


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