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Liban

L’ultrasensible dossier de réforme de l’électricité examiné sous l’œil vigilant de la Banque mondiale

Gouvernement

Les remarques des Forces libanaises seront discutées aujourd’hui par la commission ad hoc.

Fady NOUN | OLJ
02/04/2019

En prévision de son examen, jeudi en Conseil des ministres, le plan de réforme du secteur de l’électricité a été débattu hier par la commission ministérielle ad hoc présidée par Saad Hariri. Cette dernière en poursuivra l’examen aujourd’hui, après avoir pris connaissance des remarques formulées par les Forces libanaises à ce sujet.

La commission ministérielle s’est réunie en présence de représentants de la Banque mondiale. C’est dire l’importance de ce plan dans le cadre plus général des compressions budgétaires que le ministère des Finances tente de mettre en œuvre sous le contrôle de la Banque mondiale, conformément aux directives de la Conférence de Paris d’avril 2018 (CEDRE). Le plan de réforme de l’électricité, note-t-on, figure en effet en tête de l’ordre du jour du Conseil des ministres qui se réunit jeudi. Réagissant à la réunion d’hier, la ministre de l’Énergie, Nada Boustani, a déclaré que l’examen de son plan de réforme s’est déroulé dans une atmosphère positive. Présidée par le Premier ministre Saad Hariri, la réunion s’est tenue, en outre, en présence du vice-Premier ministre Ghassan Hasbani, des ministres des Finances, Ali Hassan Khalil, de l’Information, Jamal Jarrah, de l’Éducation, Akram Chehayeb, de la Jeunesse et des Sports, Mohammad Fneich, du Travail, Camille Abousleiman, et du ministre d’État pour les Technologies de l’information, Adel Afiouni. Elle a été suivie d’une autre réunion de M. Hariri avec le chef du PSP, Walid Joumblatt.


(Lire aussi : Les centrales de Deir Ammar et Zahrani ont été ravitaillées, le plan Boustani ferait consensus)


Augmentation de 180 % des tarifs

Le plan de Nada Boustani prévoit pour début 2020 une augmentation de 180 % des tarifs d’Électricité du Liban, figés depuis 1994 et subventionnés depuis. Cette mesure prend en compte une hausse de la production la même année et donc une suppression totale des factures de générateur pour les usagers. Le plan prévoit également une amélioration de la collecte et l’installation de compteurs intelligents à partir de l’année en cours. Les pertes non techniques (vols et branchements illégaux) sont évaluées à 21 % de la production. Aucun plan n’a été élaboré encore pour les combattre, sachant que ce volet engage les partis et mouvements qui contrôlent les régions où ces pertes se produisent, principalement la Békaa, le Nord et le Sud, et en tenant compte du fait qu’une partie de ces pertes sont dues à la présence de réfugiés syriens. Par contre, une modernisation et une extension du réseau de transport et de distribution, également envisagées, permettraient de remédier aux pertes techniques qui représentent, elles, 16 % de la production.

Le Courant patriotique libre, qui contrôle le ministère de l’Energie, et les Forces libanaises, qui développent des visions divergentes sur la manière de gérer les réformes dans ce secteur ultrasensible, s’écharpent sur ce plan depuis plus d’une semaine. L’invective entre les deux formations a atteint des proportions telles que le CPL a menacé, par la voix de l’un de ses membres, d’engager des poursuites pour « obstruction » si le plan de réforme de Mme Boustani, qui s’inscrit dans le prolongement de celui de son prédécesseur, César Abi Khalil, continue d’être contesté et si les accusations de dilapidation se poursuivent.

Répondant à ce point en particulier, le député FL Eddy Abillamaa a balayé l’accusation d’obstruction lancée contre les FL, précisant que le CPL est à la tête du ministère de l’Énergie depuis 2010 et a fait preuve d’incompétence à cet égard. Les remarques des FL portent notamment sur les priorités du plan de réforme. Celui-ci prévoit, en effet, comme solution à long terme, la construction d’une nouvelle centrale à Selaata (Liban-Nord), assortie d’une solution à court terme consistant dans l’augmentation par divers moyens de la production électrique de 1 450 mégawatts, le recours à des navires-centrales semblant exclu.


(Lire aussi : Réformes : le Liban officiel exaspère les pays occidentaux)



Les remarques des FL

Les FL insistent, notamment, sur la nécessité de faire précéder toute augmentation de la production d’une réduction des pertes non techniques de courant, l’amélioration du niveau de la perception des factures et l’installation de compteurs intelligents. En outre, les FL estiment que tout relèvement de la production doit être précédé de la nomination d’un conseil d’administration à Électricité du Liban et d’une autorité de régulation de l’énergie, deux mesures aussi indispensables que difficiles à mettre en œuvre dans l’état actuel des rapports politiques, sachant par ailleurs que toutes les décisions essentielles doivent être prises de façon consensuelle.

Par ailleurs, le débat n’est toujours pas tranché sur le fait de savoir qui, de la Direction des adjudications ou du ministère de l’Énergie, doit procéder à l’appel d’offres. Le ministre Jamal Jarrah a affirmé hier que la réponse à cette question dépend de la rapidité avec laquelle les appels d’offres se feront. Un point de vue qui se discute. En tout état de cause, toutefois, le cahier des charges que la Banque mondiale aide à préparer a besoin de l’approbation du Conseil des ministres, a expliqué M. Jarrah.

Le ministre a encore précisé que les tarifs ne seront pas augmentés avant une amélioration de l’alimentation en courant électrique qui rendrait inutile le recours aux générateurs privés ; un recours qui coûte annuellement à la population libanaise 2 milliards de dollars.

Par ailleurs, M. Jarrah a affirmé que la superficie du terrain que l’État envisage d’acquérir à Selaata pour la construction d’une nouvelle centrale a été revue à la baisse. Une chaîne de télévision locale croit savoir que le coût de cette parcelle a également été revu à la baisse, passant de 300 millions à 30 millions de dollars, soit dix fois moins. Reste à savoir si cette baisse est réellement proportionnelle à celle de la superficie et si le bien-fonds qui sera acheté est réellement dix fois plus petit que celui qu’on avait envisagé d’acquérir.


(Lire aussi : Électricité : que prévoit le plan de Nada Boustani ?)


Le budget est prêt

Cela dit, le président du Conseil et le ministre du Finances continuent d’affirmer, à qui veut l’entendre, que la situation du Liban est « grave » et que le vote du budget ne devrait plus tarder. C’est en tout cas le son de cloche qu’a fait entendre hier le vice-président de la BERD, la Banque européenne pour la reconstruction et le développement, dont une délégation se trouve en ce moment au Liban.

Poussant un grand soupir, le ministre des Finances Hassan Khalil saisit le dossier du projet de budget posé devant lui et lance : « Je suis prêt », rapporte notre correspondante Hoda Chédid. Au moment de se lever pour se rendre à la réunion de la commission ministérielle réunie au Grand Sérail, il précise avoir procédé à des coupes budgétaires de plus d’un milliard de dollars, ce qui signifie que ces coupes dépassent le taux de 1 % que le gouvernement s’est engagé à réaliser dans la déclaration ministérielle.

« Mon projet n’a pas été maquillé, fait-il observer, je n’ai pas essayé de cacher les dépenses ni de gonfler les recettes, et je sais que certaines de mes coupes seront mal reçues », a indiqué M. Khalil.

Par ailleurs, Hoda Chédid révèle que le ministre a préparé un projet de loi abolissant toutes les exemptions douanières, dont certaines remontent à l’époque de l’indépendance, ne gardant que celles qui ont été décidées en vertu de conventions internationales et celles qui concernent les personnes à handicap. Toutefois, le projet propose l’abolition de l’exemption sur la taxe douanière que doit payer le député sur sa voiture, et celles dont bénéficient les communautés religieuses ou les personnes morales qui représentent leurs communautés, ainsi que les associations, administrations et institutions publiques. M. Ali Hassan Khalil pense qu’une telle loi répond au besoin de mettre fin en partie à l’évasion fiscale, mais il hésite à en chiffrer les rentrées, en attendant qu’elle soit votée en même temps que le budget.

Au sujet du dossier de l’électricité, en particulier des sociétés prestataires de services qui se proposaient d’augmenter le taux de perception des factures, Ali Hassan Khalil ne cache pas qu’il s’agit « d’un échec retentissant », précisant que leurs recettes n’ont pas couvert leurs propres frais.


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Bustros Mitri

Quid des bateaux-générateurs et de leurs commanditaires...

gaby sioufi

DU FLOU, ENCORE DU FLOU, TOUJOURS DU FLOU,
ESSAYANT DE CACHER DE LA FILOUTERIE ?

yves kerlidou

"Une chaîne de télévision locale croit savoir que le coût de cette parcelle a également été revu à la baisse, passant de 300 millions à 30 millions de dollars, soit dix fois moins" De qui se moque t'on ? qui encore allait se mettre plein les poches ?

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

A LA BONNE HEURE ! ATTENDONS VOIR DES RESULTATS TANGIBLES ET NON DES PAROLES ET DES PROPOSITIONS IRREALISABLES.

Sarkis Serge Tateossian

Sensible ou pas, il reste le dossier prioritaire. Il faut y aller...

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