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Réformes : le Liban officiel exaspère les pays occidentaux



Le secrétaire d’État américain au Liban, Mike Pompeo et le président libanais Michel Aoun, à Baabda, le 22 mars 2019. Photo AFP/Jim Young

Le gouvernement prendra-t-il l’initiative d’effectuer des démarches courageuses après les messages clairs adressés par les responsables américains et européens, ainsi que par ceux de la Banque mondiale et de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) aux dirigeants libanais concernant l’étape à venir et les réformes que le Liban doit mettre en application, notamment aux niveaux du budget et de l’électricité, pour réduire le déficit et mettre fin au gaspillage et aux dépenses inutiles dans l’optique de la mise à exécution des décisions de la Conférence de Paris, CEDRE ? Ou bien les conflits reprendront-ils de plus belle au sein de l’équipe ministérielle ?

Selon un leader politique résumant la visite récente effectuée par le secrétaire d’État américain au Liban, « Mike Pompeo a asséné ses quatre vérités avant de s’en aller ». M. Pompeo a en effet transmis des messages explicites aux responsables, tout en soulignant l’insistence de Washington à poursuivre la mise en application des sanctions contre l’Iran et le Hezbollah.

Du palais Bustros, le diplomate américain a pris des positions en flèche contre le Hezbollah, une première pour un responsable US à Beyrouth, l’accusant entre autres de terrorisme, de blanchiment d’argent et de trafic de drogue. Mike Pompeo a ensuite fait assumer au Hezbollah la responsabilité du torpillage de l’État et de la non-application des lois, appelant les responsables à déterminer leurs options politiques, tout en mettant en exergue l’attachement ferme de son pays à l’établissement des meilleures relations avec le Liban en tant que partenaire stratégique. Il a dans ce cadre insisté sur le maintien des investissements US sur le plan de la sécurité à travers le soutien à l’armée et aux forces de l’ordre.

Et le secrétaire d’État US a pris une position saisissante au sujet des réfugiés syriens, appelant à hâter leur retour en Syrie pour mettre fin aux dégâts que leur présence occasionne au Liban. Cette posture a suscité une réaction enthousiaste du chef de la diplomatie, Gebran Bassil, qui y a vu une victoire personnelle de ses arguments auprès du responsable US.

Après le départ de Mike Pompeo, c’est le vice-président de la Banque mondiale pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, Ferid Belhaj, qui est venu informer les responsables libanais que les réformes que Beyrouth a commencé à appliquer n’étaient pas du niveau requis, alors que le temps presse et que la situation est critique. C’était hier au tour du premier vice-président de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD), Jürgen Rigterink, de faire le déplacement à la tête d’une délégation de hauts responsables et de représentants du secteur des affaires, d’entreprises et de banques locales, dans la perspective de la mise en application de la CEDRE.

Selon des milieux économiques, les messages transmis par M. Belhaj s’inscrivaient dans la continuité de ceux de M. Pompeo, mais sont axés naturellement sur l’économie et les finances, ainsi que sur la nécessité d’entreprendre les réformes rapidement. Les responsables libanais ont promis au vice-président de la Banque mondiale de baisser le budget de trois milliards de dollars et de trancher la question de l’électricité, avec la remise du rapport du comité ministériel au Conseil des ministres au plus vite.


(Lire aussi : L’ultrasensible dossier de réforme de l’électricité examiné sous l’œil vigilant de la BM)

De son côté, Paris aurait signifié, selon des sources diplomatiques occidentales, son mécontentement face à la praxis des gouvernants concernant les réformes. Il serait ainsi question d’un report indéfini de la visite au Liban du président français, Emmanuel Macron. Le chef de la diplomatie française, Jean-Yves Le Drian, adresserait à la fin du mois un message clair appelant Beyrouth à ne pas rater l’occasion en or que constitue la CEDRE pour l’économie libanaise et à hâter les réformes. Le retard dans le processus serait une source d’embarras pour Paris, dont la crédibilité est en jeu, selon ces sources. D’où la nécessité pour le Liban de presser le pas et de prendre des décisions courageuses s’agissant des réformes.

Les instances économiques et bancaires insistent de leur côté sur le fait qu’il n’y aura pas de soutien à l’État sans réformes radicales. Un vrai chantier de travail est nécessaire au niveau du gouvernement, si bien que c’est une séance quotidienne du Conseil des ministres qui devrait avoir lieu, et non hebdomadaire, disent-elles. Concernant les querelles interministérielles sur l’électricité et d’autres dossiers, elles se répercutent négativement sur la productivité, la solidarité et l’unité. Elles donnent l’image d’une équipe fracturée selon des lignes de clivage communautaire, réglant ses comptes par le biais des médias et des réseaux sociaux. Comment pourrait-elle donc se transformer en une équipe productive ?

Un responsable occidental cité par un homme politique local affirme ainsi que le cabinet d’union nationale s’est avéré être une hérésie impotente, un corps incapable de s’élever au-dessus de ses intérêts étriqués et de prendre des décisions courageuses. Ce responsable va même jusqu’à appeler au retour aux principes élémentaires du régime démocratique : une majorité qui gouverne avec une opposition en face. Sans quoi il n’y a aucun espoir de contrôler et demander des comptes au gouvernement, qui n’est autre qu’une mini-Chambre des députés où toutes les forces sont représentées. Ce qui explique l’état de délabrement, de corruption, de gaspillage, de déficit et de contraventions à la loi. Pis encore est la dualité du gouvernement concernant la politique de distanciation, avec une position officielle en faveur du respect de cette posture, et le déploiement de combattants de milices locales sur les différents fronts arabes en vertu d’un agenda iranien, ajoute ce responsable. L’idée que le monde retient aujourd’hui de la démocratie consensuelle appliquée à la libanaise, c’est un État failli avec 80 milliards de dollars de dette, un gaspillage de deux milliards par an sur le secteur de l’électricité… et un pays plongé dans le noir…


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Le gouvernement prendra-t-il l’initiative d’effectuer des démarches courageuses après les messages clairs adressés par les responsables américains et européens, ainsi que par ceux de la Banque mondiale et de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) aux dirigeants libanais concernant l’étape à venir et les réformes que le Liban doit mettre en...

commentaires (19)

Ca va prendre du temps pour tout mettre en ordre il faut une nouvelle génération de jeunes Et pas les fils de papa

Eleni Caridopoulou

19 h 33, le 07 avril 2019

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Commentaires (19)

  • Ca va prendre du temps pour tout mettre en ordre il faut une nouvelle génération de jeunes Et pas les fils de papa

    Eleni Caridopoulou

    19 h 33, le 07 avril 2019

  • Les Reformes couteront très cher a la caste au pouvoir. Cette "élite" prendra le risque de ne rien réformer et jouer la gagne en s'accrochant aux hypothétiques retombées de l'exploration d'hydrocarbures et reconstruction de la Syrie. Il n’y a rien à espérer de cette clique de corrompus.

    paznavour

    11 h 05, le 03 avril 2019

  • L'occasion fait le larron. C'est le système qui rend cette gouvernance impotente. Un pouvoir même démocratique sans contre-pouvoir institutionnel, est sujet à la corruption et une gouvernance médiocre. On dira toujours que c'est le prix à payer pour avoir la paix.

    DAMMOUS Hanna

    22 h 54, le 02 avril 2019

  • Que le Liban officiel exaspère à son tour ce monde occidental, un peu , ce n'est que juste la réponse du coup de pied à l'âne .

    FRIK-A-FRAK

    19 h 27, le 02 avril 2019

  • L'Occident veut forcer les Libanais a etre non corrompus, a avoir un budget et a realizer les reformes necessaires pour que le pays ESSAIE de s'en sortir mais le gendre clame a la television INTERNATIONALE que le Liban pourra donner des lecons au monde occidental a gerer un pays sans budget Comment peut on gagner encore avec cette equipe au pouvoir? ce mini parlement fera ce que les deputes font cad donnant donnant tu prends l'electricite , je prend les carrieres des montagnes , je prend les dechets , tu prends les douanes etc... DIX, VINGT, CENT POSSIBLE CORRUPTIONS ONT ETE DEJA SIGNALE PAR TOUTES LES TELEVISIONS AU LIBAN PAS UN SEUL CAS SAUF QUELQUES SUBALTERNE DE CHAUFFEURS ET AUTRES ONT ETE INQUIETE A CE JOUR MAIS AUCUNE CONDAMNATION A CE JOUR APRES 2 ANS ET DEMI DU GOUVERNEMENT FORT AU POUVOIR COMMENT PEUT ON SE MOQUER DES LIBANAIS POUR AUTANT DE TEMPS?

    LA VERITE

    17 h 00, le 02 avril 2019

  • Mais enfin, pourquoi voulez vous que les investisseurs viennent au Liban si ils croient que par un coup de tete de Hassan Narsrallah tout sera detruit par Israel. Faut pas prendre les investisseurs pour des idiots! Tant que le Liban sera sous la coupe de la soir disant resistance rien ne sera fait!

    IMB a SPO

    15 h 22, le 02 avril 2019

  • Peines perdues tant que les mêmes corrompus gèrent le pays.

    Pierre Hadjigeorgiou

    14 h 22, le 02 avril 2019

  • Oui le pays a changé, bien dit. Pour le pire.

    Remy Martin

    14 h 06, le 02 avril 2019

  • Pourquoi c'est un bon signe ? Parce que le Liban officiel refuse de se laisser embarqué comme le petit beni oui oui qu'il était dans le passé. Quand on vous disait que notre pays a changé.

    FRIK-A-FRAK

    12 h 14, le 02 avril 2019

  • PRIERE LIRE A LA FIN DE MA REACTION SONT LEGENDAIRES. MERCI.

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    12 h 00, le 02 avril 2019

  • ILS EXASPERENT QUI NOS OFFICIELS, L'OCCIDENT QUI VEUT BIEN ESSAYER DE NOUS FAIRE REMONTER LA PENTE ? QU'A CELA NE TIENNE, TANT PIS ON S'EN CONTREBALANCE , RAPPELEZ VOUS QU'A TUNIS, NOUS AVONS EBAHI LES VIEUX ET LES MOINS VIEUX DIRIGEANTS DU MONDE ARABE , TANT ET SI BIEN QUE TOUS INSISTAIENT POUR SE PRENDRE UNE PHOTO SOUVENIR SOUS NOTRE DRAPEAU !!!!!

    gaby sioufi

    11 h 36, le 02 avril 2019

  • Les temps sont durs au Liban, il ne reste plus rien à voler...

    Gros Gnon

    11 h 34, le 02 avril 2019

  • Comprendront-ils enfin? Ou bien la prise d'otage fakihiste est plus précieuse que notre économie...

    Je partage mon avis

    10 h 55, le 02 avril 2019

  • Liban officiel exaspère tout le monde. Degoutant.

    Jack Gardner

    10 h 16, le 02 avril 2019

  • L,ABRUTISSEMENT DE NOS ABRUTIS CONTINUE DE PLUS BELLE. LEUR CORRUPTION, LEUR IGNORANCE, LEUR INCOMPETENCE ET LEUR M,ENFOUTISME EST LEGENDAIRE.

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    10 h 09, le 02 avril 2019

  • Le Liban official n' exaspère pas que les occidentaux !!

    LeRougeEtLeNoir

    09 h 45, le 02 avril 2019

  • La BERD, la Banque Mondiale, CEDRE, devraient pour commencer utiliser une petite partie des sommes promises à envoyer tous nos responsables politiques, les laïques et les religieux à participer à un séminaire qui leur enseignerait: 1. les règles basiques de la démocratie 2. un comportement honorable et respectueux en toutes circonstances 3. que ce ne sont pas les voyages "en famille" aux quatre coins du monde, aux frais de l'Etat, qui sont utiles à notre pays 4. que les finances de l'Etat ne sont pas à leur disposition personnelle 5. que la corruption qu'ils pratiquent tous et ses conséquences désastreuses les enfonceront eux aussi, en même temps que leur patrie... 6. que ce n'est pas au Liban de participer au règlements de tous les problèmes en Syrie, à Jerusalem, au Yémen etc. la liste du programme de ce séminaire est très longue, spécialement élaborée pour des élèves... libanais ! Irène Saïd

    Irene Said

    09 h 25, le 02 avril 2019

  • Soyons clair le fameux accord "le Cèdre" est une aide et une soumission du Liban. Il faudrait que les Libanais une fois pour toute arrêtent de se plaindre de l'ingérence des pays étrangers sur le pays, un peu comme un gosse qui veut être libre et qui n'aime pas la tutelle de ses parents mais qui compte sur eux pour le financer. L'indépendance d'un pays commence par sa capacité à se gérer économiquement tout seul

    yves kerlidou

    09 h 16, le 02 avril 2019

  • Je pense que le problème n'est pas la mauvaise volonté des dirigeants mais plutôt, d'où commencer?

    MGMTR

    09 h 12, le 02 avril 2019