Liban

Campagne contre la corruption : les critiques contre le Hezbollah se poursuivent

"A travers Fouad Siniora, tout le courant du Futur est visé", estime Jamal Jarrah.

Le ministre libanais de l’Information, Jamal Jarrah, et le mufti de la République libanaise, cheikh Abdellatif Deriane, le 5 mars 2019 à Dar el-Fatwa. Photo Ani

La campagne menée par le Hezbollah contre la corruption au Liban et visant implicitement l’ancien chef de gouvernement, Fouad Siniora, continuait mardi à susciter des critiques, le courant du Futur estimant qu'à travers M. Siniora, toute la formation, à laquelle ce dernier appartient, était "visée".

"Certains tentent de s'en prendre à une grande personnalité nationale comme Fouad Siniora. En réalité, c'est une formation politique et toute une période politique qui est attaquée", a déclaré le ministre libanais de l’Information, Jamal Jarrah, à l'issue d'un entretien avec le mufti de la République, cheikh Abdellatif Deriane, à Dar el-Fatwa. "La partie qui accuse, connue pour ses infractions et son manque de crédibilité, n'est pas habilitée sur le plan technique et moral à porter des accusations dans le dossier de la corruption. Les Libanais connaissent bien la nature politique de ces accusations", a déclaré le ministre, membre du courant du Futur, tout comme M. Siniora.

Le mufti de la République, le cheikh Abdellatif Deriane, s’est associé lui aussi à la polémique, mettant en garde lundi contre toute atteinte à M. Siniora, considéré comme "une ligne rouge" à ne pas franchir. Il a appelé à tenir la lutte contre la corruption à l’écart de la "vindicte politique".



(Lire aussi : Corruption : Bassil prend contact avec Hariri pour enrayer la polémique)



Des "objectifs politiques"
La semaine dernière, le député du bloc du Hezbollah, Hassan Fadlallah, avait initié une dénonciation judiciaire en remettant au procureur général financier, Ali Ibrahim, une série de documents liés au dossier des comptes publics entachés d’irrégularités afin qu’il ouvre une enquête sur des milliards de livres libanaises qui auraient disparu, selon lui, notamment durant la période 1993-2012. L'ancien Premier ministre et ministre des Finances, Fouad Siniora, un des faucons du Courant du Futur de M. Hariri, avait exposé vendredi son point de vue sur ce dossier, chiffres à l'appui, lançant une virulente attaque contre le Hezbollah.

Revenant à la charge, Hassan Fadlallah, le député du Hezbollah, a déclaré lundi que le "tapage (médiatique), les accusations et les diffamations ne changeraient rien à ce processus en marche". "Le passage obligé (pour la réussite de la lutte contre la corruption) est inéluctablement la justice mais aussi nos partenaires au sein du gouvernement et du Parlement", a-t-il ajouté. Samedi, M. Fadlallah, avait estimé que "Fouad Siniora se désigne lui-même comme accusé, en se montrant tendu et colérique, ce qui pose de nombreuses questions, d'autant que son intervention télévisée était empreinte de violence politique et communautaire et d'accusations lancées pour détourner l'attention du dossier des comptes publics".


Commentant la campagne du parti chiite, le chef des Forces libanaises, Samir Geagea, a estimé mardi qu'elle "dissimule des objectifs politiques". "Cette campagne de lutte contre la corruption n'est pas sérieuse et dissimule des objectifs politiques qui n'ont aucun lien avec la corruption", a jugé le chef des FL dans une interview accordée au site d'information saoudien Independent Arabia, dont une partie a été rapportée par le site des FL et qui sera publiée dans son intégralité demain mercredi.

Par ailleurs, le chef des FL a mis en garde contre l'aggravation de la situation économique du Liban. "Le péril imminent, c'est l'aggravation de la situation économique qui doit être réglée dans les prochaines semaines pour éviter de plonger dans le précipice", a-t-il prévenu, insistant sur la nécessité de réduire le déficit budgétaire.

Lors d'une discussion à bâtons rompus avec des journalistes, le leader druze Walid Joumblatt a de son côté exprimé son soutien à une "lutte méthodique contre la corruption". "Néanmoins, je suis contre un retour aux règlements de comptes entre le 8 et le 14 Mars", a-t-il ajouté, critiquant la façon dont M. Siniora est attaqué.


Les députés de la Rencontre consultative, groupe de parlementaires sunnites prosyriens (8 Mars), ont, eux, salué "les premiers signes" dans le combat contre la corruption et affirmé qu'il fallait laisser la justice faire son travail.  "L'engagement pris par tous les responsables, qui est de lutter contre la corruption, doit se faire à travers la justice uniquement (...) loin de la politisation et la médiatisation, ont indiqué les députés dans un communiqué saluant "les premiers signes de responsabilité et de reddition des comptes". Ils ont également affirmé qu'il fallait que la justice ait "le seul et dernier mot que ce soit celui de la condamnation ou de l'acquittement ".




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"Certains tentent de s'en prendre à une grande personnalité nationale...

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