L'éditorial de Issa GORAIEB

Corruption, mode d’emploi

L’éditorial
Issa GORAIEB | OLJ
02/03/2019

Lors de la guerre de 2006, le bombardement par l’aviation israélienne des réservoirs de pétrole desservant la centrale électrique de Jiyé entraînait une véritable castastrophe écologique ; des milliers de tonnes de carburant se déversaient alors sur le littoral libanais, la marée noire menaçant même divers autres pays.

En lieu et place de ces gluantes flaques de diesel envahissant les plages, ce sont des flots pestilentiels de fange politique que l’actualité déverse en ce moment sur la rive orientale de la Méditerranée. D’aucuns y verront la fatalité d’une tradition collant comme une peau à l’image classique d’un Levant voué au culte de l’affairisme. Comme par hasard cependant, sont visés par ce déluge de scandales les deux États de la région qui, plus ou moins crédiblement, se flattent d’être seuls à vivre en démocratie dans une partie du monde régie par l’autoritarisme : le Liban et Israël. Démocraties approximatives, néanmoins ; et de surcroît, démocraties fortement entachées de malversations, de prévarication, de corruption.

Liban d’abord. À force de flagrantes violations de la Constitution et d’abracadabrantes innovations, le dévoiement du système n’a cessé de s’aggraver ces dernières décennies, au point de rendre celui-ci méconnaissable. La séparation des pouvoirs n’est plus qu’un souvenir, avec ces gouvernements d’unité qui ne sont qu’un fidèle reflet du Parlement. Du coup, ce sont les deux pouvoirs exécutif et législatif qui perdent leur raison d’être : ici en effet, un gouvernement paralysé par une opposition interne, en l’absence de toute notion de cohésion et de solidarité ministérielle ; et là, une Assemblée qui n’exerce plus que pour la forme, pour la galerie, son rôle de censeur.

Bénignes grippes toutefois que tout cela, comparé au cancer d’une insolente corruption qui affecte une large partie des élites dirigeantes, sans évidemment épargner une administration aussi inefficace que pléthorique. C’est là d’ailleurs que brille par sa frilosité (sinon sa léthargie) un pouvoir judiciaire rarement prêt à sévir sans y être expressément invité.

Honte, dès lors, à un pays qui ne se décide à s’attaquer au mal qui le ronge (ou à faire seulement semblant) que sous la pression des donateurs étrangers exigeant l’adoption de réformes structurelles, préalablement à toute assistance. Et re-honte pour un pays où ce sont paradoxalement les plus pourris des pourris qui vocifèrent le plus haut leur quête d’assainissement des finances publiques. Mis en cause par le Hezbollah pour sa gestion passée, l’ancien Premier ministre Fouad Siniora répondait hier à ces accusations chiffres à l’appui, et avait beau jeu de dire ses quatre vérités à une milice qui s’est placée en marge de la loi sous prétexte de résistance à l’ennemi israélien ; et qui non contente de mener des guerres dévastatrices pour le pays et l’économie, a spolié l’État de certaines de ses recettes, notamment douanières.

Israël ensuite. Ne saurait être précisément démocratique un État raciste, qui pratique l’apartheid et fait de sa population arabe des citoyens de deuxième zone. Cela vaut tout autant pour un État acharné à coloniser des territoires conquis par la guerre et à en déposséder leurs propriétaires et occupants légitimes. On aurait mauvaise grâce de nier toutefois qu’Israël est aussi un État où les scandales financiers entraînent des démissions de dirigeants, ou même alors leur incarcération au terme de poursuites judiciaires. Victimes de l’un ou l’autre de ces déboires ont déjà été deux présidents et un Premier ministre.

C’est un sort similaire que risque de connaître l’actuel chef du gouvernement Benjamin Netanyahu, que le procureur général se propose d’inculper, sur recommandation de la police et dans trois affaires distinctes, de corruption, fraude et abus de confiance. Mais pour autant ne criez pas trop vite au prodige, car ce n’est encore là qu’une déclaration d’intention du procureur, la possibilité étant offerte à Bibi de s’expliquer devant lui avant toute décision définitive. Sans doute par égard pour la dignité de la fonction, jamais en Israël n’a-t-on traîné devant les tribunaux un Premier ministre en exercice, ce qui laisse visiblement la porte ouverte à certains accommodements.

Dans cette triste chronique des liens coupables entre pouvoir, politique et argent, il n’en demeure pas moins qu’un énorme point d’interrogation vient de planer sur l’issue du scrutin anticipé du 9 avril en Israël. Voilà bien, ma foi, un sérieux motif d’envie pour l’électeur libanais…

Issa GORAIEB

igor@lorientlejour.com

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