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Liban

Les responsables politiques au défi de la lutte contre la corruption

Éclairage
23/02/2019

Les responsables sont-ils sérieux dans leur volonté d’appliquer la loi à tous sans exception? Ira-t-on vers un renoncement aux privilèges dont certains d’entre eux bénéficiaient? Ou bien les positions exprimées par les parlementaires à la Chambre des députés lors du débat de confiance ne sont-elles que paroles vouées à rester sans effet ?

Des sources proches de Aïn el-Tiné indiquent que le président de la Chambre Nabih Berry est déterminé à appliquer la loi à tous et à faire du contrôle de l’action gouvernementale et de la reddition des comptes le leitmotiv de la période actuelle, d’où l’idée selon laquelle l’équipe ministérielle devra se présenter au moins une fois par mois devant le Parlement. Si les lois étaient appliquées, affirme M. Berry, le pays ne serait pas dans l’état dans lequel il se trouve à présent. Selon lui, 39 lois qui existent depuis plus de 15 ans n’ont pas été appliquées, ce qui n’est pas sans laisser des répercussions négatives sur la situation générale.

Compte tenu du fait que près de la moitié des parlementaires ont annoncé leur volonté de partir en guerre contre la corruption et ont réclamé l’application de la loi et des mesures de sanction contre les contrevenants, la Chambre, fidèle à sa fonction de contrôle de l’action du gouvernement, sévira dans ce sens. Nul ne bénéficiera d’une quelconque protection, souligne M. Berry. Selon ses hôtes, le président de la Chambre n’a pas peur pour le gouvernement, mais plutôt de ce dernier et de la possibilité que chaque ministre au sein du cabinet se comporte comme s’il constituait lui-même un gouvernement indépendant.

Voilà des années que le Liban évolue hors du spectre constitutionnel et légal, sans aucun égard pour les organismes de contrôle et le système de reddition des comptes. Le nouveau gouvernement permettra-t-il un retour au respect de la règle de droit et à la prise de sanctions contre les contrevenants? Des sources proches du président de la République Michel Aoun soulignent la volonté de ce dernier de faire, lui aussi, appliquer la loi avec la plus grande fermeté et de redynamiser les institutions, afin de donner un sens à sa formule-clef « réforme et changement ». Le président de la Chambre brandit lui aussi le slogan de l’application de la loi et le président du Conseil Saad Hariri a initié un projet de redressement économique à travers la mise en place des résolutions de la conférence de Paris.


(Lire aussi : Le Hezbollah se pose en champion... mais sans embarrasser ses alliés)

Face à cette surprenante prise de conscience, des milieux politiques s’interrogent sur la possibilité d’appliquer la loi alors que les principaux protagonistes politiques sont en désaccord fondamental sur les principes de base, les constantes nationales et la perception de l’État. La définition et l’interprétation de concepts élémentaires comme la souveraineté et l’indépendance varient en fonction des différents camps politiques. Comment alors définir une unité sous le parapluie de la loi sans que le naturel ne revienne au galop avec les exclusives, les privilèges et les exceptions ? Les services publics seront-ils délivrés de la mainmise de certains partis politiques ? Assistera-t-on à la fin de l’immunité dont bénéficient certains en raison de leur toute-puissance ?

Selon Aïn el-Tiné, le chantier de la reddition des comptes commencera lundi prochain à la Chambre, avec la convocation par le président de la commission des Finances, le député Ibrahim Kanaan, des présidents de l’Inspection centrale et du Conseil de la fonction publique pour les écouter sur la question des recrutements au sein des institutions depuis 2017, en infraction de l’article 21 de la loi sur l’échelle des salaires, qui stipulait la fin de ce phénomène sous toutes ses formes, l’élaboration d’un recensement administratif sur les besoins en fonctionnaires de l’administration et la fin des recrutements à caractère électoraliste et clientéliste. Au terme de cette audition, M. Kanaan devrait convoquer les ministres et les directeurs généraux pour les interroger, avant d’élaborer, à l’issue de sa mission, un rapport pour le président de la Chambre. Ce dernier pourrait aussitôt convoquer le Parlement pour une séance plénière afin de prendre des décisions. Certains milieux politiques s’interrogent sur les sanctions qui pourraient tomber au cas où il s’avère que le contrevenant est un ministre par exemple. La Chambre mènera-t-elle son action jusqu’au bout, à l’image de la révolution blanche contre la corruption menée par les juges en Italie dans les années 70 ?


(Lire aussi : Débat de confiance au Parlement : réformes et corruption au centre des interventions)

Qu’en est-il du Hezbollah ? Selon une source proche des cercles souverainistes, le parti chiite se trouve en phase avec MM. Aoun, Hariri et Berry concernant la bataille contre la corruption. Il se veut même l’un des porte-étendards de la lutte contre le gaspillage. Les milieux du Hezbollah confirment que le parti suit de près le dossier et annonce d’ores et déjà que nul n’est à l’abri de sanctions. Pour la source souverainiste précitée, la position du Hezbollah est surprenante, à l’instar de sa volonté de retourner au bercail et aux dossiers intérieurs après ses équipées transfrontalières dans la région. Le parti chiite est en effet « de retour au Liban » pour s’occuper des affaires sociales et économiques et du quotidien de la population. Et pour cause : les dernières législatives ont été l’occasion pour lui de sentir un sentiment de désamour populaire à son égard pour cette raison. Il est donc temps pour lui de revenir à la charge pour consolider le front, quelque peu morcelé, du foyer révolutionnaire de la résistance. Rien n’empêche, note cette source souverainiste, de collaborer avec le Hezbollah dans la bataille commune contre la corruption, en dépit du fossé qui existe avec lui sur la question de la vocation du Liban et de ses options stratégiques. Au contraire, c’est précisément ce processus de libanisation qui est requis du parti chiite, pour qu’il se recentre sur le Liban, loin de l’agenda iranien.

Il reste à savoir si le Hezbollah acceptera d’être logé à la même enseigne que les autres et de purger aussi ses propres rangs de la corruption, sans égard pour le traitement de faveur dont il jouit aujourd’hui sur la scène politique intérieure à cause du déséquilibre patent entre lui et le reste des forces politiques en raison de son arsenal intouchable.


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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

ATTENDONS VOIR COMMENT LA CORRUPTION VA SE CONDAMNER ELLE-MEME...

Yves Prevost

"Les responsables politiques au défi de la lutte contre la corruption". S'ils veulent vraiment être sérieux, il est probable que les 3/4 des députés et ministres seraient contraints à démissionner!

NAUFAL SORAYA

Si on y arrive, cela relèvera du véritable miracle... En attendant, on sourit... aux anges ou aux démons, on verra bien...

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