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Massimiliano Bugliosi, l’amour qui donne des ailes

Papilles
22/02/2019

Parce que l’Italie n’est pas uniquement faite de pizzas et de pâtes, mais de saveurs, de parfums et tout un terroir, Massimiliano Bugliosi a ouvert un petit restaurant à Naccache où il sert les plats qu’il avait l’habitude de manger à la maison et qui lui rappellent son pays.

Depuis son arrivée au Liban en 2008, Massimiliano Bugliosi a exercé son talent au Da Giovanni, au Eatalian, chez Casper & Gambini, au Mondo de l’hôtel Phoenicia et au Margarita. Dans son élégant restaurant baptisé Via Roma, qu’il présente également comme une boulangerie et une pâtisserie, il réalise enfin son rêve. Ici, il pétrit ses pains, ses croissants et d’autres produits à base de farine confectionnés avec du levain vieux de 25 ans, en provenance des cuisines de la famille en Italie, de sa petite ville d’Ariccia, au sud-est de Rome. Il utilise la semoule dure pour douze genres de pâtes fraîches qu’il vend crues, au kilo, ou encore à déguster sur place. Le vin servi est celui des coteaux aux alentours d’Ariccia, et il est fabriqué par son cousin germain.

Massimiliano Bugliosi a également opté pour une tradition romaine dans son service de pizzas disponibles en petites tranches, mais également en forme de rectangles de 50 centimètres ou d’un mètre de largeur, tout comme dans certains lieux à Rome. Il propose une panoplie de sauces, mais celle de la maison est préparée par sa mère tous les dimanches en Italie depuis sa plus tendre enfance : c’est un mélange de viandes de bœuf et de porc avec de la sauce tomate, des oignons et de l’origan.

Pour lui, la cuisine est avant tout une affaire de passion et de partage. « Je ne peux pas cuisiner quand je suis triste, j’aime les tables qui comptent plusieurs convives, et les repas qui respirent le bonheur », confie l’Italiano, dont le rêve est devenu possible grâce au soutien financier de son partenaire Paul Mansour et de son épouse Marie-Claire el-Khoury.


Romantisme

L’histoire d’amour de Massimiliano et de Marie-Claire, mariés depuis 18 ans, fait rêver et donne des ailes aux plus sceptiques. Ils se sont rencontrés lors des Journées mondiales de la jeunesse catholique célébrées à Rome durant le jubilé de l’an 2000 par le pape Jean-Paul II. « J’étais chauffeur de bus. Je faisais des voyages en Europe destinés aux touristes. J’avais présenté ma démission et je faisais ce dernier voyage car il avait Notre-Dame de Lourdes pour destination et je voulais m’y rendre également en pèlerinage. Marie-Claire était une passagère du bus. Elle était venue avec sa paroisse de Dahr el-Sawane (Metn) et venait d’arriver de Medjugorje (en Bosnie). J’ai récupéré le groupe à Ancône et nous sommes remontés jusqu’à Venise, Padoue, Lourdes et redescendus jusqu’au Vatican. C’était le coup de foudre. Comme elle était mal installée à Rome avec ses amis, j’ai proposé de les accueillir à Ariccia, dans la maison de ma tante qui était vide, et de les accompagner tous les jours à Rome », se souvient-il.

Après le départ de Marie-Claire au Liban, Massimiliano achète un ordinateur, commence à chatter avec elle sur Yahoo, envoie des fleurs à Dahr el-Sawane grâce à une compagnie internationale… C’était un autre temps, où WhatsApp et Facebook n’existaient pas. Et un mois plus tard, il vient au Liban pour y passer dix jours. « Je n’oublierai jamais mon sentiment à l’aéroport de Malpensa à Milan. C’était un saut dans l’inconnu », confie-t-il. Il y retourne à nouveau pour les vacances de Noël, avec sa mère cette fois-ci, et se fiance en attendant le mariage fixé au cours du même été. Il construit une maison dans son village en un temps record et change de métier. « Le père de Marie-Claire m’avait dit qu’il ne permettrait pas à sa fille de se marier si je n’avais pas de maison. Je me suis tourné vers la cuisine parce que je m’étais dit qu’on ne sait jamais, que peut-être un jour je viendrais m’installer au Liban », explique-t-il.

C’est ainsi qu’il décide de devenir chef. Une fois à la tâche, il gravit très vite les échelons, travaillant dans des restaurants à Castel Gondolfo et en Lombardie, dans une chaîne alimentaire à Rome, multipliant les formations avec les meilleurs chefs italiens, spécialisés notamment dans la confection de pizzas. Et puis, lorsque son beau-père tombe malade en 2008, la famille décide de rentrer au Liban. Le chef trouve un emploi au restaurant Da Giovanni. « Nous habitions Dahr el-Sawane et je n’avais pas de voiture. Je prenais trois taxis-services à l’aller, trois au retour… Puis j’ai eu un contrat chez Eatalian. Nous avons fermé notre maison en Italie et nous nous sommes installés au Liban », raconte-t-il. Le couple, qui a trois enfants, Emmanuele, 16 ans, Yasmine, 13 ans, et Angela, 9 ans, vit depuis à Baabdate.

Massimiliano Bugliosi est souvent choisi par l’ambassade d’Italie pour ses réceptions. Il montre fièrement sa photo prise à l’aéroport de Beyrouth il y a une dizaine de jours avec le Premier ministre italien Guiseppe Conte. « Il m’a dit que Beyrouth est le dernier endroit où il aurait pensé manger des ciambelline al vino, des biscuits au vin propres à la petite ville d’Ariccia et que l’on déguste à la fin du repas en les trempant dans des coupes de vin », explique-t-il.

Ce qui lui manque le plus ? « Les grands marchés où l’on vend des produits alimentaires, la texture d’une buffala toute fraîche, le parfum de la mortadelle, et l’odeur du four à bois de mon village », dit-il, le visage pourtant rayonnant.


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