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Droits des LGBT au Liban : plainte de HRW auprès de l'ONU

répression

Les forces de sécurité libanaises dans le viseur de l'organisation. 


OLJ
12/02/2019

L'organisation Human Rights Watch (HRW) a annoncé avoir adressé une plainte aux responsables des Nations unies "suite à des tentatives infructueuses de rencontrer des responsables de la Direction générale de la Sûreté générale (SG) au sujet de récentes interventions des forces de sécurité qui ont eu pour effet de remettre en cause les droits des minorités sexuelles et des défenseurs des droits humains au Liban". 

"Les forces de sécurité libanaises ont à plusieurs reprises perturbé des événements sociaux concernant les droits humains relatifs à la sexualité et à l'identité de genre, en violation des protections garanties par le droit international", accuse l'organisation dans un communiqué publié lundi.
"Le Liban ne peut se dérober à son obligation de ne pas instaurer de discriminations et de protéger ces droits fondamentaux en invoquant des normes de moralité mal définies", indique Lama Fakih, directrice adjointe de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch. 

La plainte a été soumise aux rapporteurs spéciaux de l'ONU sur le droit de réunion pacifique et la liberté d'association, et sur les défenseurs des droits humains, ainsi qu'à l'expert indépendant de l'ONU sur la protection contre la violence et la discrimination fondées sur l’orientation sexuelle et l’identité de genre.

HRW a exhorté les responsables onusiens à insister auprès du gouvernement libanais pour qu'il fasse rendre des comptes à ses forces de sécurité pour leurs violations du droit international et qu'il s'abstienne d'invoquer des motifs injustifiés, tels que de vagues revendications de "moralité", pour remettre en cause les droits des minorités sexuelles.

L'organisation cite à titre d'exemple le fait que la SG ait tenté, le 29 septembre 2018, "de fermer la conférence annuelle NEDWA de la Fondation arabe pour les libertés et l'égalité, qui travaille à l'avancement des droits des personnes lesbiennes, gays, bisexuelles et transgenres (LGBT) et d'autres droits humains".

Les agents de la SG ont aussi relevé les informations concernant tous les participants à la conférence dans le registre de l'hôtel où celle-ci se déroulait, y compris de participants en provenance de pays comme l'Égypte et l'Irak, indique HRW. Depuis la tenue de la conférence NEDWA, la Fondation arabe a affirmé que la SG avait empêché au moins trois personnes qui y avaient participé de revenir au Liban, sans la moindre explication.

"Préoccupé du fait que ces mesures restreignent davantage l'espace laissé à la liberté d'expression et de réunion au Liban, HRW a demandé aux responsables de l'ONU d'exhorter le gouvernement libanais à lever ces interdictions de séjour si elles sont effectivement liées à la participation des activistes à la conférence NEDWA", indique l'organisation.



(Lire aussi : Malgré les pressions islamistes et conservatrices, l’émission « Ana Heyk » donne la parole à des lesbiennes)



Selon HRW, l'ingérence de la SG a fait suite à des déclarations publiques de l'Association des ulémas musulmans dans lesquelles ceux-ci accusaient les organisateurs de promouvoir l'homosexualité et l'abus de drogue. L'association a appelé à l'arrestation des organisateurs et à l'annulation de la conférence pour "incitation à l'immoralité".

Le 25 octobre, HRW avait envoyé une lettre au directeur général de la SG, Abbas Ibrahim, exprimant ses inquiétudes et demandant des clarifications. Le général Ibrahim a répondu un mois plus tard, invoquant l’exception de "moralité publique" figurant à l'article 21 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP) concernant le droit de réunion pacifique. Il a affirmé que cet article stipulait qu'un événement devait "être conforme aux critères moraux de toute société" et a soutenu que "le thème de la conférence demeurait controversé dans la culture libanaise". 



(Lire aussi : Une soirée « gay friendly » interdite à Mar Mikhaël)



Le Comité des droits de l'homme de l'ONU, qui interprète le Pacte, a fait savoir clairement qu'il est interdit de fonder des discriminations sur l'orientation sexuelle dans la défense de n'importe lequel des droits garantis par le traité, y compris les droits aux libertés de réunion, d'association et d'expression, souligne toutefois HRW.

Le 17 décembre, HRW a adressé une nouvelle lettre au général Ibrahim, sollicitant une entrevue formelle pour discuter de ces développements. Il a décliné cette demande.


Citant un autre exemple, l'Association des ulémas musulmans a également porté plainte contre le programme de prévention contre le virus du sida de la Fondation arabe, affirmant qu'il équivaut à promouvoir la débauche. Les Forces de sécurité intérieure, réagissant à la plainte, ont convoqué le directeur de la fondation, Georges Azzi, pour interrogatoire en décembre, poursuit HRW.

Et en mai, les FSI ont arrêté un activiste et fait pression sur lui pour qu'il annule des événements associés à la Beirut Pride, dont une lecture de poésies, une soirée karaoké, une discussion sur la santé sexuelle et le VIH, et un atelier d'initiation au droit.


En conclusion, l'organisation "exhorte également les pays qui fournissent de l'aide aux forces de sécurité libanaises, notamment à la SG, à insister auprès d'elles pour qu'elles s'acquittent de leurs obligations au regard du droit international et à s'assurer que ce financement n'équivaut pas à un investissement dans la violation des droits d'activistes des droits humains au Liban". "Les efforts visant à étouffer le plaidoyer et interdire les manifestations culturelles au nom de la moralité publique sont injustifiés et indéfendables, dénonce Lama Fakih. Il n'y a rien d'éthique dans le fait de faire obstacle au plaidoyer en faveur de l'équité."




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