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Débat de confiance au Parlement : la corruption au cœur des interventions

Liban Les députés débattent du contenu de la déclaration ministérielle du nouveau gouvernement. Le vote de la confiance semble acquis.
OLJ
12/02/2019

Le Parlement libanais était réuni mardi pour une séance de débat qui s'étalera sur au moins deux jours et à l'issue de laquelle sera votée la confiance au nouveau gouvernement baptisé "Au Travail !" en raison des nombreuses réformes, notamment économiques, auxquelles il devra s'attaquer. Ces réformes sont inscrites dans la déclaration ministérielle, approuvée vendredi dernier par le gouvernement, et dont le Premier ministre Saad Hariri a donné lecture en début de séance. Le vote de la confiance par la majorité des députés semble acquis.

Le texte introduit notamment le nouveau cabinet comme étant "un gouvernement qui va s’attaquer aux causes des failles administratives, à la corruption financière et à l’évasion fiscale". Il engage la nouvelle équipe ministérielle à "l’application rapide et efficace d’un programme économique de réforme, d’investissement, de service et social qui se base sur la vision du gouvernement libanais présenté à la conférence de Paris et sur les recommandations du Conseil économique et social". Au cours de la réunion d'avril 2018 à Paris (intitulée la CEDRE), la communauté internationale s'était engagée à fournir des aides au Liban, à hauteur de 11 milliards de dollars, en échange de la mise en œuvre de réformes structurelles. 

Après une minute de silence en hommage aux anciens députés Edgar Maalouf, décédé fin décembre, et Robert Ghanem, décédé dimanche, et la lecture de la déclaration, plusieurs députés ont pris la parole, afin de débattre du contenu de la déclaration ministérielle. Plusieurs dossiers ont été évoqués, notamment celui de la corruption qui était au cœur de la plupart des interventions.



(Lire aussi : Des Libanais manifestent à Beyrouth : "Pas de confiance au nouveau gouvernement")




Voici les principales interventions lors de la première journée de débat :


- L'ancien Premier ministre et député de Beyrouth II Tammam Salam (allié à Saad Hariri) a dénoncé le "chaos politique et constitutionnel", accusant "la tendance à créer des gouvernements de coalition" regroupant toutes les parties politiques de "porter atteinte à la démocratie et au régime parlementaire". M. Salam a appelé à garder la résolution de la crise des réfugiés syriens à l'écart de toute division politique interne et à ne pas "l'utiliser comme une arme de provocation confessionnelle et raciste". Tammam Salam a accordé sa confiance au gouvernement. 

- Le député du Liban-Sud III Hassan Fadlallah (Hezbollah) a dénoncé la corruption et les dépenses de certaines institutions nationales, appelant à combattre la corruption dans les plus hautes sphères. "Si certains documents étaient dévoilés, de hauts responsables finiraient en prison", a-t-il lancé. Il a reproché aux responsables de refuser les aides proposées par l'Iran, notamment en ce qui concerne l'approvisionnement en électricité "qui serait de meilleure qualité et à moindre prix", et appelé à réduire les dépenses de l'Etat, notamment dans le secteur de l'Electricité et le secteur public.  

- Le député du Liban-Nord III Michel Mouawad (allié avec le CPL) a appelé le chef de l'Etat, Michel Aoun, à proposer sans tarder la stratégie de défense, "afin de trouver une solution à ce dossier polémique". "Depuis le 7 mai 2008 et l'accord de Doha (qui a mis un terme au conflit de 2008 entre le Hezbollah et le courant du Futur, NDLR), beaucoup de gens estiment que nous sommes entrés dans +l'ère politique chiite+ et il est impossible de construire un Etat ou d'atteindre la stabilité au Liban avec cette logique". "Comment peut-on inclure la distanciation dans la déclaration ministérielle alors que dans un discours, le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, affirme que si l'Iran entre en guerre, le Hezbollah ne restera pas les bras croisés ?", a-t-il lancé. M. Mouawad a accordé sa confiance au gouvernement.  Réagissant aux propos de Michel Mouawad, le député Ali Ammar (Hezbollah) a souligné que le parti chiite "fait partie de l'Etat, que cela vous plaise ou pas".

- La députée du Liban-Nord III Sethrida Geagea (Forces libanaises) a appelé le nouveau gouvernement à "mettre un terme à la corruption et au favoritisme et à respecter le principe de transparence" afin de "rétablir la confiance" entre le peuple et les responsables. Elle a appelé au respect de la distanciation des axes et conflits régionaux.

- La députée du Liban-Sud II Inaya Ezzeddine (mouvement Amal) a regretté que la déclaration ministérielle ne contienne pas de "vision globale" pour la transition numérique dans les institutions nationales et la cybersécurité. Elle a appelé à l'application de l'accord de Taëf (qui avait mis fin à la guerre civile libanaise, 1975-1990) et surtout la suppression du régime confessionnel.

- Le député de Tripoli Fayçal Karamé (allié au Hezbollah) a estimé que "la démocratie consensuelle est devenue l'alternative à la discorde et à la guerre et a en même temps grandement facilité la corruption". "Arrêtez de nous faire un chantage à ce niveau", a-t-il lancé. "La corruption est une création locale. Elle ne vient pas du néant. Ceux qui faisaient partie du précédent gouvernement sont impliqués dans la corruption ou ont tu des faits de corruption", a-t-il enfin accusé.

- Jamil Sayyed, député de Baalbeck (prosyrien) a fait savoir qu'il n'accordera pas sa confiance au gouvernement. "Si je trouve que d'ici une certaine période le cabinet a changé son approche par rapport aux pratiques passées, nous lui accorderons la confiance du peuple à travers les médias", a-t-il affirmé. Saad Hariri n'était pas présent lors de l'allocution de Jamil Sayyed, avec qui il est à couteaux tirés. "J'aurai souhaité que le Premier ministre soit présent et écoute (l'allocution) car c'est lui qui demande la confiance pour son gouvernement", a lancé Jamil Sayyed. Toutefois, le Premier ministre est revenu dans la salle alors que M. Sayyed poursuivait son discours. "Le Premier ministre caché est réapparu", lui a lancé Saad Hariri.

Une polémique a ensuite opposé M. Sayyed au ministre des Finances, Ali Hassan Khalil, qui est membre du mouvement Amal du président Berry. Dans son discours, le député a affirmé que le ministère des Finances du gouvernement sortant a emprunté 600 milliards de livres libanaises à la Caisse nationale de la Sécurité sociale, qui détient au total 11 000 milliards de livres libanaises, et ce pour payer les salaires de fonctionnaires. M. Khalil a tout de suite réfuté les allégations du député : "Ces propos sont faux et dangereux", a-t-il lancé. "Vous nous avez dit que les réserves du budget étaient vides alors qu'elles contenaient 600 milliards de livres libanaises", lui a répondu Jamil Sayyed. "Ces propos sont inexacts", lui a rétorqué Ali Hassan Khalil. "Payez le blé et nous vous en serons reconnaissants. Les agriculteurs sont plus honnêtes que l’État", lui a répondu le député, qui avait appelé le gouvernement a soutenir les agriculteurs.

- Oussama Saad, député de Saïda (Organisation populaire nassérienne), a fait savoir qu'il n'accordera pas sa confiance au gouvernement. "Neuf mois de conflits autour du partage des parts et finalement une déclaration ministérielle rédigée en un clin d’œil", a ironisé le député. "Il n'y a aucune différence entre cette déclaration et la précédente, à l'exception de propos sur des réformes qui n'auront jamais lieu", a-t-il ajouté. "Le pire, dans votre déclaration, c'est que vous êtes les responsables de la crise et vous prétendez vouloir instaurer les réformes. Vos débuts ne présagent rien de bon. Pourquoi alors vous accorder la confiance?", a demandé Oussama Saad en s'adressant au gouvernement Hariri. "Pas de confiance à un gouvernement qui a rendu la vie misérable aux Libanais durant neuf mois (...)", a-t-il conclu.


Peu après 21h, le président Berry a levé la séance jusqu'à demain à partir de 11h. Au total, 15 députés se sont exprimés aujourd'hui. 


Lire aussi
Gouvernement : les réformes économiques au cœur de la déclaration ministérielle

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Wlek Sanferlou

Ouf, enfin un parlement clean et solidement uni contre La corruption. Tous lavés plus blanc que la neige comme si lavés avec YES de abou Fouad.
Alors corruption terminée. Bon, passons au point suivant, comment se partager 11 milliards you ess et quelques gouttes de pétrole?... No rush, on a quand même plus de 3 ans pour s'entendre...

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

SUR QUELS BANCS ETAIT ASSISE LA CORRUPTION ?

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LE MOINS ET LE MIEUX QU,ILS PUISSENT FAIRE !

ACQUIS À QUI

On l'a finalement eu notre NOUVEAU LIBAN . YESSSSSSSS.....

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