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Économie

Réformes structurelles, dette... Le nouveau gouvernement attendu au tournant

Conjoncture Un rapport évoque la possibilité d’une croissance à 2,5 % en 2019.
07/02/2019

Formé il y a une semaine au terme de plus de huit mois de blocage, le gouvernement Hariri III est attendu au tournant par les soutiens du pays, ses créanciers ainsi que les différents acteurs de son économie, qui réclament des réformes visant notamment à doper la croissance et maîtriser la dette publique.

Un défi que le département de recherche économique de Bank Audi considère être à la portée des dirigeants libanais, et qui pourrait permettre au pays du Cèdre d’afficher un PIB en hausse de 2,5 %, contre un maximum de 1,5 % en 2018, selon les estimations les plus optimistes.

Dans son dernier rapport trimestriel sur l’économie libanaise, la banque affirme s’attendre à ce que l’État lance les réformes « structurelles et budgétaires » que le pays s’est engagé à mettre en œuvre lors de la conférence de Paris (CEDRE) en avril dernier, ce qui conduira au déblocage progressif des plus de 11 milliards de dollars d’aides, en prêts et dons promis en échange par ses soutiens.


(Lire aussi : Le Liban sollicite des « pays amis » pour financer sa dette)


Investissements publics

Cette enveloppe doit permettre de financer la première des trois phases du plan national de réhabilitation et de modernisation des infrastructures du pays (Capital Investment Program, CIP) préparé par le gouvernement. Le plus gros chantier concerne le secteur de l’électricité, dont la production est insuffisante et coûteuse en subventions. Ces dernières représentent en effet 4 % du PIB, a précisé mardi le conseiller spécial du Premier ministre Saad Hariri, Nadim el-Mounla, dans un entretien livré à Bloomberg (voir par ailleurs).

La suppression de ces subventions – qui se traduira par une hausse des tarifs pratiqués par Électricité du Liban, appliquée parallèlement à une augmentation de la production de courant via la construction de nouvelles centrales – doit permettre aux dirigeants de réduire le déficit public d’un point de PIB par an en cinq ans, conformément aux engagements du pays. Le déblocage de l’enveloppe de CEDRE augmentera « de 24 % » le niveau des investissements publics, dont le niveau actuel est qualifié de « faible » par le département de recherche de Bank Audi. Le rapport reste cependant plus prudent concernant les investissements privés, qui devraient rester limités jusqu’à ce que l’amélioration des conjonctures politique et économique soit certaine.

Parmi les autres vecteurs qui favoriseront la croissance en 2019, le rapport cite la hausse de la consommation du secteur privé (+6,5 %) ; des transferts financiers vers le Liban (+ 8 %) ; ou encore des exportations (+14 %) suite à la réouverture il y a quatre mois du poste-frontière syro-jordanien de Nassib. Fermé depuis 2015 en marge du conflit syrien, ce point de passage est l’accès principal des exportateurs libanais vers les marchés du Golfe.


(Lire aussi : Nouveau gouvernement : le cahier de doléances des représentants du secteur privé)


Vulnérable

Le département de recherche de Bank Audi n’est pas le seul à s’être récemment interrogé sur l’impact du lancement des réformes sur la croissance du pays. Vendredi dernier, l’Institut de la finance internationale (IFI), qui rassemble plus de 450 institutions financières à travers le monde, s’est également prêté à l’exercice dans un rapport d’une dizaine de pages, dans lequel il émet deux scénarios.

Dans le premier, l’IFI suppose que le gouvernement lance l’ensemble des réformes sur lesquelles il s’était engagé lors de la conférence de Paris et obtienne le déblocage des aides. S’il y parvient, le pays pourra alors, selon l’organisation, enregistrer 2 % de croissance en 2019 pour ensuite grimper jusqu’à 5 % annuel d’ici à 2023, tandis que son déficit public passera de 8,1 % à 4,3 % du PIB sur la même période, entre autres effets positifs, dont la réduction du ratio dette/PIB et l’augmentation des réserves en devises de la Banque du Liban.

Le second scénario considère la possibilité que le gouvernement ne puisse lancer qu’une partie des réformes attendues dans l’immédiat. Dans ce cas, l’IFI table sur une croissance plafonnée à 3 % d’ici à 2023, avec un ratio dette/PIB équivalent à son niveau actuel (150 % environ). L’organisation prévient en outre que le pays restera en outre très vulnérable aux chocs de confiance, à l’image de celui lié à l’épisode de la démission avortée de Saad Hariri en novembre 2017 depuis Riyad, en plein contexte de tensions entre l’Arabie saoudite et l’Iran.


(Lire aussi : Situation financière au Liban : quelques clés pour comprendre la fébrilité actuelle)


Attentisme

S’il est encore tôt pour pouvoir garantir que ces projections pourront se confirmer d’ici à la fin de l’année, le gouvernement semble de son côté disposé à se mettre rapidement au travail, à en juger par le contenu de la déclaration ministérielle finalisée hier par la commission chargée de la rédiger et qui fait référence à des réformes « difficiles et douloureuses » (voir page 2). Le texte, qui définit en principe les grandes orientations du nouvel exécutif, doit être approuvé aujourd’hui par le Conseil des ministres, puis par le Parlement la semaine prochaine. Outre la réduction du déficit public, le texte mentionne également la « stabilisation » de la livre (qui est arrimée au dollar depuis 1997), la « restructuration du secteur public » ou encore l’organisation du deuxième round d’attribution des licences d’exploration et de production d’hydrocarbures offshore du Liban avant la fin de l’année. Le ministre des Finances Ali Hassan Khalil et celui de l’Information Jamal Jarrah ont cependant précisé qu’aucune hausse des taxes n’était prévue.

Toujours est-il que la détermination affichée du nouvel exécutif ne devrait pas suffire à convaincre certains observateurs. Moody’s, l’une des trois principales agences de notation financière américaine avec Fitch et Standard & Poor’s (S&P), ne devrait par exemple pas réévaluer la note souveraine du Liban avant plusieurs mois. L’agence a en effet déclassé en janvier les obligations libanaises, les faisant passer de « B3 » avec perspective « négative » à « Caa1 » et « stable » pour sanctionner l’aggravation du risque que la paralysie politique faisait peser sur la solvabilité du pays. Fitch, qui a réagi pour la dernière fois en décembre, en maintenant la note du pays à « B- » (l’équivalent du B3 de Moody’s) tout en dégradant la perspective du pays de « stable » à « négative », n’a pas encore réagi à la formation du gouvernement, tandis que S&P n’a plus modifié son évaluation depuis 2016 ( « B- », « stable » ).

Un attentisme probablement partagé par le directeur régional de la Banque mondiale pour le Machrek, Saroj Kumar Jha, qui a rencontré hier le ministre des Finances, afin de discuter de l’agenda des réformes à venir. L’organisation de Bretton Woods a prévenu à plusieurs reprises depuis avril dernier que le Liban risquait de perdre les 4 milliards qu’elle prévoit de lui prêter dans le cadre de la conférence de Paris s’il ne respectait pas ses engagements.


Lire aussi

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Pour mémoire

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MALGRE TOUT L,ESPOIR EMBELLIT LES COEURS DES GENS. ALLEZ, BON COURAGE ET DE L,AVANT ! POUR QUE VIVE LE LIBAN !

gaby sioufi

MAIS PARDIEU, COMMENT CROIRE A QUOI QUE CE SOIT ENCORE,LORSQU'A CETTE DATE,PERSONNE N'ARRIVE A COMPATBILISER LE NOMBRE DE FONCTIONNAIRES DE L'ETAT !

PIRE, CETTE FAMEUSE LOI ( ECHELLE DES SALAIRES) ,AVAIT ETE UN CHAPITRE ESSENTIEL SUR LEQUEL A ETE ELABORE LE BUDGET 2018.

ET ON CONTINUE A LAISSER ESPERER , EN QUOI CETTE FOIS-CI ?
EN DES REFORMES STRUCTURELLES ?

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