40 ans après la révolution, la jeunesse iranienne attend des changements

Une manifestante dans la fumée des gaz lacrymogènes à l’université de Téhéran le 30 décembre. Photo AFP

Reportage

Les jeunes qui n’ont connu que la théocratie espèrent des réformes.

12/02/2019

Il y a peu de décorations cette année dans les rues de la capitale. Sur la place de la Révolution, seuls les nombreux drapeaux tricolores de la République islamique rappellent l’anniversaire de la révolution qui a fait tomber, il y a 40 ans, le régime monarchique du chah.

Et pour cause : à Téhéran, c’est la question de la crise économique qui est sur toutes les lèvres. « Le prix de la viande est passé de 3 à 9 euros en peu de temps », s’indignent les Iraniens. Si le gouvernement a réussi à stabiliser la monnaie (137 000 rials valent 1 euro), l’inflation et le chômage font de l’ombre aux commémorations du 11 février, alors que l’Iran est frappé par de lourdes sanctions américaines.

Dans un pays où 70 % de la population a moins de 35 ans, la révolution semble bien loin. Alors qu’elle n’a connu que la théocratie, une partie de la jeunesse espère des réformes et se voit aujourd’hui parfois contrainte d’émigrer. « Près de 90 % de nos jeunes sont inutiles à la société : ils ne servent à rien, ne savent pas ce qu’ils veulent, n’ont pas de motivation et sont sans espoir pour l’avenir », décrit Parastu*, 21 ans. « Les personnes utiles à la société sont toutes parties ces 40 dernières années. L’émigration des personnes éduquées est le pire coup porté à l’Iran », déplore-t-elle.

La jeune fille a voté deux fois depuis ses 18 ans, une première fois pour les élections du Parlement en février 2016 et une seconde en 2017, lors de l’élection présidentielle. Elle exprime sa déception : « On m’a trompée ! Pendant les élections, les affiches parlaient de “progrès et résistance” mais on ne voit ça nulle part! » s’emporte-t-elle. Elle et ses amis l’affirment, ils n’ont plus confiance en leurs politiques. La jeunesse est pourtant un enjeu important pour les autorités.


(Lire aussi : Comment l’Iran est devenu l’ennemi du monde arabe)



« On ne peut pas être authentique »

Ali a la vingtaine, il est conducteur de taxi. Comme beaucoup de jeunes, il n’a pas trouvé de travail dans son domaine d’études – l’informatique. Il propose donc ses services en moto, dans la capitale surpeuplée. Selon lui, il n’y a que deux solutions à la situation actuelle : « Soit il faut partir à l’étranger, soit il faut essayer de construire quelque chose. » Vali, 34 ans, a choisi la seconde option. Le jeune homme travaille dans le bâtiment et subit la crise économique au quotidien, mais il refuse d’abandonner « Si nous renonçons à nous battre et à travailler, c’est la société toute entière qui ne fonctionnera plus ! » s’exclame-t-il, résilient.

Certains jeunes vont critiquer jusqu’au fonctionnement de toute une société. Mina regrette surtout que le système en place pousse les gens à changer sans cesse de personnalité. « Que l’on soit religieux ou pas, on doit partout prétendre être ce qu’on n’est pas. À l’école, pour avoir une bonne note, ou l’attention des professeurs, à la maison auprès de nos parents ou de notre mari, on ne peut pas être authentique. On ment tous de manière naturelle. On a une double personnalité », avoue la jeune fille.

Moones pense qu’il est temps que cela change : « Je crois que dans l’histoire, il y a des cycles et que parfois il faut que ça explose. Nous en sommes là. Mais il faut que cela vienne des gens. » Pour elle, ce qui retient les Iraniens c’est d’une part la crise économique et de l’autre le manque « d’alternative viable ». Fahrad, lui, n’y croit pas. Il ne souhaite pas suivre la même voie que celle de ses parents. « Moi, ce que je veux ce sont des réformes », affirme le jeune homme de 35 ans.Tous les jeunes rencontrés par L’Orient-Le Jour ne partagent toutefois pas cette vision de leur pays. En Iran, le clivage entre les jeunes avides de changement et les autres, plus conservateurs, est important. Ainsi, pour ces derniers, remettre en question les valeurs de la révolution en raison des pressions financières est une erreur. Nafisseh, par exemple, voit dans la mise en avant incessante des problèmes économiques du pays la preuve que tout le reste du système fonctionne. Farideh, tchador noire sur la tête, refuse également de faire le procès de la République islamique : « Notre leader (l’imam Khomeyni) comptait déjà sur les jeunes à l’époque de la révolution. Et aujourd’hui encore, les autorités ont beaucoup de respect pour les jeunes et pensent beaucoup à notre talent et à comment l’utiliser », affirme-t-elle, avant de jeter la faute sur ceux qui critiquent la République islamique. « Ce qui fait la différence, c’est notre propre motivation. Au lieu de chercher des postes dans le public, les jeunes devraient chercher à créer des choses par eux-mêmes, à fonder des sociétés privées ! » soutient-elle. Enfin, pour son amie, étudiante en théologie à Téhéran, « si certains jeunes critiquent le système, c’est dû à leur ignorance », conclut-elle. Pour elle, c’est certain, l’avenir de son pays sera encore meilleur dans le futur.

* Tous les prénoms ont été modifiés.




Dans notre dossier à l'occasion des 40 ans de la révolution iranienne 

Khomeyni : l’opposant, le guide et le despote

Les prémices libanaises de la naissance du Hezbollah

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L’azuréen

« Si certains jeunes critiquent notre système, c’est dû à leur ignorance «  ....lol ...c’est vrai que la liberté c’est pas grand chose ! Malheureux ça fait de la peine . Rien d’étonnant que les prénoms aient été modifiés !

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

ILS VONT ATTENDRE TRES LONGTEMPS ENCORE LES PAUVRES IRANIENS !

AIGLEPERçANT

C'est le propre de toutes les jeunesses du MONDE d'attendre des changements.

Demandez leur.