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Liban

Sommet arabe : pour Bassil, l’émir du Qatar a permis de « lever l’embargo »

Diplomatie

Le secrétaire général de la Ligue arabe s’est dit « attristé » de l’absence de la délégation libyenne, regrettant que le litige entre les responsables chiites libanais et Tripoli « ait atteint ce point ».

21/01/2019

Le 4e sommet économique de la Ligue arabe, qui s’est tenu hier à Beyrouth, a été l’occasion pour les uns et les autres de faire passer plusieurs messages politiques. Le premier message aura été celui porté par l’absence de la quasi-totalité des chefs d’État arabes, suivi par l’annonce-surprise de la participation à la dernière minute de l’émir du Qatar, cheikh Tamim ben Hamad al-Thani. La crise des réfugiés syriens et les problèmes endurés par les pays d’accueil ainsi que le dossier palestinien ont en outre été au menu des discussions, le Liban ayant insisté sur la nécessité d’un retour « sécurisé » des réfugiés.

La rencontre a sans doute constitué l’un des sommets de la Ligue arabe à avoir eu le niveau de représentation le plus faible, suite à la débandade progressive des chefs d’État. Un désistement qui est interprété comme une volonté des pays du Golfe d’adresser un message au Liban, ce dernier étant selon eux bien empêtré dans l’axe syro-iranien. Une prise de position qui intervient après les pressions exercées par le président du Parlement Nabih Berry, et les agissements dans la rue de certains partisans du mouvement Amal en contestation à la participation de la Libye, à laquelle Amal reproche d’être responsable de la disparition de son fondateur, l’imam Moussa Sadr, en 1978. Sans oublier les demandes répétées du Liban ces derniers jours concernant la réintégration de la Syrie au sein de la Ligue arabe.

C’est dans ce cadre que s’inscrit le coup de théâtre samedi de l’émir du Qatar qui a annoncé sa participation, moins de 24h avant la tenue du sommet. Il a été l’un des deux chefs d’État à se rendre au sommet, aux côtés du président mauritanien. Une occasion pour lui de sortir son pays de l’isolement imposé par les pays du Golfe, avec lesquels le Qatar est en froid depuis 19 mois, après avoir été accusé de financer des mouvements islamistes radicaux.

« Ma décision de prendre part au sommet était naturelle, partant du souci d’un travail arabe commun. Ce sommet a montré à quel point nous avons besoin de renforcer ce travail commun face aux crises et aux défis auxquels nous faisons face », a expliqué cheikh Tamim ben Hamad al-Thani sur son compte Twitter hier.

Le ministre sortant des Affaires étrangères, Gebran Bassil, a salué la participation éclair de l’émir qatari, ce dernier étant parti avant la fin de la séance inaugurale. « Je remercie l’émir du Qatar qui a brisé l’embargo frappant son pays après un voyage de cinq heures pour arriver au Liban. Je le remercie aussi pour son initiative politique qui a permis de lever l’embargo sur le sommet », a déclaré M. Bassil lors d’une conférence de presse conjointe avec le secrétaire général de la Ligue arabe, Ahmad Aboul-Ghait, à l’issue du sommet.

Concernant l’absence de la Libye, Gebran Bassil a adouci le ton hier, après avoir déclaré vendredi qu’il « comprenait » pourquoi certains chefs d’État s’étaient désistés. « Ce qui s’est passé est désolant (les partisans d’Amal avaient brûlé un drapeau libyen), mais cela n’empêche pas que la direction libyenne a une responsabilité dans cette affaire. Elle se doit de faire la lumière sur le sort de l’imam Moussa Sadr », a-t-il dit.


(Lire aussi : Sommet arabe : l’Iran défend « sa » Syrie face à l’Arabie)


« Le Liban a payé le prix fort »
Fidèle à son discours habituel sur la crise des réfugiés syriens, le président de la République, Michel Aoun, a réitéré pour sa part son appel à un retour “sécurisé” des réfugiés qui ne soit pas tributaire d’une solution politique au conflit syrien. « Le Liban lance un appel à la communauté internationale afin qu’elle déploie tous les efforts possibles pour mettre en place les conditions nécessaires au retour sécurisé des déplacés syriens, en particulier dans les zones actuellement stables et accessibles ou dans les régions où la tension est faible. Ce retour ne doit pas être lié à une solution politique. Nous appelons à offrir aux réfugiés des incitations au retour afin qu’ils contribuent à reconstruire leur pays et à s’y installer », a dit M. Aoun lors de la séance inaugurale.

« Nous ne sommes pas ici pour discuter des causes de ces guerres (dans la région) ni pour débattre de ce qui les a provoquées ou instiguées, mais pour nous attaquer à leurs conséquences dévastatrices pour l’économie et la croissance de nos pays, nous ramenant loin en arrière », a lancé le président. « Le Liban a payé le prix fort, subissant depuis des années le fardeau le plus lourd au niveau régional et international de l’exode de nos frères syriens, tout comme celui des frères palestiniens, il y a soixante-dix ans, a-t-il poursuivi. Le nombre des réfugiés équivaut aujourd’hui à celui de la moitié de la population libanaise, alors que notre territoire est exigu, nos infrastructures inadéquates, nos ressources limitées et notre marché du travail surchargé. »

Michel Aoun a également évoqué l’occupation israélienne des territoires palestiniens et arabes « dans un mépris total des résolutions internationales ». « Cette occupation, qui persiste depuis soixante-dix-ans, a atteint aujourd’hui son paroxysme avec la judaïsation de Jérusalem, déclarée capitale d’Israël, au mépris des résolutions internationales », a dénoncé le président. Et de poursuivre : « J’ajoute à cela que les menaces israéliennes et les violations permanentes de la résolution 1701 constituent une pression continue sur le Liban. »

Commentant la faible participation des chefs d’État arabes à cet événement, M. Aoun a indiqué que « l’excuse de leur absence leur revient ».


(Lire aussi : Suicidaires, crétins et Libanais, l'édito de Ziyad MAKHOUL)


Libye, Palestine et Yémen...
Prenant la parole après le président, Ahmad Aboul-Ghait a souligné qu’il ne pouvait pas y avoir de stabilité dans la région « sans une croissance totale », appelant les pays arabes à « investir dans leur population ». « La région ne cesse de s’appauvrir », a déploré M. Aboul-Ghait, qui a fait état des nombreux défis auxquels doit faire face le monde arabe, évoquant les grands dossiers sur lesquels doit plancher la Ligue. Il a notamment souligné l’importance de lutter contre la violence et l’extrémisme, estimant que la meilleure façon d’y parvenir est de lutter contre l’appauvrissement des populations arabes. Il a aussi insisté sur l’importance d’assurer l’accès aux ressources informatiques et numériques dans l’ensemble de la région, où la moitié de la population n’a toujours pas accès à internet. Le secrétaire général a par ailleurs regretté que « quatre millions d’enfants syriens aient été déscolarisés depuis le début de la guerre », soulignant la nécessité d’œuvrer pour des solutions « aux crises humanitaires frappant la Somalie et le Yémen ». Il s’est en outre dit « attristé de l’absence d’une délégation libyenne au sommet » , regrettant que le litige entre les responsables chiites libanais, et notamment le président de la Chambre Nabih Berry, et la Libye « ait atteint ce point ».

Le Premier ministre palestinien, Rami Hamadallah, a de son côté condamné « toute normalisation avec Israël, qui ne peut avoir lieu tant que ne sont pas garantis les droits arabes », accusant Israël « d’empêcher l’établissement d’un État palestinien viable ». Il a demandé que les décisions prises lors du sommet assurent « des investissements arabes en Palestine », appelant à un renforcement du soutien apporté à la ville de Jérusalem « afin de soutenir la résilience de ses habitants et de ses institutions ». Il a enfin exhorté tous les pays à soutenir l’Unrwa (l’agence de l’ONU en charge des réfugiés palestiniens).

Le chef de la diplomatie bahreïnie, cheikh Khaled al-Khalifa, a exprimé l’espoir que le sommet « permettra de concrétiser les espoirs des pays arabes en ce qui concerne le développement et la prospérité, et de faire face aux défis ». Concernant la cause palestinienne, il a appelé les pays donateurs à contribuer aux fonds de l’Unrwa.

Le représentant du Yémen, le ministre de l’Industrie et du Commerce, Mohammad Abdel-Wahed el-Maytami, a invité les responsables arabes à faire de la situation dans son pays en guerre « la priorité du sommet ». « 12 millions de Yéménites sur 29 sont menacés par la famine », a-t-il déploré. Il a salué l’action de la coalition arabe, conduite par Riyad qui soutient le gouvernement dans le conflit, estimant que sans elle « la catastrophe au Yémen aurait atteint des proportions inédites et le pays serait sous influence iranienne ».


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Bery tus

l'efficacité de Khomeiny quand il était en France et d'avoir su mettre la revolution iranienne sous le joug des altermondialiste ou encore anticapitalisme donc de la gauche dans la comprehension occidentale du terme … mais les grands n'ont pas été dupe pendant longtemps quand ils ont vue que la revolution était réellement une revolution religieuse ils se sont retirer…. maintenant c'est les peuples qui y sont engouffrer jusqu'à la moelle …

Pierre Hadjigeorgiou

Tout ce que le sommet a démontré c'est l'isolement dans lequel baigne le Liban. Le seul soutient reçu sont ceux de deux pays sur la liste des pays terroristes. Est-ce vraiment l'image que le peuple Libanais veut avoir pour son pays? Ce pays qui autrefois était toujours le trait d'union entre les puissances régionale a fini par être lui aussi classé, sans le dire ou le clamer mais de facto, comme un suppôt de pays terroristes... Merci qui Hassouna?

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LA PRESENCE DE L,EMIR DU QATAR DONT LE MOTIF EST CONNU N,A PAS EMPECHE QUE CE SOMMET SOIT UN ECHEC FLAGRANT ET NAIFS CEUX QUI SE BERCENT DU CONTRAIRE...

M.E

Pour comprendre ce que c'est qu'un chiite (pas au sens théologique, je m'en fous), regarder du côté de Bolsonaro qui traité de "chiites" les militants écologistes de son pays.

LA VERITE

la direction libyenne a une responsabilité dans cette affaire. Elle se doit de faire la lumière sur le sort de l’imam Moussa Sadr »,

LA DIRECTION SYRIENNE A UNE RESPONSABILITE DANS L'AFFAIRE DE L'EMLEVEMENT DES LIBANAIS ET DES SOLDATS. ELLE DOIT FAIRE LA LUMIERE SUR LEUR SORT

J ajouterai AVANT TOUTE PENSEE MEME DE NORMALISATION

ce qui se dit sur la Lybie devrait valoir de meme pour la Syrie EVIDEMENT

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