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Économie

Dette publique : les eurobonds reprennent des couleurs après la réunion de dimanche

Finance

La croissance de la dette publique a ralenti en novembre, conséquence de l’opération d’échange de titres finalisée en mai.

15/01/2019

Les cours des eurobonds – les titres de dette en devises émis par l’État libanais – ont repris du terrain hier, plus de quatre jours après la forte baisse enregistrée dans le sillage de l’annonce, rapidement démentie, du ministre sortant des Finances Ali Hassan Khalil concernant une possible restructuration de la dette publique du pays.

Selon Reuters, citant la plateforme Tradeweb, les titres arrivant à échéance en 2025 ont enregistré l’une des plus grosses performances, avec une hausse de 1,5 cent de dollar à la mi-journée. « La majorité des titres ont repris des couleurs, surtout depuis la réunion de dimanche à Baabda, sans toutefois encore retrouver leur niveau d’avant jeudi », indique une source financière anonyme à L’Orient-Le Jour.

Jeudi, les cours des eurobonds avaient fortement chuté suite à la publication d’un article du quotidien al-Akhbar qui, citant M. Hassan Khalil, avait évoqué une imminente restructuration de la dette du pays. Une information reprise dans un premier temps par Reuters, avant que le ministre n’assure qu’il avait en réalité parlé de réformes comprenant des mesures « pour gérer la dette et la rééchelonner », reprochant au quotidien d’avoir déformé ses propos.


(Pour mémoire : Goldman Sachs s’interroge sur la pérennité du système financier libanais)


Message cohérent
Dimanche, le ministre a répété qu’aucun plan de restructuration n’était prévu, lors d’une réunion à Baabda avec le président Michel Aoun, le ministre de l’Économie et du Commerce Raëd Khoury, le président de la commission parlementaire des Finances Ibrahim Kanaan et le gouverneur de la Banque du Liban (BDL) Riad Salamé. Hier, le président Aoun est encore monté au créneau depuis Baabda en assurant que le pays était à même d’assurer ses échéances financières sans toucher aux dépôts bancaires. À quelques heures d’intervalle, le gouverneur de la BDL a écarté de son côté, lors d’un déjeuner-débat organisé à Beyrouth par le Rassemblement des dirigeants et chefs d’entreprise libanais dans le monde (RDCL World), qu’il n’y avait aucun risque qui pesait sur le maintien de l’arrimage de la livre libanaise au dollar, une assurance également martelée par M. Hassan Khalil au cours de la même journée.

Dans un rapport publié hier, la banque d’investissement américaine Merrill Lynch s’est référée à la réunion de dimanche et a salué le fait que les décideurs libanais envoient enfin un « message unifié et cohérent » qui « dissipe les doutes » à propos de la volonté du Liban à honorer les échéances de ses eurobonds, soulignant que le pays n’avait pas vraiment intérêt à restructurer sa dette. Les principales agences de notation n’avaient quant à elles toujours pas réagi hier à ces derniers développements. La dette souveraine du Liban est notée « B3 » avec perspective « négative » par Moody’s, « B- » avec perspective « négative » par Fitch et B- avec perspective « stable » pour Standard & Poor’s.

La dette publique a quant à elle atteint 83,6 milliards de dollars à fin novembre, selon les chiffres du ministère des Finances, soit une hausse de 5,2 % en un an. Bien que très élevé, ce montant est toutefois en légère baisse par rapport aux 84 milliards de dollars enregistrés à fin octobre, une conséquence de l’opération d’échange de 5,5 milliards de dollars de titres de dette (« swap ») finalisée en mai entre le ministère des Finances et la BDL, à des conditions qui ont permis à l’État de « réduire le service de la dette », précise le Lebanon this Week qui a relayé ces chiffres. Le ratio dette/PIB du pays reste un des plus importants du monde et il est attendu à environ 160 % du PIB par la plupart des organisations qui suivent l’évolution de la situation financière du pays.


(Lire aussi : Pour l’IFI, les politiques sont directement responsables du ralentissement économique au Liban)


La note de Morgan Stanley
Fin novembre, la dette en livres a représenté 60,1 % du total, soit l’équivalent de 50,3 milliards de dollars (+2,8 % en glissement annuel), tandis que la dette en devises s’est élevée à 33,4 milliards de dollars (+9,6 %, une hausse également liée au « swap »). La BDL détient 51,4 % de la dette en livres, devant les banques commerciales (33,5 %) et les agences publiques et financières (15,1 %), tandis que 93,8 % de celle en devises est détenue par les titulaires d’eurobonds et des bons du Trésor spéciaux émis en devises. Malgré ces chiffres, le Liban semble encore conserver une certaine marge de manœuvre, du moins aux yeux de certaines banques d’investissement américaines. Dans une note de recherche publiée hier, Morgan Stanley a estimé qu’il y avait « une certaine visibilité » concernant la capacité du pays à assurer le service de sa dette à court terme malgré la dynamique « défavorable » de son endettement, entre autres conclusions. Dans une note de recherche publiée en janvier évoquant un scénario théorique de restructuration de la dette, Goldman Sachs avait jugé pour sa part que le pays avait « suffisamment de réserves de liquidités en devises pour financer les déficits publics dans les circonstances actuelles pour les deux prochaines années ».

Le Liban s’est engagé lors de la conférence de Paris en avril dernier (CEDRE) à lancer des réformes pour assainir ses finances publiques et contrôler son endettement, mais le blocage de la formation du gouvernement depuis les législatives de mai en raison de tensions politiques a retardé le lancement des mesures attendues. Leur mise en œuvre permettrait en outre au pays d’accéder à une enveloppe de plus de 11 milliards de dollars d’aides en prêts et dons alors promis par ses soutiens. Lors d’une réunion avec le sous-secrétaire d’État américain pour les Affaires politiques, David Hale, au Liban depuis samedi (voir page 2), le président Michel Aoun a assuré que le Liban allait entreprendre des réformes économiques et financières, restructurer son économie en favorisant les secteurs productifs et lutter contre la corruption. Il reste que la stabilité financière du pays angoisse nombre de Libanais. Hier, une circulaire de la BDL imposant aux agences spécialisées dans les transferts d’argent de payer les destinataires en livres libanaises et publiée en omettant certains détails a rapidement inquiété plusieurs personnes, notamment sur les réseaux sociaux, avant que la Banque centrale ne précise ses propos.


Pour mémoire
La BDL vend 3 milliards de dollars d’eurobonds aux banques


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