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Économie

S&P maintient la note du Liban et met la pression sur ses dirigeants

Conjoncture

L’agence de notation n’exclut pas de revoir son évaluation à la hausse si des réformes sont entreprises pour relancer l’économie « de façon significative ».

P. H. B. | OLJ
03/09/2018

Standard & Poor’s a annoncé durant le week-end sa décision de maintenir la notation souveraine du Liban à B-, avec perspective « stable », deux ans après l’avoir modifiée pour la dernière fois (de B-, avec « perspective négative »).

Dans un communiqué publié dans la nuit de vendredi à samedi, l’agence de notation américaine a justifié son évaluation de la note de crédit du pays en monnaie locale et en devises, à long et à court terme, en expliquant que l’afflux des dépôts bancaires était « suffisant pour répondre aux besoins d’emprunts du gouvernement et au déficit extérieur du pays pour les 12 prochains mois ». Le total des dépôts du secteur privé a atteint 173,3 milliards de dollars à fin juin (+3,3 % en un an), selon les derniers chiffres publiés.

Cette confirmation de la notation du Liban par S&P – la deuxième depuis le début de l’année – survient alors que chaque jour de retard pris dans la formation d’un nouveau gouvernement, près de quatre mois après les élections législatives, alimente un peu plus les inquiétudes concernant la stabilité financière et monétaire du pays. Dans un article publié jeudi, le magazine The Economist, basé à Londres, a ainsi estimé que le Liban était à l’aube d’une crise qui serait provoquée par l’essoufflement de son économie réelle et de son secteur bancaire, pénalisés aussi bien par les répercussions du conflit syrien qui a éclaté en 2011 que par les tensions politiques au niveau interne. Samedi le président de la commission parlementaire des Finances et du Budget, le député Ibrahim Kanaan, a déclaré qu’« aucun danger ne menaçait la situation financière du pays ».

Faiblesse des institutions

Une précarité dont l’agence de notation prend acte en mettant les politiques libanais en garde contre les conséquences d’une nouvelle période de paralysie des institutions, après celle de la vacance présidentielle qui a duré plus de deux ans et s’est achevée fin 2016 avec l’élection de Michel Aoun à la présidence. S&P a en effet prévenu qu’elle pourrait abaisser la note du Liban si elle estimait que « la situation politique et économique venait à s’aggraver » et que la « confiance dans les institutions financières et monétaires » devait s’affaiblir.

L’agence relève explicitement dans son rapport cette « incertitude » politique comme un facteur pouvant avoir un impact négatif sur les flux d’investissements et des dépôts à court terme. Or les remises de la diaspora ont déjà diminué en 2017 (de 7 %, à 7,1 milliards, selon la BDL), une année qui a toutefois été marquée par la crise liée à la démission avortée en novembre dernier du Premier ministre Saad Hariri sur fond de tensions régionales.

S&P ajoute que la « faiblesse des institutions et de la gouvernance », liée aux divisions internes et à l’instabilité politico-sécuritaire au niveau régional, ont en outre poussé la Banque du Liban à « conduire des opérations inhabituelles et non viables afin de répondre aux besoins des finances extérieures du gouvernement et au maintien de la confiance dans la monnaie ». Une référence notamment au dernier swap de 5,5 milliards de dollars annoncé le 18 mai par le ministère des Finances et la BDL, qui a été suivi par la vente dix jours plus tard de 3 milliards de dollars d’eurobonds à des banques locales.

L’agence, qui table sur une augmentation du poids de la dette publique (qui a dépassé la barre des 80 milliards de dollars cette année) jusqu’en 2021, exhorte le pays à freiner son endettement public, estimant que la dette publique nette – la dette publique brute moins les actifs financiers des administrations publiques – devrait représenter 124 % du PIB en 2018, soit le 3e taux le plus élevé des pays qu’elle surveille.

« Pas un dernier avertissement »

Un motif d’inquiétude que S&P partage avec les deux autres principales agences de notation américaine. Dans un rapport publié fin août, Moody’s a en effet alerté sur la gravité des conséquences d’un accroissement du poids du service de la dette publique libanaise d’ici à 2021 si l’État échouait à contrôler son déficit. En mai, Fitch avait pour sa part douté de la capacité des dirigeants du pays à réussir à dépasser les rivalités confessionnelles après les législatives pour lancer les réformes exigées par les créanciers du pays pour relancer l’économie et assainir les finances publiques. Les évaluations de la dette souveraine du Liban par les trois agences sont alignées depuis environ un an (B3 pour Moody’s qui correspond au B- de S&P et Fitch, à chaque fois avec perspective stable).

Pour le directeur du département de recherche de la Byblos Bank, Nassib Ghobril, le rapport de S&P ne constitue pas malgré tout un « dernier avertissement » avant une éventuelle dégradation de la notation souveraine du pays qui passerait à la catégorie « hautement spéculative présentant un risque élevé », avec d’importantes conséquences sur les taux d’intérêt des emprunts publics. « Or S&P précise bien que l’agence pourrait tout aussi bien décider d’augmenter la notation souveraine du Liban si le processus politique public devenait plus “prévisible et efficace”, et permettait de créer les conditions nécessaires pour relancer l’économie “de façon significative”, tout en assainissant les finances publiques », relève M. Ghobril. « Le pays n’est pas à l’abri d’un choc, mais S&P considère qu’il y a encore de la marge » conclut-il. À condition, bien évidemment, que les politiques lancent les réformes attendues. S&P n’écarte pas enfin le scénario dans lequel la croissance libanaise – qui ne devrait pas dépasser +2,5 % d’ici à 2021, contre moins de 2 % actuellement – bénéficierait du lancement du programme d’investissement présenté par le gouvernement pendant la conférence de Paris (CEDRE) en avril dernier, ainsi que d’une « accalmie des tensions en Syrie ».


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Pierre Hadjigeorgiou

S&P a donné un second souffle au pays. C'est un avertissement, quoi que l'on dise, et la note ne correspond pas a la réalité. C'est un coup politique pour pousser nos politique a réagir. C'est la dernière fois, soyez en sur, que le pays voit une note de la sorte. Comment peut on avoir une note améliore lorsque le déficit augmente, l’économie est stagnante et les reformes: "0" ...! Comment peut on avoir une amélioration de la note lorsque tous les journaux economiques, The Economist, entre autres, parlent d'une crise grave si le Liban ne réagit pas. Elle est donc fausses et jettent de la poudre aux yeux des gens pour éviter que la rue ne dérape... Nous allons voir jusqu’à quand le mensonge et la désinformation va perdurer!

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