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Économie

Dette publique : Khalil clarifie ses propos pour rassurer les marchés

Finances

La retranscription d’une déclaration faite hier par le ministre au quotidien « al-Akhbar » a provoqué une baisse des cours des eurobonds émis par le Liban.

11/01/2019

Une déclaration du ministre sortant des Finances, Ali Hassan Khalil, retranscrite par le quotidien al-Akhbar, a fait tressaillir hier les marchés. Alors que le ministre sortant avait déclaré préparer un plan de « correction financière » incluant un rééchelonnement de la dette publique afin d’éviter des « conséquences dramatiques », le quotidien a titré sur une imminente restructuration de la dette libanaise. « Le ministère prépare effectivement un plan de réforme financière comprenant un volet consacré à la restructuration de la dette, mais nous ne (l’avons) révélé à personne, ni fourni de détails à aucun bord ou parti », avait alors déclaré le ministre du mouvement Amal au quotidien proche du Hezbollah.

Ces propos ont rapidement été relayés par Reuters, avant que le ministre ne les clarifie auprès de l’agence en cours de journée pour tenter de rassurer les marchés.

Dans une seconde dépêche publiée par Reuters quelques heures après la première, le ministre a cette fois indiqué que « des pistes pour gérer la dette étaient à l’étude », sans faire référence à un projet de restructuration. « Il s’agit d’un plan volontaire de correction financière (…) pour éviter le pire », a ajouté M. Khalil, assurant ensuite qu’aucune mesure n’avait été prise et que le but était d’avoir une stratégie de réforme prête lorsque le nouveau gouvernement serait formé – le processus étant bloqué depuis les législatives de mai dernier. Il a ensuite assuré que le pays était dédié à honorer ses engagements financiers vis-à-vis des détenteurs d’eurobonds – les titres de dette en devises émis par l’État.


(Pour mémoire : Goldman Sachs s’interroge sur la pérennité du système financier libanais)


Pas de restructuration envisagée
Le ministre a en outre expliqué à Reuters que le plan auquel il faisait référence s’inscrivait dans le cadre des réformes que le pays s’est engagé à mettre en œuvre lors de la Conférence de Paris, dite CEDRE, en avril dernier. Ces réformes prévoient notamment un assainissement des finances publiques avec pour objectif de réduire 5 points du ratio déficit public/PIB pendant cinq années consécutives. Or, le déficit a dévissé en 2018, augmentant de 124 % en un an pour atteindre 4,5 milliards de dollars à fin septembre. La dette publique, qui est principalement détenue par le secteur bancaire libanais, a, elle, progressé de 7,1 % pour atteindre 84 milliards de dollars à fin octobre.

Dans la soirée, M. Hassan Khalil a enfin indiqué, selon des propos rapportés par la chaîne de télévision locale MTV, qu’il avait été « surpris » de la manière dont al-Akhbar avait restitué ses propos. Le ministre a en outre réitéré les précisions qu’il avait apportées à Reuters et souligné que la restructuration de la dette n’était « pas du tout envisagée », comme l’ont aussi soutenu plusieurs sources bancaires à L’Orient-Le Jour. « Selon mes informations, le ministère est en train de préparer un plan pour réduire les besoins d’endettement du pays, ce qui est différent d’une restructuration de la dette (NDLR : qui peut impliquer une décote des titres émis) », expose le chef du département des recherches à Byblos Bank, Nassib Ghobril. Il rappelle que le ministère des Finances a conclu fin 2018 un accord avec la Banque du Liban (BDL) et les banques du pays pour assurer les besoins de liquidités de l’État « en 2019 » via des émissions de bons du Trésor à long terme en livres aux taux du marché.


(Lire aussi : Pour l’IFI, les politiques sont directement responsables du ralentissement économique au Liban)


Impact du timing
« Le ministre cherche à rassurer les investisseurs dans les titres de dette émis par l’État qui ont été secoués par son annonce », analyse de son côté une source financière anonyme, commentant les différentes interventions du ministre après la publication de l’article d’al-Akhbar. Elle ajoute que le timing de cette première déclaration a amplifié son impact. Deux semaines plus tôt, un discours à portée plutôt politique du ministre à Touline (Nabatiyé), dans lequel il évoquait les risques pesant sur la situation financière du pays si la formation du gouvernement restée bloquée, avait en effet été largement relayé par une partie de la presse locale et internationale. Le 4 janvier, la publication d’une note de recherche de Goldman Sachs sur la restructuration de la dette du pays augmentait un peu plus les inquiétudes d’une partie détentrice d’eurobonds. Dans la journée, les prix des credit default swaps (CDS, contrat qui couvre contre le défaut de paiement de l’État) avaient dépassé la barre des 900 points pour les eurobonds à échéance de cinq ans et les 1 100 points pour ceux d’un an, selon la source précitée. « La courbe des rendements s’est de plus inversée pendant la journée avec des rémunérations de plus de 13 % sur les eurobonds à court terme (fin 2019) et moins de 11 % pour ceux sur dix ans (2028), ce qui veut dire que les investisseurs se sont inquiétés de la capacité de l’État à honorer ses échéances à court terme », explique encore la source avant d’estimer que le marché devrait désormais se calmer. La dette en devises a représenté 42,1 % de son montant total à fin octobre et était alors détenue à 94 % par les titulaires d’eurobonds.

Pour le chef du département de recherche de Bank Audi, Marwan Barakat, il est toujours possible d’assainir les finances publiques du pays « sans prendre des mesures douloureuses qui peuvent avoir des effets néfastes à long terme ». « Il y a toujours de la place pour faire baisser le déficit public et contenir l’augmentation de la dette publique, et ce à travers des mesures visant à rationaliser les dépenses et augmenter les recettes », poursuit-il. Il cite notamment l’amélioration de la collecte des impôts, la réforme du secteur de l’électricité, le déblocage des 11 milliards de dollars d’aides en prêts et dons promises à CEDRE, ou encore la bonne gestion du dossier des ressources d’hydrocarbures offshore dont les revenus potentiels ne pourront émaner que d’ici à 10 ans. M. Barakat préconise enfin la mise en œuvre de « mesures favorisant la croissance, comme celles qui ont été mises en avant dans le plan McKinsey » commandé début 2018 et qui a été publié il y a environ une semaine. « Il faudra néanmoins que la situation politique soit stable et qu’un consensus existe entre les décideurs pour lancer rapidement les réformes nécessaires », conclut-il.


Lire aussi
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gaby sioufi

et qui a jamais dit qu'on ne peut CALQUER l'exemple de MBS chez nous ?
qqs douzaines( plus ? ) de personnes privees & publiques, physiques ou morales ttes categories confondues-bien entendu-ttes confessions religieuses,ttes affiliations politiques incluses-en residence forcee a l'hotel-
A LEUR PROPRES FRAIS(ca les incitera a vite vite ouvrir leurs bourses, locales & celles a l'etranger,
RAPATRIER AU PEUPLE LIBANAIS des milliards gagnes durant 3 decennies.....

ca fera certainement l'affaire dans une tres grande mesure.
Allez mssrs , du courage, montrez au monde que du courage vs avez a en revendre.

Menassa Antoine

Bien entendu Il y a toujours de la place pour faire baisser le déficit public et contenir l’augmentation de la dette publique, et ce à travers des mesures visant à rationaliser les dépenses et augmenter les recettes ... mais dans l’immediat ne serait il pas bon d entamer les reformes à partir du sommet de la pyramide afin de donner l exemple divisant salaires des plus hauts responsables en place , députés , ministres et autres , leurs salaires de moitié .. , Imposer les lois tels que l interdiction du tabac dans les lieux publics, imposer contravention pour non respect du code de la route arrosant un nombre plus importants d agents sur nos routes meurtrières , suivi ramassage taxes et factures d Electricite etc... Tout le reste suivra ... Nul ne pourra dès lors contester les réformes .. Les autorités pourraient de cette manière imposer toute autre réforme utile d ou le changement constructif ...

Zovighian Michel

Observer la mutation. Il suffit de se comporter en financier pour devenir un financier.

Il ne faut surtout pas blamer le délai dans la formation du gouvernement pour justifier les problèmes financiers du pays. En vingt ans, son parti à fait le tour de tous les ministères du pays qui depuis aggravent le problème tous les ans.

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