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Économie

Pour l’IFI, les politiques sont directement responsables du ralentissement économique au Liban

Conjoncture

La croissance libanaise ne devrait pas dépasser 1,3 % en 2018, selon un rapport publié par l’organisation.

14/09/2018

L’Institut de la finance internationale (IFI), une organisation qui rassemble environ 450 grandes banques et fonds spéculatifs dans le monde, a estimé que le blocage au niveau de la formation du gouvernement qui dure depuis les législatives de mai avait « freiné les investissements et la consommation » au Liban.

Dans un rapport sur l’économie du pays élaboré avec Byblos Bank – qui est membre de l’organisation – et publié hier, l’IFI affirme ainsi que les investissements et la consommation devraient reculer de respectivement 4,3 % et 1,8 % en 2018, après un exercice 2017 partagé (-2 % pour les investissements et +1,8 % pour la consommation), entre autres indicateurs publiés.

L’organisation a constaté, de plus, que les querelles politiques constituent pour l’instant le principal obstacle au déblocage des plus de 11 milliards de dollars d’aides en prêts et dons promis par les soutiens du pays lors de la CEDRE à Paris le 6 avril. Le Liban s’était notamment engagé à restructurer son économie et réduire son déficit public de cinq points de PIB en autant d’années.


(Lire aussi : Pour le FMI, le Liban est tombé dans « le piège des remises » des expatriés)


Arrêter d’être « complaisants »
Selon l’économiste en chef de l’IFI pour la zone MENA, Garbis Iradian, cité dans le rapport, la croissance ne devrait pas dépasser 1,3 % en 2018, après avoir atteint 1,8 % en 2017 – une estimation en baisse par rapport au 2,2 % pronostiqué pour cette même année en février. Il soutient également qu’un consensus politique aurait un impact positif sur la croissance et la viabilité de la dette publique (voir encadré), mais uniquement « au-delà de 2018 ». Il indique cependant que le système bancaire libanais reste solide avec des niveaux élevés de liquidités soutenus par les dépôts (173 milliards de dollars à juillet en hausse de 2,7 % en glissement annuel et constitué à 76 % de dépôts en devises) et des flux de remises émanant de la diaspora « stables dans l’ensemble », malgré le recul de 7 % à 7,1 milliards de dollars enregistrés en 2017, selon les derniers chiffres de la Banque du Liban (BDL).

M. Iradian considère en outre que la livre libanaise, qui est arrimée au dollar depuis 1997, est stable, un constat martelé à plusieurs reprises ces derniers mois par le gouverneur de la BDL, Riad Salamé, et repris par le ministre des Finances, Ali Hassan Khalil. M. Iradian a enfin jugé que les réformes que doit lancer le Liban pour redresser son économie et ses finances publiques doivent être axées sur la baisse des dépenses affectées aux salaires de la Fonction publique, la réforme des retraites dans ce même secteur, la restructuration du secteur de l’électricité – subventionné et dont les capacités ne permettent pas de répondre à la demande – et une « amélioration de la conformité fiscale ».


(Lire aussi : Le Liban, un futur État « fragile » ?)


Également cité dans le rapport, le directeur du département de recherche de Byblos Bank, Nassib Ghobril, a souligné de son côté que « le Liban aurait pu éviter l’actuel ralentissement économique si les partis politiques et les responsables s’étaient focalisés sur la mise en œuvre de réformes pour améliorer la compétitivité du pays ». « C’est d’autant plus important que le Liban doit composer avec plusieurs facteurs, dont la hausse progressive des taux d’intérêt directeurs de la Fed (7 hausses depuis 2015 pour un taux passé de 0 % à une fourchette oscillant entre 1,75 % et 2 %), qui oblige ses banques à redoubler d’efforts pour rester attractif pour les investisseurs et les déposants », explique-t-il à L’Orient-Le Jour. « Les décideurs politiques doivent arrêter d’être complaisants et relever les défis pour (…) préserver la stabilité financière et monétaire », lance-t-il.

Selon le rapport de l’IFI, le PIB libanais est estimé à 53,9 milliards de dollars en 2017, un chiffre qui pourrait grimper à 57,2 milliards cette année et 61,4 milliards l’année prochaine selon les prévisions de l’organisation. Le déficit public devrait, lui, atteindre 9,7 % en 2018, contre 7 % en 2017, une année pendant laquelle le Trésor a encaissé des recettes fiscales exceptionnelles versées par les banques liées aux opérations d’ingénierie financière lancées par la BDL en 2016. Il pourrait se limiter à 9,1 % en 2019, toujours selon le rapport. Enfin, les réserves en devises de la BDL devraient atteindre 44 milliards puis 44,2 milliards en 2018 et 2019 selon l’IFI, contre 43,5 milliards en 2017.

L’agence de notation financière Standard & Poor’s (S&P) a maintenu la note du Liban à B- pour le crédit de la dette souveraine en monnaie locale et en devises à long et à court terme, ajoutant que les perspectives restaient « stables » tout en mettant en garde les politiques contre les conséquences d’une nouvelle période de paralysie des institutions.


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Irene Said

Nous n'attendions vraiment pas le rapport de l'IFI pour constater la lente descente aux enfers de notre économie.
Nous savons aussi que nous pouvons remercier de cela nos "politiques"...
mais sont-ils vraiment des "politiques", ou de vulgaires marchands-voleurs qui ne méritent rien d'autre que la prison ?
Irène Saïd

Ado

La politique c’est l’art d’extraire De l’argent des riches et des suffrages des pauvres tout en faisant croire aux uns qu’on les protège des autres. (La Rochefoucauld )

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

QUI D,AUTRES QUE NOS ABRUTIS POUVAIENT EN ETRE RESPONSABLES ? CERTES LES MOUTONS QUI LES SUIVENT ET BELENT AUSSI !

NAUFAL SORAYA

Si ce n'était que l'IFI qui en était convaincu... On ne le sait tous que trop bien!

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