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Carlos Ghosn : ce dont il est accusé, ce qu'il répond

Repère

Dissimulation de revenus, abus de confiance... l'homme d'affaires franco-libano-brésilien a répondu mardi point par point aux accusations du parquet.



OLJ/AFP
08/01/2019

L'empereur déchu de l'automobile Carlos Ghosn, détenu depuis mi-novembre à Tokyo pour des malversations financières présumées, a répondu mardi point par point aux accusations du parquet lors de sa première comparution publique, près de deux mois après son arrestation surprise à Tokyo. "Votre Honneur, je suis innocent des accusations proférées à mon encontre. J'ai toujours agi avec intégrité et je n'ai jamais été accusé d'avoir mal agi au cours de ma carrière professionnelle de plusieurs décennies", a-t-il lancé devant le tribunal. Le PDG de Renault s'est également dit "faussement accusé et détenu de manière injuste".

Le magnat de l'automobile de 64 ans s'est défendu d'une voie claire et forte, sans montrer d'émotion, au cours d'une audience qui a attiré les médias du monde et de nombreux curieux. Vêtu d'un costume sombre, sans cravate, sandales vertes en plastique au pied, il est apparu nettement amaigri, les joues creuses, menotté, avec une corde autour de la taille avant le début de la séance qui a duré quasiment deux heures, de 10h30 locales (01h30 GMT) à 12h15.

Le juge a, de son côté, justifié de son côté son maintien en détention par un risque de fuite à l'étranger "où il a des bases" et d'altération de preuves. "Il y a suffisamment d'éléments pour estimer que le suspect pourrait inciter des personnes concernées à dissimuler des infractions", a argué le magistrat Yuichi Tada.

Voici un récapitulatif de ce qui est reproché à Carlos Ghosn et des réponses qu'il a faites au tribunal mardi.


Dissimulation de revenus 

Carlos Ghosn a été mis en examen le 10 décembre pour avoir minimisé, dans les rapports de Nissan remis aux autorités boursières, une partie de ses revenus: environ 5 milliards de yens (40 millions d'euros) sur cinq années, de 2010 à 2015. Il est aussi soupçonné d'avoir fait de même sur la période de 2015 à 2018, pour un montant de 4 milliards de yens, mais il n'est à ce stade pas poursuivi pour ce motif.

Selon une source proche du dossier, il a procédé de la sorte en raison de l'entrée en vigueur d'une loi imposant aux administrateurs les mieux payés de divulguer leurs rémunérations. "Tout d'un coup, M. Ghosn s'est retrouvé obligé de publier ses revenus annuels (qui s'élevaient à l'époque à 2 milliards de yens), et à partir de ce moment-là il a commencé à les diviser en deux parties: un montant déclaré, un autre non déclaré censé en théorie lui être versé au moment où il se retirerait du groupe", assure cette source. Le but de la manœuvre aurait été d'éviter les critiques des actionnaires et des employés, dans un pays où les PDG perçoivent des émoluments plus modestes qu'ailleurs.


Devant le juge mardi, le dirigeant de 64 ans a assuré ne "jamais avoir signé de contrat avec Nissan pour recevoir un montant fixe non divulgué". Il y a bien eu des projets pour déterminer les revenus que M. Ghosn percevrait après sa retraite, "mais à ma connaissance, ils ont été examinés par des avocats internes et externes" au groupe, "témoignant du fait que je n'avais aucune intention de violer la loi", a ajouté le magnat de l'automobile.


(Lire aussi : Le parquet examine les liens entre Carlos Ghosn et un homme d'affaires saoudien)



Abus de confiance 

Carlos Ghosn est en outre accusé d'avoir tenté de faire couvrir par Nissan "des pertes sur des investissements personnels" au moment de la crise financière d'octobre 2008, qui a fait chuter le dollar face au yen et plonger les actions de Nissan. La somme incriminée s'élève à 1,85 milliard de yens. Pour résoudre ce problème financier, il aurait obtenu qu'un milliardaire saoudien, Khaled Juffali, se porte garant et aurait effectué ultérieurement des virements d'un montant équivalent sur le compte de ce dernier depuis un compte d'une filiale de Nissan. Selon une source proche du dossier, il a puisé ces fonds dans "la réserve du PDG", prévue pour parer à des imprévus (catastrophes naturelles par exemple).

M. Ghosn a livré une toute autre version. Il avait signé en 2006 et 2007 deux contrats pour lui assurer une certaine stabilité de ses revenus face à la volatilité des changes. Or, quand la crise a éclaté en 2008, "la banque m'a demandé de fournir une garantie, ce qui m'était impossible" à moins de démissionner de Nissan afin de recevoir ma pension de retraite. Le PDG a donc décidé de demander à Nissan de se porter garant, le temps de trouver une autre solution. "Les contrats ont ensuite été de nouveau transférés à mon nom sans que Nissan n'ait à supporter aucune perte".

Quant à l'argent transféré à M. Juffali, "un partenaire de long terme de Nissan", il n'a aucun rapport avec cette affaire, a-t-il assuré. "Sa compagnie a été rémunérée de manière appropriée - en accord avec les responsables concernés du constructeur - en échange d'importants services rendus à Nissan", a insisté M. Ghosn. Il s'agissait d'aider le groupe à "réorganiser le réseau de distribution dans la région du Golfe". Khaled Juffali Company a publié un communiqué défendant "les motifs légitimes" de ces paiements, relatifs à la résolution d'un différend avec une société locale et à l'établissement d'une usine dans le royaume.


(Lire aussi : Affaire Carlos Ghosn: Paris rappelle la "présomption d'innocence")



Résidences de luxe, et autres soupçons 

Nissan, qui mène l'enquête depuis des mois, accuse par ailleurs son ancien sauveur d'autres malversations, pour lesquelles il n'est pas mis en cause à ce stade par le parquet. Le dossier mentionne l'existence de résidences de luxe à Beyrouth, à Rio de Janeiro et à Paris, achetées par l'intermédiaire d'une filiale basée aux Pays-Bas, officiellement censée financer des investissements dans des start-up. Nissan a engagé des actions en justice pour récupérer l'accès à l'ensemble de ces propriétés, d'après une source proche du dossier.

Le constructeur soupçonne aussi M. Ghosn d'avoir rémunéré sa soeur d'un montant de 50.000 à 110.000 dollars par an, entre 2003 et 2016, pour des activités de conseil dont il n'a pas été trouvé trace. Nissan a pris des dispositions juridiques afin d'éviter toute prescription de l'affaire.

Enfin, le responsable franco-libano-brésilien aurait versé près de 40 millions d'euros à des "relations" au Liban et ailleurs (Brésil, Inde, Etats-Unis), argent provenant des caisses de Nissan.

Carlos Ghosn n'a pas répondu à ces accusations mardi.



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Cherif Bedran

Il serai intéressant de rédiger un article signé par un journaliste (d’investigation) de l’Orient-LeJour, plutôt que de reprendre des dépêches.

Carlos Ghosn est Libanais, que l’on s’entende avec lui ou pas, il a mérité une plateforme qui pourrait être son porte parole, en l’absence de réactions de la part des présidents français ou libanais.

Quelle protection à cet individu contre l’  « altération des preuves » par ceux qui l’accablent?

Je suis de très près l’évolution de cette affaire et découvre avec consternation, un souci de neutralité mal placé. Dommage. Et dommage aussi, de ne pas laisser vos lecteurs s’exprimer librement, alors que vous prônez la liberté d’expression, dans ce journal, et aujourd’hui même; à moins que Madame Baaklini ne parles « ex cathedra ».

Bibette

En fait c'est exactement le meme type de manoeuvres vicieuses deja operees lors de l'arrestation des hommes d'affaires Saoudiens et la liquidation de Khashogji. La meme inspiration le meme demon qui travaille en silence!!!! et sans doute menace celui qui n'agit pas selon ses directives!

Eleni Caridopoulou

Il ne faut plus acheter Nissan et qu'elle retombe sans plus pouvoir se relever

Gebran Eid

LES JAPONAIS MONTRENT AU MONDE ENTIER LEUR VRAI VISAGE PAR CE COMPORTEMENT SAUVAGE CONTRE LA PERSONNE QUI LEUR A SAUVÉ NISSAN ET MITSUBISHI NON SEULEMENT DE LA FAILLITE, MAIS QUI LES A FAIT GAGNER DES MILLIARDS DE $ US PAR AN. ET SUITE À L'ACCUMULATION DE CES MONTAGNES DE GAINS, ILS SONT DEVENUS NO 1. INCROYABLE MAIS VRAI. QUI CROIRA QUE CARLOS MÉRITE CE TRAITEMENT ? ON A CRU QU'EN ARABIE SAOUDITE QU'ON VOIT DES ACTES SAUVAGES DE CE GENRE, VOILÀ QUE LE JAPON S'AJOUTE SUR LA LISTE DES PAYS SAUVAGES. IL NE FAUT PLUS ACHETER DES VOITURES NISSAN OU MITSUBISHI....BASTA

roger abdelnour

On doit croire les explications de Carlos Ghosn et non ses accusateurs.
Quoiqu'il en soit, la façon inhumaine de traiter un suspect, sans fondement ni accusation, montre combien ces gens sont proches de la barbarie .

PAUL TRONC

Il aura beau faire, contre l'appareil judiciaire d'un état on a difficilement gain de cause, fusse t il que cet état soit classé "démocratie exemplaire" ou pas .

Je ne sais vraiment pas comment il pourra s'en sortir , mais qu'il trouve avec son avocat meilleure moyen de se décrocher de cette emprise broyeuse d'homme, ensuite de par le monde il retrouvera le succès et Nissan s'ecroulera.

On ne peut pas tuer le génie.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

DANS CETTE VIE TOUS LES SAUVES REVANCHARDS SE SONT RETOURNES CONTRE LEURS SAUVEURS... LES JAPS EN TETE !

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