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Le parquet examine les liens entre Carlos Ghosn et un homme d'affaires saoudien

Japon

Khaled al-Juffali, vice-président de E.A. Juffali and Brothers, l'un des plus gros conglomérats d'Arabie saoudite, aurait aidé le Franco-Libano-Brésilien à se sortir de difficultés financières, selon deux sources de Nissan au fait du dossier.

OLJ/Reuters
27/12/2018

De nouvelles accusations mises en avant par le parquet de Tokyo contre Carlos Ghosn tournent autour de l'usage présumé de fonds de Nissan Motor pour payer un homme d'affaires saoudien qui aurait aidé l'ex-président du constructeur automobile japonais à se sortir de difficultés financières, ont déclaré deux sources de Nissan au fait du dossier.

Le parquet de Tokyo a de nouveau placé l'homme d'affaires franco-libano-brésilien en état d'arrestation vendredi, l'accusant d'abus de confiance aggravé par transfert de pertes personnelles sur les comptes du constructeur automobile.

Le parquet croit savoir que vers octobre 2008, M. Ghosn était aux prises avec des pertes sur le papier de 1,85 milliard de yens (14,5 millions d'euros) liées à un contrat de swap passé avec une banque qu'il ne nomme pas. Un particulier avait permis le montage d'une lettre de crédit au bénéfice de Ghosn et une société gérée par ce particulier avait reçu par la suite 14,7 millions de dollars d'argent provenant de Nissan en quatre paiements échelonnés de 2009 à 2012, lit-on dans le communiqué du parquet, ajoutant que ces paiements avaient été faits au bénéfice de M. Ghosn et de ce particulier. "Ce faisant,(Carlos Ghosn) a agi de telle façon qu'il y a eu abus de confiance et il a infligé un préjudice à Nissan", écrit le parquet.

Selon les sources de Nissan, le particulier qui a aidé M. Ghosn se nomme Khaled al-Juffali, vice-président de E.A. Juffali and Brothers, l'un des plus gros conglomérats d'Arabie saoudite, et membre du conseil d'administration de l'Autorité monétaire d'Arabie saoudite. Il est également actionnaire majoritaire d'une société appelée al-Dahana, propriétaire de la moitié d'une coentreprise régionale se nommant Nissan Gulf, l'autre moitié étant détenue par une filiale à 100% de Nissan Motor. Cheikh Khaled Juffali n'a fait aucun commentaire à ce sujet, selon un courriel envoyé par E.A. Juffali and Brothers.

Motonari Otsuru, avocat de M. Ghosn basé à Tokyo, n'était pas disponible pour commenter cette information, selon une personne de son bureau qui a répondu au téléphone. Un représentant de la famille Ghosn s'est refusé à tout commentaire.

D'autres médias ont rapporté que M. Ghosn a démenti, par l'intermédiaire d'un avocat, avoir transféré des pertes vers Nissan et a dit aux enquêteurs que ces quatre paiements correspondaient à des affaires légitimes, dont une gratification pour avoir traité des problèmes survenus chez des concessionnaires Nissan en Arabie saoudite.

Le parquet de Tokyo s'est abstenu de tout commentaire. Interrogé sur les propos prêtés à Carlos Ghosn, un porte-parole de Nissan a dit : "Nous ne pouvons nous exprimer sur des sujets ayant trait à l'arrestation de M. Ghosn pour abus de confiance ; la propre enquête de Nissan se poursuit et son domaine d'investigation s'élargit".


"Le parquet en sait plus que nous"
Selon les sources de Nissan, les enquêtes de Nissan ont conclu que M. Ghosn n'était pas parvenu à faire assumer les pertes directement par Nissan.

La Securities and Exchance Surveillance Commission (SESC), le gendarme des Bourses japonais, avait jugé illégale cette tentative de Carlos Ghosn de faire assumer les pertes directement par Nissan, a dit l'une des sources. On ne sait pas ce que la SESC jugeait illégal précisément. Un porte-parole de la SESC a dit qu'il ne pouvait s'exprimer sur des dossiers particuliers.
Les sources ont souhaité rester anonymes car l'enquête interne de Nissan n'a pas encore produit ses conclusions publiquement.

Carlos Ghosn a alors reçu l'aide d'al-Juffali qui a utilisé ses propres deniers pour fournir une garantie à une banque afin d'émettre une lettre de crédit que la banque de Tokyo Shinsei Bank réclamait à M. Ghosn, ont expliqué les sources.
Un porte-parole de Shinsei a dit qu'il ne pouvait s'exprimer sur des cas précis. Reuters n'a pu identifier la banque qui a émis la lettre de crédit.

Les quatre versements arrangés par Carlos Ghosn ont été faits par l'intermédiaire d'un fonds interne de Nissan, connu au sein de la société comme étant la "Réserve du CEO (patron)", et à destination d'une filiale de Nissan qui a ensuite payé une société propriété d'al-Juffali, a dit l'une des sources, sans donner les noms des sociétés en question.


(Lire aussi : Carlos Ghosn derrière les barreaux jusqu'au 1er janvier au moins)


Le premier versement, de trois millions de dollars, a été fait durant l'exercice fiscal 2009, suivi de versements de 3,6 millions de dollars, 3,9 millions de dollars et 4,2 millions de dollars les trois exercices suivants, ont ajouté les sources. Elles ont également dit que les enquêteurs de Nissan n'avaient pas à l'origine examiné ces transactions avec toute la célérité dont le parquet a fait preuve la semaine passée.

"Le parquet en sait plus que nous", a déclaré l'une des sources.

E.A. Juffali and Brothers a été créée en 1946. Elle est spécialisée dans l'électricité et les télécommuncations et s'est diversifiée dans le bâtiment, l'assurance, la construction et la distribution de véhicules.

Fondée en 2008, la coentreprise Nissan Gulf était à l'origine responsable de la stratégie marketing et commerciale et du développement des concessions en Arabie saoudite, à Abou Dhabi, au Koweït et à Bahreïn. Mais depuis son champ d'action s'est réduit au Koweït et à Bahreïn pour des raisons inconnues dans l'immédiat, a observé l'une des sources.

L'ancien administrateur de Nissan Greg Kelly, accusé de complicité avec Carlos Ghosn, a été libéré sous caution mardi après plus d'un mois passé en détention pour fraude financière.

Les procureurs japonais ont l'habitude d'arrêter les particuliers à plusieurs reprises suivant les différentes accusations produites par une même affaire. Cela leur permet de garder les suspects en garde à vue tout en poursuivant leur enquête et cela veut aussi dire qu'ils peuvent procéder à des interrogatoires sans la présence d'un avocat.


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Eleni Caridopoulou

Je comprends les USA qui ont lancé 2 bombes atomiques....

Ici et ailleurs

L'article néglige un aspect important du sujet qui est la prescription de sept an pour ce type de délit au Japon, que les japonnais ne reconnaissent pas dans ce cas précis, sous un prétexte rigolo: "dans les derniers 10 ans il a séjourné beaucoup à l'étranger". (Lu ailleurs dans la presse internationale)

Ils inventent des histoires alors que le dossier du parquet est vide de chez vide !

Sarkis Serge Tateossian

Très sincèrement je n'aurais jamais imaginer une telle malhonnêteté et un tel système dégradant dans l'appareil judiciaire japonais.

Ce pays Nous révèle chaque jour un peu plus de la sauvagerie de son système judiciaire. La facilité et l'arbitraire avec lequel peut détenir un citoyen sans présence d'avocat et en prolongeant sans cesse la garde à vue.

Dans l'affaire Ghosn, le Japon tente de noyer le poisson et le parquet dirigeant son enquête tous azimuts pense faire craquer les nerfs des autorités françaises dans l'espoir de faire éclater l'alliance Renault-Nissan.
Cela devient désormais très claire.

C'est un scénario préparé de longue date et son application a été favorisé par la rivalité apparente et les divisions entre l'Europe et l'Amérique.

Un visage nouveau du Japon ...haineux, revanchard, ingrat ?

Amère Ri(s)que et péril.

Houlala...mais c'est quoi cette salade russe ?

Un bensaoud dans les affaires de Carlos au pays des samouraïs qui manient le sabre comme un vendeur de chawarma....

Non. Pour l'amour du ciel pas de complications de ce genre, avec l'héritier charcutier c'en est assez.

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