Éclairage

Le Hezbollah souhaite arracher le tiers de blocage des mains du CPL

L’escalade provoquée par le Hezbollah, qui a exigé que soient représentés les sunnites antihaririens au sein du prochain gouvernement, a pris tout le monde au dépourvu. Ce retournement de situation est survenu alors que l’obstacle chrétien – censé être le dernier d’une série d’épreuves qui entravaient la naissance du cabinet – venait d’être surmonté, les Forces libanaises ayant accepté au final de prendre part au gouvernement en revoyant leurs revendications à la baisse.

Joignant l’acte à la parole, le parti chiite a refusé de remettre au Premier ministre désigné Saad Hariri les noms des ministres qui devaient le représenter au sein du gouvernement avant que ce dernier n’accepte d’y intégrer les sunnites du 8 Mars. Une position qui tranche radicalement avec l’attitude adoptée par le Hezbollah, qui ne cessait d’affirmer tout au long du processus de la formation du cabinet qu’il remplissait le rôle de facilitateur et qu’il n’avait pas de revendications particulières, à l’exception de son souhait de se voir confier le ministère de la Santé, en plus des deux autres portefeuilles calculés dans sa quote-part.

Une chose est sûre : à aucun moment durant les cinq mois de pourparlers, le Hezbollah n’avait brandi, comme il l’a fait il y a quelques jours, l’épée de Damoclès de ses alliés sunnites, se contentant de souligner, sans grande insistance, la nécessité que l’un d’entre eux soit représenté. Le parti chiite s’est toutefois dépêché de regrouper les députés sunnites du 8 Mars en un bloc homogène sous le label de la Rencontre consultative, de sorte à pouvoir prétendre à un portefeuille et à utiliser cette carte en temps voulu.

Le secrétaire général du parti chiite avait déjà pavé la voie à cette manœuvre en conseillant, le 26 octobre et de manière inopinée, qu’il était préférable de ne pas fixer de délai pour annoncer la naissance du gouvernement, en présence d’« obstacles persistants ». Hassan Nasrallah faisait ainsi allusion à l’optimisme dont venaient de faire preuve le Premier ministre, le président de la République et le chef du CPL Gebran Bassil, qui à tour de rôle avaient laissé entendre que la naissance du cabinet était imminente.

Dès le moment où l’obstacle des FL a été surmonté, le parti chiite a ressorti de son chapeau le lapin sunnite, en affirmant sans détour qu’il n’y aura pas de gouvernement si les sunnites de son bord ne sont pas représentés. Rejoint aussitôt par le président du Parlement Nabih Berry, qui avait auparavant multiplié les appels pour que le gouvernement puisse voir le jour le plus tôt possible, arguant de la dégradation inquiétante de l’économie.


(Lire aussi : Le Liban, terrain iranien ?)


Le durcissement de la position du tandem chiite est survenu, rappelons-le, quelques jours après la visite effectuée par Saad Hariri à Riyad, où il a reçu un accueil chaleureux mais aussi un soutien moral accompagné d’un vif souhait de voir naître le cabinet au plus tôt.

Cette nouvelle enchère du Hezbollah a ainsi démontré que contrairement à ce qu’il n’a cessé de prétendre – à savoir son souhait de voir naître un gouvernement dans les plus brefs délais –, le parti chiite ne désirait pas réellement cela. Sachant pertinemment que le Premier ministre allait refuser d’octroyer de sa propre part un portefeuille à un sunnite non issu du courant haririen, les sunnites du 8 Mars ont tenu à ce qu’il en soit ainsi, refusant d’être représentés par une personnalité qui serait cooptée en dehors de leur bloc.

Ne représentant pas plus de 8,9 % de l’ensemble des électeurs sunnites, ils auront quand même permis au Hezbollah d’infiltrer la rue sunnite dans l’objectif de remettre en cause le leadership incontesté de M. Hariri au sein de la communauté. L’insistance du parti chiite à les soutenir dans leur revendication doit par ailleurs être comprise comme une réaction à la position de soutien de l’Arabie saoudite à M. Hariri, le Hezbollah souhaitant envoyer à Riyad un message clair qui signifie que le gouvernement sera sous la mainmise du 8 Mars ou ne sera pas, sachant que le Parlement est majoritairement aux mains de ce camp.


(Lire aussi : Gouvernement : le nœud persiste, les députés sunnites du 8 Mars insistent toujours pour un portefeuille)


À travers cette manœuvre, le Hezbollah – qui craint de plus amples turbulences sur les plans régional et international avec les sanctions qui menacent de s’abattre sur lui, le même sort étant réservé à son sponsor iranien que les États-Unis se préparent également à sanctionner – cherche tout simplement à s’assurer le tiers du blocage au sein du futur cabinet. Une garantie qui devrait en même temps le prémunir contre sa crainte de voir le partenariat entre MM. Aoun et Hariri consolidé, voire même élargi à la faveur de l’intégration possible des FL et du leader druze Walid Joumblatt à ce partenariat, constituant ainsi un front politique menaçant pour le parti chiite. Ce dernier a donc œuvré en vue de torpiller le tiers de blocage que devaient obtenir le CPL et le président réunis, notamment après que

M. Joumblatt, qui insistait pour avoir un troisième portefeuille pour le PSP, a fini par accepter que le troisième ministre soit nommé par Baabda, renflouant ainsi la part du président et par extension celle du courant dont il est issu.

En somme, le Hezbollah espère un gouvernement au sein duquel il pourra manier le tiers de blocage dès lors que le gouvernement sera tenté de faire preuve de complaisance envers les États-Unis, ou de se plier aux sanctions édictées contre lui et bientôt contre l’Iran.

Le parti chiite est bien conscient que son terrain de jeu, qui a rétréci au Yémen, en Irak et en Syrie, reste à ce jour relativement intact au Liban, seul pays où l’Iran peut encore exercer une large influence. C’est donc pour protéger cet espace avec les moyens du bord que le Hezbollah multiplie les manœuvres en amont, en attendant de voir notamment le résultat des élections de mi-mandat aux États-Unis, qui devraient être déterminantes pour l’avenir de la région notamment.


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commentaires (4)

Stratégiquement le hezb libanais de la résistance est le plus menacé des partis présents au Liban , s'il a les moyens de contrôler les issues par lesquelles on chercherait à l'atteindre , pourquoi se gênerait il ? Quand les "autres pays " qui se disent menacé dans leur existence le font , "on" trouve ça normal . non ?

FRIK-A-FRAK

13 h 28, le 03 novembre 2018

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Commentaires (4)

  • Stratégiquement le hezb libanais de la résistance est le plus menacé des partis présents au Liban , s'il a les moyens de contrôler les issues par lesquelles on chercherait à l'atteindre , pourquoi se gênerait il ? Quand les "autres pays " qui se disent menacé dans leur existence le font , "on" trouve ça normal . non ?

    FRIK-A-FRAK

    13 h 28, le 03 novembre 2018

  • LE TEMPS DES PARAVENTS SEMBLE PARTI D,OU LES MANEGES DE LA MILICE IRANIENNE...

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    09 h 54, le 03 novembre 2018

  • Et on continue de nous chanter du matin au soir les louanges de ce parti divin, "résistant" de toutes les façons possibles au bien-être du peuple libanais. Irène Saïd

    Irene Said

    08 h 55, le 03 novembre 2018

  • "le parti chiite a refusé de remettre au Premier ministre désigné Saad Hariri les noms des ministres qui devaient le représenter au sein du gouvernement avant que ce dernier n’accepte d’y intégrer les sunnites du 8 Mars." Et pourquoi Hariri a-t-il cédé à ce chantage? Si le Hezbollah ne veut pas communiquer de noms, qu'il ne participe pas au gouvernement - lequel ne s'en portera que mieux!

    Yves Prevost

    07 h 01, le 03 novembre 2018