Liban

Histoires d’amour, de séparation et de souffrance (7)

La psychanalyse, ni ange ni démon
18/10/2018

Un homme d’une trentaine d’années me consulte pour un problème sexuel avec sa femme dont il n’a aucun mal à parler. Marié depuis trois ans avec une femme qu’il aime et désire comme jamais ça n’a été avec une femme précédente. Ayant eu beaucoup de relations féminines avant son mariage, il n’a jamais eu un quelconque problème sexuel. Lorsqu’il a connu sa future épouse, il tomba amoureux pour la première fois. Une relation parfaite, avec de l’amour et du désir en même temps, ce qu’il n’avait jamais connu auparavant.

Il décrit son désir pour sa femme comme un désir sans frein, sans inhibition aucune, nourrissant le couple d’une harmonie parfaite. Il a un désir particulièrement fort pour la poitrine de sa femme, se surprenant à regarder ses seins de façon constante, surtout quand elle porte une robe bien décolletée. Il reconnaît que ses seins déclenchent immédiatement son désir, le poussant souvent à lui faire l’amour alors qu’ils devaient sortir retrouver des amis à dîner. Alors qu’ils étaient en habits du soir, ils se retrouvaient nus, au lit. Ils en tiraient une grande complicité et rigolaient en imaginant leurs amis les attendant.

Depuis un certain temps, ils n’avaient plus aucun désir l’un pour l’autre. Et il ne comprenait pas pourquoi. Lorsque je lui demandais ce qui a bien pu se passer qui pourrait expliquer cela, il n’avait pas de réponse. Rien n’a changé entre eux. Ils s’aiment toujours autant, surtout depuis la naissance de leur premier enfant, un garçon qui a un an. « Ce qui est étrange, dit-il, c’est qu’ils se sentent encore plus proches depuis la naissance de leur fils. » Mais il n’y a plus de désir, ni de son côté ni de celui de sa femme. En racontant cela, soit la naissance de leur fils, il ne fait aucun rapport avec le problème qui l’amène, tout en continuant de réfléchir aux raisons qui ont pu les pousser, sa femme et lui, à cette diminution du désir. Sans trouver quelque chose de valable.

Au cours de son analyse, un détail finit par le retenir : « Quand je vois ma femme donner à téter à mon fils, je suis gêné. » À ma question sur ce qui le gêne, il n’arrive pas à répondre autre chose que « ça me gêne ». Au fil et à mesure du déroulement des séances, il reparlait de cette gêne sans lui trouver d’explication. Jusqu’au jour où il manifesta une certaine irritation à l’égard de son fils : « Elle n’a d’yeux que pour lui. » Réalisant qu’il parlait de son fils, il dit : « Je n’ai pas le droit de ressentir cela, c’est mon fils, je suis son père, je ne pas être jaloux de lui. » Sous la forme d’une dénégation : « Je ne peux pas » être jaloux de lui, cet homme reconnaissait en fait qu’il l’était. La relation de sa femme à leur fils ne lui plaisait pas. « Quand il le voit téter, ça le dégoûte. »

En disant cela, il fut remué, troublé, mal à l’aise, coupable. Comment peut-il être dégoûté de voir son fils téter ? Il se rappela alors qu’enfant, il avait été dégoûté à la vue d’une vache qui faisait téter son veau : « Mon Dieu, je compare ma femme à une vache laitière ? » Il reconnaît que depuis la naissance de son fils, sa femme n’est plus la même. Elle est toujours fatiguée, elle doit s’occuper de tout, « elle est à bout ». En énonçant « à bout », il a fait la liaison : « elle estabout », ce qui s’entend : « Tabou. »

« Tabou », lui dis-je ? Il fut saisi. « Pourquoi ai-je dit cela ? » J’arrête la séance à ce moment-là. Les seins de sa femme qu’il désirait tant s’étaient transformés en seins laitiers, les seins d’une mère et non plus les seins d’une femme. Voilà pourquoi il a cessé de les désirer. Il ne pouvait désirer des seins qui allaitaient, les seins d’une mère, les seins de sa mère. Depuis la naissance de leur fils, sa femme s’est transformée en mère, rappelant sa propre mère, et devenait donc taboue.

Il arrive souvent qu’après la naissance d’un enfant, surtout le premier, il n’y ait plus de désir sexuel dans le couple.



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JE SOUFFRE DANS MON COEUR.
JE SOUFFRE DANS MOI-MEME.
JE ME MEURS DE DOULEUR.
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Sarkis Serge Tateossian

Article intéressant probablement davantage pour nos jeunes.

Qui peut mieux éclairer que la psychanalyse pour nous faire comprendre certaines souffrances que nous rencontrons dans notre vie de tous les jours afin de les attenuer, les accepter, voir remédier.

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