Liban

Données contradictoires sur la date de formation du gouvernement

Éclairage
11/10/2018

Citant un député proche du pouvoir, un responsable politique est catégorique : le gouvernement verra le jour après le retour à Beyrouth du président Michel Aoun, qui s’est envolé hier pour Erevan où il participe au sommet de la Francophonie qui s’ouvre aujourd’hui dans la capitale arménienne et qui s’étalera sur deux jours. Ce même responsable assure que la décision de mettre en place la nouvelle équipe ministérielle a été prise, mais sans donner de détails sur sa composition ou sur la formule qui a permis de dépasser les deux nœuds chrétien et druze.

Cet optimisme se justifie par les signaux positifs donnés aussi bien par le Premier ministre désigné Saad Hariri, que par le président Aoun et même le chef du CPL Gebran Bassil, et s’est récemment traduit par une intensification des concertations entre les principales forces politiques directement concernées par le dossier gouvernemental, observe-t-on de même source. Des émissaires de Meerab et de Moukhtara ont été ainsi reçus mardi par Saad Hariri, à la Maison du Centre, mais aussi par le président de la Chambre Nabih Berry, dans une tentative dit-on d’essayer d’arrondir les angles et de faciliter autant que faire se peut la mission du Premier ministre désigné.

Sauf que dans les milieux des Forces libanaises et du PSP, on est encore loin de partager cet optimisme ou, du moins, de considérer qu’il est justifié. La conférence de presse donnée vendredi dernier par le chef du CPL Gebran Bassil, qui a exposé les critères qui devraient selon lui être retenus pour constituer le premier gouvernement après les élections législatives, a balayé les espoirs que le Premier ministre désigné avait entretenus la veille sur une prochaine naissance du cabinet. Les concertations engagées n’ont pas non plus permis de dégager un terrain d’entente politique suffisamment solide pour que vienne se bâtir la structure gouvernementale attendue.

On attend l’interview télévisée ce soir de M. Bassil, sur le plateau de la MTV, pour apprécier à sa juste valeur le bien-fondé des informations sur une formation du gouvernement après le retour du président d’Erevan. Pour l’heure, dans les milieux des FL et du PSP, on continue de soutenir qu’on est revenu à la case départ et on assure que personne n’a approché la direction de ces deux formations pour leur proposer une nouvelle mouture gouvernementale, en dépit des informations qui ont défrayé la chronique durant le bref séjour de Michel Aoun à New York, en septembre dernier, sur une entente autour d’une formule amendée de celle que Saad Hariri avait proposée au chef de l’État, mais qui avait été rejetée par Baabda.


(Lire aussi : Gouvernement : Malgré le climat d’optimisme, le nœud druze reste inextricable)


La seule certitude dans ces milieux est celle que Saad Hariri n’arrête pas de répéter lui-même, à savoir qu’il ne formera qu’un gouvernement d’entente nationale, composé de représentants des principaux groupes parlementaires, sur base de la formule dite des trois dix, pour éviter qu’un camp ne puisse avoir la minorité de blocage. Le Premier ministre désigné souhaite aussi que les FL et le PSP soient bien représentés au sein de son équipe parce qu’il veut que les forces dites souverainistes aient une présence de poids à même d’assurer l’équilibre avec les forces du 8 Mars et même les aounistes. Son attachement à une formule qui écarterait le risque d’une minorité de blocage se justifie aussi par les aides et les engagements internationaux à l’égard du Liban qui peuvent être bloqués si le nouveau gouvernement est monochrome, c’est-à-dire constitué majoritairement des forces du 8 Mars ou si le Hezbollah et ses alliés y détiennent la minorité de blocage. Le Liban risque alors de perdre les acquis de la conférence de Paris (CEDRE) et l’enveloppe de plus de 11 milliards de dollars promise lors de cette rencontre, en avril dernier. Car il ne faut pas oublier qu’une des conditions posées par les bailleurs de fonds, aussi bien à la conférence comme aux deux autres réunions internationales de Rome, pour le soutien aux forces de sécurité, et de Bruxelles au sujet des réfugiés syriens, est que le nouveau gouvernement doit se conformer à la politique de distanciation vis-à-vis des crises régionales.


(Lire aussi : Pour Meerab, l’enjeu véritable de la quote-part FL est le nécessaire équilibre politique du gouvernement)


Saad Hariri a déjà fait savoir à maintes reprises à l’ensemble des parties qui suivent le dossier du gouvernement, au Liban et à l’étranger, qu’il ne constituera pas son équipe si les FL et le PSP n’en font pas partie. Plus encore, il veut les doter de portefeuilles qui correspondent à leur poids politique parce qu’il pense que leur présence dans son équipe a une dimension locale et internationale importante. Non seulement, il la voit comme une garantie de l’application des engagements internationaux en faveur du Liban, mais il considère qu’elle peut permettre au gouvernement de mieux faire face aux pressions américaines sur le Liban. À l’heure actuelle, un gouvernement de majorité sera catastrophique pour le pays, martèle Saad Hariri à qui veut l’entendre.


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